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Santé – Sciences

Manque d'effectifs, départs de médecins, prise en charge aux urgences : critiqué, l'hôpital de Gisors se défend

mercredi 9 janvier 2019 à 20:23 Par Antoine Sabbagh, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure)

A l'hôpital de Gisors, dans l'Eure, la CGT dénonce un manque d'effectifs et des départs de médecins qui se seraient accélérés ces derniers mois. Un médecin des urgences a reçu un blâme après la prise en charge d'un patient. Face à ces critiques, la direction se défend.

L'hôpital de Gisors emploie environ 500 salariés
L'hôpital de Gisors emploie environ 500 salariés © Radio France - Antoine Sabbagh

Gisors, France

A Gisors, comme dans tous les hôpitaux publics, le principal point de tension est celui des effectifs. L'hôpital eurois emploie un peu plus de 500 salariés. Mais selon la CGT, seul syndicat de l'établissement, la situation s'est dégradée depuis l'été dernier. "La centralisation des plannings a été mise en place, ce qui a posé des problèmes. Mais les agents sont éreintés et il y a beaucoup d'arrêts maladie, des arrêts provoqués par la pénibilité du travail. Une pénibilité qui s'explique en partie par le manque d'effectifs", explique Anthony Gollentz, secrétaire du syndicat et lui-même aide-soignant dans l'un des EPHAD de l'hôpital de Gisors.

Et selon lui, le manque d'effectifs s'accentue justement dans l'EPHAD dans lequel il exerce. "Normalement nous sommes 7 aides-soignants pour 124 résidents, mais depuis juin nous sommes de temps en temps 6 et depuis novembre cette situation se répète de plus en plus souvent. Parfois c'est même 5. La conséquence c'est que nous devons courir de partout et consacrer moins de temps à la prise en charge des résidents", poursuit le syndicaliste. La CGT qui affirme que le "dialogue social est rompu avec la direction depuis la rentrée".

CGT et direction en désaccord sur la question des effectifs

En cause, explique le syndicat, "le déménagement de plusieurs services en urgence en avril dernier, sans consulter les instances représentatives".

La direction de l'hôpital, qui nous a reçu mais a refusé de s'exprimer au micro de France Bleu Normandie, répond point par point. Concernant ce déménagement, le directeur, Jean-Marc Lismonde, affirme que "oui, on a été vite, mais on a pris nos responsabilités en matière de sécurité face à un problème d'alarme incendie. Il n'y a pas eu de chômage technique, pas eu de licenciements"

Reportage d'Antoine Sabbagh à Gisors

Concernant les effectifs de l'hôpital et notamment des EPHAD : "Le taux d'absentéisme dans nos EPHAD est de 2 points inférieurs à la moyenne nationale et il y a moins d'arrêts maladie qu'auparavant. Que les agents soient 5 ou 6, ça peut arriver mais c'est exceptionnel, comme à Noël où nous avons été en tension. Mais pour l'éviter nous avons mis en place un système de pool de remplacements avec des agents mobilisables jour et nuit. Et il y a moins d'arrêts maladie qu'auparavant" précise une autre membre de la direction.

Un important turn-over de médecins

Toujours sur la question des effectifs, le nombre de départs de médecins de l'hôpital de Gisors se serait accéléré ces derniers mois, voire ces dernières années. S'il est classique que des médecins changent d'hôpital, ce turn-over s'est accentué depuis l'arrivée du nouveau directeur il y a 4 ans, selon les témoignages de plusieurs médecins que nous avons contacté. 

Parmi eux, le docteur Sami Reda, ancien gériatre à Gisors "Je suis arrivé en 2010 et j'ai quitté l'hôpital en décembre 2018 mais j'aurais dû partir plus tôt, confie-t-il. Les 4 médecins du service de gériatrie sont partis, tout comme l'ancien président de la Commission médicale d'établissement. Tout ça à cause d'un mal-être, d'une mauvaise ambiance de travail. La direction dit que c'est à cause de conflits entre médecins, mais c'est faux", affime le docteur Reda, qui exerce aujourd'hui dans une clinique privée à l'Isle-Adam. 

"Il souhaitait gagner plus d'argent", réplique le directeur, ce que dément le docteur Reda, prêt à montrer ses bulletins de salaire. Selon Jean-Marc Lismonde "les départs de médecins font partie de la vie d'un établissement. C'est un turn-over classique, et il y a toujours eu des départs à Gisors. D'ailleurs, il y a de plus en plus de départs dans tous les hôpitaux. Et chez nous, je peux vous dire que depuis 2015, il y a eu 34,1 arrivées pour 29,6 départs. Notre hôpital est attractif". Le directeur estime également que "l'ambiance compliquée" n'est pas de son fait. "Je n'ai pas de problème de dialogue", affirme-t-il.

Un praticien des urgences sanctionné d'un blâme par l'Ordre des médecins

Critiquée par la CGT, par d'anciens médecins, la direction de l'hôpital de Gisors l'est aussi par Didier Garin. Son père, qui habitait Etrépagny,  est mort en octobre dernier à 84 ans. Et selon son fils, il est décédé des suites d'une erreur de prise en charge aux urgences de Gisors, le 14 août 2017. "Ce jour-là mon père arrive aux urgences après avoir fait un AVC. Il attend d'abord 2h15 avant d'être pris en charge et là, on nous répond qu'il est fatigué et qu'il dort. Le lendemain, il ne se passe rien. Il faut attendre le surlendemain pour qu'un scanner soit fait et là les médecins voient un hématome de 5 cm sur 3. C'est plus qu'incroyable quand on sait qu'un AVC, pour être bien traité, doit être pris en charge dans les toutes premières heures. Pour moi, il y a eu une grave erreur médicale aux urgences de Gisors", affirme Didier Garin. 

"Une grave erreur médicale aux urgences de Gisors", estime Didier Garin, dont le père est décédé en octobre 2018 - Radio France
"Une grave erreur médicale aux urgences de Gisors", estime Didier Garin, dont le père est décédé en octobre 2018 © Radio France - Antoine Sabbagh

Le médecin qui a pris en charge son père a écopé d'une sanction de l'Ordre des Médecins. "Il a écopé d'un blâme, c'est la sanction qui est en-dessous de la suspension", explique le Docteur Collin, président de l'Ordre des Médecins de l'Eure. Le médecin mis en cause a fait appel de cette sanction. "Je n'ai pas à commenter les décisions de l'Ordre, mais pour moi il n'y a pas eu de dysfonctionnements, rien n'a été prouvé", avance Jean-Marc Lismonde, le directeur de l'hôpital de Gisors. 

Un chantier pour une meilleure prise en charge des patients aux urgences

Dans un récent audit sur l'établissement, la Haute Autorité de Santé a estimé qu'il fallait "améliorer la prise en charge des urgences". "Nous en sommes conscients, répond la direction. D'ailleurs nous avons un projet architectural pour agrandir les locaux et les rendre plus fonctionnels". La direction de l'hôpital conclut en estimant que "Gisors ne manque pas d'effectifs. Et notre travail est reconnu dans l'ensemble des instances, notamment la Haute Autorité de Santé"

Le statut d'hôpital de recours a d'ailleurs été garanti pour 5 nouvelles années.