Santé – Sciences DOSSIER : Le nouvel hôpital Nord Franche-Comté

Nouvel hôpital de Trévenans : grève et colère au bloc opératoire

Par Nicolas Wilhelm et Rebecca Gil, France Bleu Belfort-Montbéliard mercredi 15 mars 2017 à 19:11

Les personnels du bloc opératoire mobilisés ce mercredi devant l’hôpital de Trévenans
Les personnels du bloc opératoire mobilisés ce mercredi devant l’hôpital de Trévenans © Radio France - Nicolas Wilhelm

Ils revendiquent 100% de grévistes. A l'hôpital de Trévenans, les personnels non soignants du bloc opératoire étaient en grève ce mercredi. Ce mouvement initié par les salariés a été relayé par la CGT et FO. Selon eux, la qualité et la sécurité des soins sont en danger.

Infirmiers, anesthésistes, aides-soignants, agents de service, ils dénoncent tous des conditions de travail dégradées, le manque de personnel et pire encore, le manque de sécurité pour les personnels comme pour les patients depuis l'ouverture du nouvel hôpital il y a deux mois qui avait déjà suscité de nombreuses interrogations chez les syndicats.

Les « ratés » du déménagement

En blouses, pantalons de travail et calots verts sur la tête, bravant le vent frais, les personnels en grève se sont mobilisés devant l’entrée nouvel hôpital une bonne partie de la journée. Ils ont distribué des tracts aux piétons et automobilistes « au nom de la qualité et de la sécurité des soins ». Le déménagement a laissé des traces, constate Luc Kahl. « Une partie du matériel ne fonctionne toujours pas et nous n’avons par exemple aucun moyen de contrôler la température dans les salles d’opération. C’est une situation intolérable, il faut que ça change ! » indique cet infirmier au bloc opératoire, encarté à la CGT.

Pas de téléphone et des personnels injoignables

Plusieurs salariés signalent aussi des problèmes de communication au sein du bloc opératoire. « On n’a pas de téléphone, c’est un problème pour les infirmiers qui veulent joindre les aides soignant ou les agents. Il faut que ça change » poursuit Luc Kahl.

Luc Kahl, infirmier anesthésiste au bloc opératoire tire la sonnette d'alarme

Une revendication relayée par certains médecins solidaires du mouvement. « On n’est pas joignable, nos collaborateurs non plus. Moi, je suis responsable de deux à trois salles d’opération, si l’infirmier anesthésiste ne peut pas me joindre pour me signaler un problème, ça peut avoir de graves conséquences pour le patient » affirme Valentine Delarmina, médecin anesthésiste.

Du retard dans l’acheminement des poches de sang

D’autres dysfonctionnements sont apparus depuis l’ouverture du nouveau centre hospitalier. Les poches de sang mettent beaucoup trop de temps pour arriver au bloc opératoire. Le système d’acheminement par pneumatiques (des cartouches qui arrivent directement au bloc en empruntant des canalisations en pvc) n’a pas été validé par la direction, explique-t-on du côté de l'EFS, Etablissement Français du Sang. Ce qui aurait pu être fait bien avant l’ouverture du site de Trévenans, reprochent les salariés grévistes. Ce système fait pourtant partie du dispositif d'urgence du bloc opératoire.

Un manque criant de personnel

Le bloc opératoire manque aussi cruellement de personnel, selon les manifestants. Il n'y a par exemple qu'une seule aide-soignante de nuit pour l'ensemble du bloc opératoire. « C’est ingérable. On a des aides-soignantes qui ne veulent plus faire les nuits. Une seule personne, c’est inhumain sur une telle surface de travail entre les urgences, les salles d’opération et les annexes » souligne Stéphane Chrétien, aide-soignant qui arrive de l’hôpital de Montbéliard.

Des patients solidaires

La plupart des patients sont solidaires avec les personnels du bloc opératoire. Ils comprennent leur combat. « Ce n’est pas rassurant. C’est une belle structure mais derrière il y a du personnel qui vit mal. Il devrait embaucher plutôt que de mettre en danger des vies. Tout est allé trop vite et du coup la moitié des choses est en place. Je ne me sens pas en sécurité ici » confie Gisèle d'Héricourt.

Réagir avant qu'il arrive un drame

Chaque jour, on pratique une soixantaine d'interventions dans le bloc opératoire du nouvel hôpital. « Si la situation ne s'améliore pas, on risque un drame : la mort d'un patient parce qu'on n'aura pas réussi à joindre un médecin par exemple" confie avec beaucoup d’inquiétudes l’une des infirmières du bloc.

Un nouveau préavis de grève au bloc opératoire a été déposé pour le mercredi 22 mars par la CGT et FO. A l'issue d'une réunion, la direction a annoncé aux syndicats qu'elle allait reprendre point par point l''ensemble des revendications et qu'elle allait envoyer des propositions la semaine prochaine.

L’héliport n'est toujours pas en fonction

Pour acheminer les victimes d'accidents vers son bloc opératoire, le site de Trévenans possède un héliport flambant neuf sur la toiture. Mais il est impossible pour l’instant de l’utiliser. Il faut dire qu'il est situé près de la caserne militaire du 1er RA, Régiment d'Artillerie de Bourogne qui utilisait cet endroit pour faire voler des drones jusqu'à il y a cinq mois encore. Aujourd'hui, la demande d'autorisation d'ouverture de l'hélistation n'a toujours pas été faite par l'hôpital, des études notamment sur l'impact acoustique doivent être réalisées. Le dossier devrait être déposé par l'hôpital courant avril à la Direction de la sécurité de l'aviation civile à Strasbourg puis transmis à la préfecture pour signature d'un arrêté préfectoral.

Dans un communiqué, l'Hôpital Nord Franche Comté explique que le nombre d'interventions en hélicoptère reste marginal au regard des 90 000 passages aux urgences par an. En 2016, quatre interventions ont été effectuées à Belfort mais aucun à Montbéliard.