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DOSSIER : Coronavirus Covid-19

"Ne baissez jamais le masque, on commence à déprogrammer des opérations", prévient le docteur Legeais en Isère

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Par , France Bleu Isère

Alors que la métropole de Grenoble est en alerte maximale à cause du coronavirus, le docteur Didier Legeais, vice-président du Conseil de l'ordre des médecins en Isère fait l'état des lieux de la situation dans le département et martèle qu'il ne faut enlever son masque qu'avec des très proches.

Il y a actuellement 31 personnes en réanimation à cause du Covid-19 en Isère (pour 75 places). Le taux d'incidence (nombre de personnes contaminées pour 100 000 habitants) était de 188 en fin de semaine dans le département, 291 dans la Métropole de Grenoble. Et le taux de positivité ne cesse d'augmenter : il atteint 14.7 % en Isère et 18.19 à Grenoble (sur le nombre de personnes qui se font dépister). Des indicateurs alarmants qui ont entraîné le passage de la Métropole en zone d'alerte maximale. Le docteur Didier Legeais, vice-président du Conseil de l'Ordre des Médecins de l'Isère est l'invité de France Bleu Isère. 

Grenoble en situation d'alerte maximum, c'est logique Didier Legeais  ?

Docteur Didier Legeais : Oui, c'est une triste logique. On craignait qu'on y arrive et on y est arrivé. On est en danger de saturation. Il faut qu'on réfléchisse collectivement à  trouver les moyens pour éviter que notre système de santé craque. L'échéance, elle est dans les jours qui viennent, on craint que fin octobre, si on n'a pas trouvé ensemble des solutions de prévention, le système éclate, explose. Dès cette semaine,  on va déprogrammer de la chirurgie,  et on va commencer à ralentir nos activités normales pour  se préparer à accueillir de nouveaux patients. 

Vous participez chaque semaine à une cellule de crise où il y a les différents acteurs de soin. Le plan blanc est activé à l'hôpital, avec la médecine de ville. Comment ça s'articule ?

On a, de façon très originale en Isère depuis le début de la crise au mois de mars, organisé, coordonné l'ensemble des établissements de santé, et des médecins libéraux. Mais  aussi toutes les professions de santé, kinés, dentistes, infirmières. Pour travailler ensemble, en lien avec l'Agence Régionale de Santé et la CPAM. C'est très original. Presque aucun autre territoire français n'a mis ça en place : tous ensemble , on travaille, on s'adapte, on collabore. 

Et donc, en premier, si l'on a des symptômes,  il faut aller chez son médecin généraliste, on ne se rue pas aux urgences ?

Si vous avez des symptômes, il faut rester chez vous et contacter votre médecin, soit en téléconsultation, soit en consultation physique. D'abord le médecin généraliste qui va tout coordonner, avec l'aide des infirmières et des laboratoires libéraux et organiser des prélèvements. C'est seulement dans un deuxième temps, uniquement si vous vous dégradez qu'on ira aux urgences. N'allez pas aux urgences. Les trois services d'urgence de l'agglomération sont en saturation complète. 

Quels sont les chiffres, quelle est la situation aujourd'hui dans les services de réanimation ?

Il y a 70 places en réanimation  en Isère ..

Pour un million d'habitants, ce n'est pas beaucoup ! 

Ce n'est pas beaucoup, mais c'est la même logique pour tout le territoire français. Il y a donc très peu d'unités parce que la réanimation représente un coup très important que la médecine tant de ville qu'hospitalière est très sécurisée. Le risque d'aller en "réa" est très faible. Et c'est ce qui nous a beaucoup surpris, parce qu'avec le Covid : on peut aller en réa relativement facilement et pour des durées très longues qui se sont correctement  améliorées depuis plusieurs semaines maintenant. Aujourd'hui le passage en réanimation est d'une dizaine de jours, alors qu'il a pu monter jusqu'à 50 jours . 

Si on rapporte le nombre de décès dus au coronavirus -environ 180 en Isère depuis le début de la crise-  à la population totale, à d'autres causes maladies, le cancer ou la grippe par exemple, ce n'est pas si important. On n'accepte pas de vivre dans une société où l'on risque de mourir ? 

La difficulté, c'est qu'il n'y a pas que le Covid. S'il n'y avait que le Covid-19, notre société pourrait l'encaisser. Mais il y a aussi la cancérologie, la chirurgie  cardiaque, la chirurgie de greffe, et tous les soins vitaux qui sont dans un environnement de santé qui n'a pas été prévu pour encaisser une crise sanitaire. La crise sanitaire, c'est la goutte qui fait déborder le vase. Le vase était déjà plein mais on tenait. Aujourd'hui, avec la crise sanitaire, on ne tient plus. Cela veut dire que ça va entraîner une surmortalité en cancérologie de 10 à 15 %. Cela veut dire que si on a un accident grave de vélo ou de moto, on aura du mal à trouver une place en déchocage. La difficulté de notre organisation, c'est qu'elle ne peut pas encaisser de nouveaux patients qui arriveraient en grand nombre. D'où le fait qu'on a mis en place des mesures de protection. D'où le fait qu'on vous demande de porter le masque 24 heures sur 24 dès que vous sortez  de chez vous. Ne baissez pas le masque quand vous buvez un coup, quand vous mangez avec des collègues. 

Parlons du comportement, il faut que chacun, individuellement et collectivement, prenne conscience qu'il faut porter le masque et ne pas l'enlever à la machine à café ? 

Ca ne sert à rien de porter le masque et de l'enlever à la machine à café. Vous mettez un filet de protection, et vous y faites un trou énorme en buvant ou en mangeant avec des collègues dans un lieu fermé où vous allez vous infecter. On voit des dizaines de patients qui arrivent en disant : "on ne comprend pas, on a porté le masque tout le temps sauf pour manger, sauf pour boire un coup, sauf pour fumer une clope". Gardez le masque ! Ne l'enlevez qu'avec des proches très intimes quand vous rentrez chez vous. Gardez-le. Et si vous mangez sur votre lieu de travail, allez manger dehors ou dans une pièce ventilée, mais ne mangez pas avec vos collègues. Ne baissez pas la garde. Si vous baissez la garde, on va être saturé.

Et il faut aérer, ventiler même s'il fait froid ?

Même s'il fait froid, vous aérez. La ventilation, c'est la meilleure mesure de protection. 

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