Santé – Sciences

L'appel d'urgence des infirmiers à Martigues

Par Rosalie Lafarge et Priscilla Reig, France Bleu Provence et France Bleu mercredi 14 septembre 2016 à 17:41 Mis à jour le jeudi 15 septembre 2016 à 7:30

Le SOS des infirmiers à Martigues
Le SOS des infirmiers à Martigues © Radio France - Priscilla Reig

Après le suicide de quatre infirmiers et d'un cadre de santé cet été, la Coordination nationale infirmière (CNI) appelait tous les soignants à faire grève ce mercredi. Une manifestation avait lieu à Martigues dans les Bouches-du-Rhône.

C'est le SOS de toute une profession, qui ne demande qu'à être entendue par l'État. Depuis le mois de juin, quatre infirmiers et un cadre de santé se sont suicidés.

La Coordination nationale infirmière (CNI), l'un des principaux syndicats de la profession, appelait tous les soignants à se mettre en grève ce mercredi pour dénoncer la dégradation des conditions de travail.

En réunion nationale à Martigues, la CNI s'est rassemblée devant l'hôtel de ville. Une minute de silence a été respectée, en hommage aux cinq personnes qui se sont donné la mort ainsi qu'à tous les soignants qui sont dans la souffrance.

Au niveau national, tous les professionnels de santé étaient invités à porter un brassard noir.

"J'ai envisagé le suicide"

Les cheveux courts, légèrement maquillée, Mylène dégage l'image d'une femme sûre d'elle. Difficile d'imaginer que cette infirmière de l'hôpital de Martigues, aux plus de 30 ans d'expérience, a voulu en finir. "Il y a quatre ans, j'ai envisagé de me suicider" témoigne Mylène sur France Bleu Provence.

"Plus on est fatigué, moins on travaille correctement et plus on se dévalorise, c'est la boucle infernale", se souvient cette infirmière. "On sait prendre soin des gens, mais on ne sait pas prendre soin de nous et on n'est pas dans la revendication, donc nous sommes maltraitées".

Alors quand sa fille a débuté dans la profession, Mylène a tout fait pour la décourager : "Je lui ai dit, ne fais pas ce métier. C'était au moment où j'allais très mal. Maintenant que je vais bien et que je vois que c'est son choix, je l'encourage. Mais elle vient d'être diplômée, elle a de l'eczéma, elle a vécu de la souffrance dans sa formation, et elle vivra de la souffrance dans son métier", redoute la maman.

"Avant on parlait d'humanisation de l'hôpital, maintenant on parle rentabilité."

"Quand j'ai démarré ma carrière en 1993, raconte Nathalie Depoire, présidente de la CNI, on parlait d'humanisation des hôpitaux. Aujourd'hui on entend parler de rentabilité, de chiffres, de clients.... Les professionnels de santé ne se reconnaissent pas dans ce discours".

"Ce que je ne comprends pas c'est qu'on veut gérer l'hôpital public comme une entreprise, et on ne s'inquiète pas de son taux d'absentéisme et du coût qu'il implique, poursuit Nathalie Depoire. Il faut vraiment remédier à la cause de ces absences et là, on fera des économies."