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Dossier : Coronavirus Covid-19

Covid-19 : ces patients qui réapprennent à respirer au CHU de Rouen

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure)

Des patients atteints d'une forme sévère de Covid-19 réapprennent à marcher, parler et déglutir dans une unité dédiée du CHU de Rouen.

Le Docteur Dorothée Carpentier, cheffe de l'unité SRPR au CHU de Rouen, dans la chambre de sa patiente Sonia
Le Docteur Dorothée Carpentier, cheffe de l'unité SRPR au CHU de Rouen, dans la chambre de sa patiente Sonia © Radio France - Olivia Cohen

Au CHU de Rouen, des patients passés par une forme sévère de Covid-19 réapprennent à respirer dans une unité extrêmement rare, l'une des premières du genre créées en France : une unité de sevrage respiratoire, où l'on rééduque les patients plongés dans le coma et placés sous respirateur. Il s'agit de sevrer le patient de son assistance respiratoire, c'est-à-dire de lui réapprendre à respirer de façon autonome. 

Ces patients sortent de cette période de coma épuisés, les muscles fondus. Ils sont très dépendants et nécessitent un suivi approfondi. Au sein de l'unité SRPR (soin de rééducation post-réanimation), une équipe médicale leur réapprend à se servir de leur corps, à mobiliser leurs jambes et leurs cordes vocales.

Parler, un gros effort physique

Dans l'un des six lits du service, Pascal a derrière lui une hospitalisation de plusieurs mois, avec coma artificiel et placement sous respirateur. Tout son appareil respiratoire est très atteint, cet Eurois a donc dû subir une trachéotomie, une incision dans la gorge. Répondre à nos questions représente un gros effort physique : "C'est très fatigant car tous mes muscles sont atrophiés", confie-t-il dans un chuchotement douloureux. 

Cette trachéotomie était nécessaire parce que Pascal n'a plus les muscles suffisants pour déglutir correctement, explique le Dr Dorothée Carpentier, cheffe du service : "Quand on a des patients qui présentent une telle atteinte physique, tout représente un effort ! Pour parler, il faut faire des phrases courtes, reprendre sa respiration entre chaque phrase, avant que la voix ne devienne plus soutenue." La canule, le tuyau placé au niveau de la gorge à l'aide de la trachéotomie, aide le patient à respirer en dégageant les secrétions qu'il ne parvient pas à avaler faute de muscles, limitant ainsi les risques de fausse route.

La voix et le système respiratoire se consolideront au fur et à mesure que le patient récupérera assez de force pour se tenir debout. "Pour y parvenir, l'approche thérapeutique de l'unité se veut pluridisciplinaire, en croisant les spécialités : psychiatres, kinésithérapeutes, diététiciens ou encore infirmières", détaille le Dr Carpentier.

Le test de la déglutition

Ce sont les kinés qui réapprennent aux patients à se servir de leur corps, notamment à déglutir. Au fur et à mesure de la convalescence, il faut régulièrement pratiquer un test de la déglutition, étape capitale pour évaluer la récupération du patient. Nicolas Duquesne est l'un des masseurs kinésithérapeutes du service : "On va vérifier différentes choses pour rééduquer cette partie-là, travailler sur la fermeture des lèvres, faire tirer la langue au patient, mettre les doigts dans la bouche du patient."

"Le test de la déglutition passe par plusieurs phases", liste Nicolas Duquesne, "on va commencer par donner de la compote au patient, une matière assez épaisse et puis si le test est concluant, on va corser la difficulté, passer à du nectar ou du miel, puis de l'eau gazeuse ou de l'eau froide, et enfin de l'eau plate et si tout passe, on donnera le feu vert pour revenir à une alimentation normale."

Nicolas Duquesne (à droite) est l'un des masseurs kinésithérapeutes de l'unité SRPR du CHU de Rouen
Nicolas Duquesne (à droite) est l'un des masseurs kinésithérapeutes de l'unité SRPR du CHU de Rouen © Radio France - Olivia Cohen

"Une tête sans corps"

Dans l'une des chambres, on rencontre Sonia. La voix, c'est fait, elle a tout récupéré, mais après des semaines de coma, voilà comment elle se sent : "J'étais littéralement sans voix à mon réveil et surtout, j'étais une tête sans corps, ça faisait bizarre !" Cette grand-mère pêchue et pleine d'humour a plus de 70% de ses capacités musculaires à récupérer : "Je peux juste bouger la tête et le coude droit, donc j'ai du boulot devant moi !" 

Remettre les muscles en état pour parler ou marcher, c'est la mission de Nicolas Duquesne : "Les séances de rééducation se font sur un temps très court, plusieurs fois dans la journée. On cible le groupe musculaire souhaité, avec un gros travail complémentaire sur l'alimentation, élaborée avec nos collègues diététiciens et suivie au jour le jour par les infirmières." 

Ces patients seront en mesure de quitter le service une fois qu'ils sauront se tenir debout et faire quelques pas. Ils passeront alors à la rééducation conventionnelle. Par ailleurs, sous l'effet de la crise du Covid-19, l'unité s'est dotée depuis le 17 juin d'une consultation de suivi des patients passés par le service : "L'idée, c'est de revoir les patients trois mois après leur sortie pour voir s'il reste des séquelles ou un stress post-traumatique, l'expérience du coma ou du long séjour en réanimation peut laisser des traces", conclut le Dr Gaëtan Beduneau, pneumologue et ancien responsable de l'unité.

Réécoutez le reportage au sein du service SRPR du Dr Carpentier au CHU de Rouen

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