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Les patients déprogrammés, victimes collatérales du Covid

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Par , France Bleu Paris

Conséquence des hôpitaux saturés, à cause de ce 3è pic de contamination au Covid 19 : Les opérations de prothèse de hanche, greffe de rein, et chirurgie reconstructive sont reportées. De l'ordre de 80% en Ile-de-France.

Dyalisée, Colette se rend trois fois par semaine à l'hôpital Tenon (75020), en attendant une greffe de rein
Dyalisée, Colette se rend trois fois par semaine à l'hôpital Tenon (75020), en attendant une greffe de rein © Radio France - DR

Les associations de patients sont inquiètes. Et elles ne sont pas les seules.  "Ce ne sera pas sans conséquences graves sur la santé publique", estime la Fédération hospitalière de France. 

Chirurgiens et associations ont signé une tribune, il y a quelques jours, dans Le Monde, afin d'alerter les pouvoirs publics. Anxiété, perte de chances... les malades hors Covid seront-ils les "victimes collatérales" des déprogrammations de soins ? 

"Nous, chirurgiennes et chirurgiens, sommes également confrontés à un tri : quels patients déprogrammer ?" interroge le collectif qui demande de fixer des limites à cette stratégie, avant d’être réduits à ne plus traiter que les urgences vitales.

Didier Samuel, chef de service d'hépatologie* et de réanimation hépatique, et directeur du centre de transplantation hépatique à l'hôpital Paul Brousse à Villejuif, reconnait qu'un quart des interventions chirurgicales a été annulé. Ajoutant que "c'est toutefois moins que dans d'autres hôpitaux de l'APHP, où _50%, voire 60% des salles d'opération sont fermées_". Avec pour recommandation de ne garder que les "interventions considérées comme vitales"

Didier Samuel précise toutefois qu'il y a une volonté des soignants de ne pas déprogrammer aussi massivement que lors du premier confinement et d'annuler uniquement "'la chirurgie hors cancer non urgente". Font donc l'objet de reports les prothèses osseuses, prothèses de hanche, chirurgies réparatrices, ou greffes de rein.

* L'hépatologie concerne les maladies du foie et des voies biliaires et de la rate.

Plus de la moitié des blocs opératoires sont fermés dans certains hôpitaux de l'APHP explique le professeur Didier Samuel
Plus de la moitié des blocs opératoires sont fermés dans certains hôpitaux de l'APHP explique le professeur Didier Samuel © Maxppp - Michel Labonne

Contrairement aux autres greffes, la greffe de rein fait partie des interventions reportées car il existe une alternative provisoire qui maintient le patient en vie : la dialyse. Une intervention contraignante et fatigante pour le patient, contraint de se rendre trois fois par semaine au centre de soin, à raison de quatre heures par séance. "L'augmentation du délai d'attente est une perte de chance pour le patient" estime l'association Renaloo qui représente les patients greffés ou en attente de greffe de rein. Elle a recueilli de nombreux témoignages d'adhérents déçus, voire découragés, après l'annulation de leur opération, explique Magali Léo, porte-parole de l'association. "Beaucoup de greffes de rein à partir de donneurs vivants" ont été déprogrammées dit-elle, "alors que cela peut entraîner la dégradation de leur état de santé, avec des risques pour leur qualité de vie, pour les chances de la greffe future". 

Une intervention chirurgicale de dons de greffe n'est pas anodine : elle nécessite l'occupation de deux blocs et de deux équipes chirurgicales : l'une pour le donneur, l'autre pour le receveur.  Raison pour laquelle elles sont annulées quand cela est possible, durant les pics de l'épidémie de Covid.

Ma vie, mon quotidien dépendent du taux d’occupation des patients Covid dans les hopitaux parisiens

Bien que victime de cette situation, Colette, habitante de Belleville, dans le XIXè arrondissement, comprend. Et passe désormais tout son temps à attendre, et à espérer. « _J’attends que les hôpitaux soient désengorgés pour pouvoir être greffée. Je suis en stand-by_… j’attends… j’attends… je regarde les infos…. »

« La greffe était prévue le 31 mars dernier » explique-t-elle, grâce à un don de sa sœur jumelle. « Nous avions Rendez-Vous toutes les deux quelques jours avant l’intervention chirurgicale, avec les médecins, à la Pitié Salpêtrière. Mais sur place, on nous a expliqué qu’on ne rencontrait pas l’anesthésiste finalement, seulement le chirurgien. Là, on a compris que quelque chose n’allait pas ». Le chirurgien leur a effectivement annoncé qu’il n’y avait plus de place en réanimation et que, par conséquent, l’opération ne pouvait avoir lieu.

« C’est difficile à vivre » raconte Colette, _« On attend l’opération avec tellement d’impatience… C’est très traumatisant. On arrive au bout du tunnel et à ce moment-là il faut fait demi-tour. On ne m’a pas donné de nouvelles dates, et ça aussi c’est déstabilisant_. »

Colette a dû reprendre ses séances de dialyse avec la vie contraignante que cela entraîne. « On en ressort complètement lessivé. J'ai recommencé à me faire piquer, et j'ai repris le régime : pas de phosphore, pas de potassium, etc… ».

Ce n’est pas tout : Colette est soignée contre un cancer de la moelle osseuse, qui a attaqué ses reins. Elle suit donc un traitement d'immunothérapie qui la prive de ses défenses immunitaires. Conséquence : elle ne peut plus sortir, au risque d’attraper la moindre bactérie, le moindre virus, qui les conduiraient en réanimation. « Depuis un an, je ne vois plus grand monde, je vois les gens à l’hôpital, puisque j’y vais trois fois par semaine, mais je ne vois plus mes enfants, ni mes petits-enfants, je ne vois plus mes amis, j’ai une vie sociale proche de zéro. Ma vie, mon quotidien restent dépendants du taux d’occupation des patients Covid dans les hopitaux".

Parmi les opérations déprogrammées, considérées comme non urgente : la chirurgie de reconstruction

Aude, 42 ans, habite Chatou. Elle a appris qu'elle avait un cancer du sein lors de sa grossesse. Opérée, depuis, elle a subi une ablation mammaire en février 2020, avec cette promesse : la pose d'une prothèse de remplacement un an plus tard. Elle avait donc RV en février 2021, lorsqu'un coup de téléphone la plonge dans le désespoir : opération reportée... d'un an. "Donc deux ans en tout" martèle Aude.

Ce n'est pas une urgence !

Si la jeune femme accepte la situation, elle ne comprend pas le discours. "Ce n'est pas une urgence" lui a t-on répliqué au téléphone. "Si quand même" répond aujourd'hui Aude, au micro de France Bleu. Le fait de n'avoir plus qu'un seul sein entraîne des déséquilibres, et des douleurs dans le dos et les cervicales explique-t-elle. Sans parler de l'aspect esthétique : elle a repris le travail il y a deux mois, et se demande sans cesse si sa prothèse, en mousse, se voit ou non, "car elle n'arrête pas de bouger" dit-elle.

Elle se dit aujourd'hui "désespérée, frustrée et angoissée".  Parce qu'elle a "besoin de retrouver un corps féminin, de retrouver une estime de soi, de former des projets" poursuit-elle. Quand on lui a expliqué qu'il lui faudrait attendre un an, après l'opération, elle a pris sur elle, et patienté sereinement, sachant qu'il y avait un terme. _"_Mais attendre un an de plus, c'est démoralisant, sachant qu'on ne sait pas combien de temps va durer cette pandémie" déplore Aude.

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