Santé – Sciences

Les premières patientes accueillies à la Maison des femmes de Saint-Denis

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris et France Bleu lundi 1 août 2016 à 7:30

Mathilde Delespine, sage-femme coordinatrice de la Maison des femmes, à l'hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (93)
Mathilde Delespine, sage-femme coordinatrice de la Maison des femmes, à l'hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (93) © Radio France - Rémi Brancato

Depuis le 15 juillet, les portes sont ouvertes à la Maison des femmes, à l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis, qui regroupe désormais, en un même lieu, le service de planification familiale et l'accueil de femmes victimes de violences. Reportage.

Le téléphone sonne toute la matinée et Mathilde Delespine décroche : "Maison des femmes, bonjour". La sage-femme, écoute, oriente et conseille souvent aux femmes de venir, tout simplement. "C'est une puéricultrice de la ville de Saint-Denis qui a besoin d'orienter une femme qui subit des violences verbales, physiques et sexuelles, des viols" explique celle qui coordonne le fonctionnement de ce nouvel établissement, au sein de l'hôpital de Saint-Denis.

Une prise en charge globale des patientes

Ici, Mathilde Delespine pourra conseiller sa patiente, l'orienter vers les services de police ou la justice, si elle le souhaite, et surtout lui proposer un accompagnement psychologique et social, sans se rendre dans un autre lieu. La Maison des femmes regroupe le service de planification familiale de l'hôpital, qui compte des conseillères conjugales, une infirmière, une aide soignante, une secrétaire, mais aussi une sage-femme, des gynécologues, un sexologue et des psychologues.

Ce qui change c'est cette prise en charge globale des patientes. "On n'a pas toutes les compétences donc on s'appuie les uns sur les autres pour accompagner les femmes, c'est complémentaire car cela permet aux femmes d'avoir un temps d'écoute, de venir déposer leurs valises" raconte encore Mathilde Delespine.

Mathilde Delespine, coordinatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis

L'entrée de la Maison des femmes, à Saint-Denis. - Radio France
L'entrée de la Maison des femmes, à Saint-Denis. © Radio France - Rémi Brancato

Et cette Maison des femmes, on la doit surtout à Ghada Hatem, gynécologue obstétricienne à l'hôpital Delafontaine, qui a lancé le projet il y a 3 ans, alors qu'elle développait une nouvelle activité : la "réparation" des femmes victimes de mutilation sexuelle. 14% des femmes qui accouchent à Saint-Denis ont été excisées, selon un audit réalisé à l'hôpital.

"Venir voir le docteur pour des réparations"

C'est le cas de Koumba (prénom d'emprunt), qui franchit la porte de la maison pour la première fois, sur les conseils d'une amie, qui a été opérée. "Elle m'a dit qu'il faut venir voir le Docteur pour des réparations" explique cette trentenaire qui a subi une excision à l'âge de 6 mois au Mali. Aujourd'hui, elle souffre lors des relations sexuelles, avec son mari : "cela fait mal, des douleurs de 2 à 3 jours à chaque fois" dit-elle simplement.

Reportage à la Maison des femmes de Saint-Denis. Rémi Brancato

Le Docteur Hatem explique pouvoir procéder à une "transposition du clitoris, c'est à dire que je le remets à la place qu'il devrait occuper suite à la coupure". "C'est bien mais cela ne suffit pas, elles ont besoin d'un suivi psychologique" ajoute-t-elle immédiatement. C'est justement pour cela que la gynécologue voulait un lieu unique, coloré, accueillant, chaleureux. Elle a trouvé 850 000 euros de fonds privés pour la construction ainsi que des fonds de fonctionnement pour trois ans.

La Maison des femmes organisera le 26 septembre une soirée culturel au théâtre Dejazet, à Paris, pour une levée de fonds. La marraine de la Maison des femmes, Inna Modja, témoignait le 8 mars sur France Bleu 107.1.

EN SAVOIR PLUS : Le site de la Maison des femmes (accueil sans rendez-vous du lundi au vendredi de 9h à 16h30 - téléphone : 01 42 35 61 28).