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Santé – Sciences

"Nous sommes recyclables" : troisième édition pour la campagne rochelaise sur le don d'organes

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Par , France Bleu La Rochelle

Le slogan peut choquer, mais il est efficace. L'hôpital de La Rochelle s'allie pour la troisième année à une agence rochelaise, pour communiquer sur le don d'organes. Est-ce un hasard ? Les infirmières chargées du don constatent une chute des refus.

Des danseurs rassemblés pour former un cœur battant. Cette année, la campagne "Nous sommes recyclables" rompt avec les photos de nus pour une image plus artistique.
Des danseurs rassemblés pour former un cœur battant. Cette année, la campagne "Nous sommes recyclables" rompt avec les photos de nus pour une image plus artistique. - Symaps

La Rochelle, France

"Nous sommes recyclables !" C'est le retour de la campagne sur le don d'organes, made in La Rochelle. Le coup d'envoi a été donné lundi par l'agence de communication Symaps et l'association de coordination rochelaise du don d'organes, basée à l'hôpital. Après les photos de nus de personnalités rochelaises ou de simples anonymes, place à une image plus stylisée : des danseurs qui s'unissent pour former un cœur.

Un message plus artistique, moins polémique, qui semble avoir vaincu les résistances des bus rochelais : les bus porteront le message cette année après avoir boycotté la campagne de l'an dernier. A l'époque, Brigitte Desvaux, présidente (EELV) de la Régie des transports de l'agglomération rochelaise, ne cachait pas son malaise face au mot "recyclable" alors que "le corps n'est pas un objet".

"Si vous êtes tiède, les gens ne retiennent pas le message"

Sébastien Blémon, le président de l'agence Symaps, reconnaît marcher sur un fil : "en matière de communication sur les grandes causes, si vous êtes tiède, les gens ne retiennent absolument pas le message. Donc il faut interpeller." Au risque de choquer, surtout lorsqu'on passe par une campagne d'affichages. "C'est vrai que sur une affiche, on n'a qu'une image fixe, et un slogan, décrypte Sébastien Blémon. C'est pour ça que ça peut choquer certaines personnes."

La chance cette année, c'est que la campagne a pu tripler son budget, pour atteindre 100.000 euros. Suffisant pour placarder 400 affiches, mais aussi fabriquer un clip, qui sera diffusé à partir de mercredi, et pour un mois, sur les écrans des cinéma CGR de Charente-Maritime, Charente et Deux-Sèvres, puis sur l'ensemble du réseau national durant une semaine, autour du 22 juin, journée nationale du don d'organes. "C'est beaucoup plus simple d'expliquer le concept avec des images en mouvement" assure Sébastien Blemon.

Le taux de refus divisé par deux

Le concept justement. "Nous sommes recyclables" (on est passé du singulier au pluriel) c'est une façon de dédramatiser un sujet douloureux. Mais pas question d'inciter les gens à donner leurs organes, c'est un choix personnel. En revanche, il faut que tout le monde fasse connaître son choix, pour ou contre, à ses proches. Afin d'éviter à ces derniers un choix difficile à prendre dans la foulée d'un décès brutal.

Car en France, où tout le monde est supposé donneur, on respecte en réalité le choix des familles. Et le taux de refus est important, autour de 30%. Beaucoup moins à La Rochelle, depuis le lancement de la campagne. "Il y a deux ans on est passé à 9%, l'an dernier à 15%, précise Candy Dion, infirmière coordinatrice du don d'organes à La Rochelle. On diminue quand même de moitié !"

Un résultat encourageant qui s'est confirmé à Poitiers, où la campagne s'est étendue l'an dernier. "Le CHU de Poitiers a eu l'an dernier un taux de refus de seulement 11%. Coïncidence ou pas, les résultats sont là" se rejouit Candy Dion. Et ils donnent envie à l'équipe d'infirmières rochelaises de poursuivre la médiatisation. "Parce que dans la communication, dès qu'on arrête d'en parler, ça retombe un peu."

Lancement de la campagne "Nous sommes recyclables" au Mega CGR de La Rochelle le 27 mai 2019 - Radio France
Lancement de la campagne "Nous sommes recyclables" au Mega CGR de La Rochelle le 27 mai 2019 © Radio France - Julien Fleury

Des patients qui attendent

Et derrière il y a des patients qui attendent, dont beaucoup décèdent faute de donneur compatible. Patrick Juteau en sait quelque chose. Il y a deux ans, cet ingénieur rochelais de 39 ans a reçu la greffe d'un foie, ce qui lui a sauvé la vie, lui qui était tout près de succomber à une maladie auto-immune contractée 17 ans plus tôt : "J'avais perdu 27 kilos, j'étais au bord de la mort. Les deux derniers mois, je les ai passés alité à l'hôpital. C'est ma femme qui faisait ma toilette. C'était la fin."

Mais un soir de février 2017, un foie compatible est arrivé d'un donneur anonyme, en état de mort cérébrale. Et la vie a changé du tout au tout pour Patrick Juteau : "C'est mon petit miracle. Quand je me suis réveillé après l'opération, je me suis senti plein de vitalité. Le fait de passer d'un organe malade en fin de vie à un foie tout neuf, c'est une nouvelle vie, une deuxième naissance."

Depuis Patrick Juteau, père de trois enfants, ne passe pas un jour sans penser à son donneur. "Car si je suis là, c'est grâce à lui." Pour autant Patrick promet : "Je peux comprendre que des gens soient contre. Mais tout ce que je demande, c'est que les gens en parlent. C'est comme faire un testament. On ne va pas en mourir. Mais les gens autour de vous savent."