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Santé – Sciences

Pesticides : la justice reconnait l'origine professionnelle de la maladie de Parkinson d'un arboriculteur

lundi 11 mars 2019 à 11:49 Par Viviane Le Guen, France Bleu

Marcel Geslin, un ancien employé arboricole, mort l'an dernier à 74 ans, a obtenu lundi la reconnaissance par la justice de l'origine professionnelle de sa maladie de Parkinson a appris l'AFP auprès de sa famille. Ces derniers espèrent que cette décision fera évoluer la législation.

Épandage de produits phytosanitaires à Thionville en avril 2012
Épandage de produits phytosanitaires à Thionville en avril 2012 © Maxppp - Julio PELAEZ

Angers, France

C’est une décision emblématique. Un ancien employé arboricole du Maine-et-Loire décédé l'an passé a obtenu lundi la reconnaissance par la justice de l'origine professionnelle de sa maladie de Parkinson. "Ce n'est pas qu'une victoire pour l'honneur. Nous souhaitons qu'elle contribue à faire évoluer la législation sur les maladies professionnelles liées aux produits phytosanitaires, afin que ce qui est arrivé à mon frère n'arrive plus", a commenté Michel Geslin, le frère et tuteur du défunt auprès de l'AFP.

Mort en 2018 à l'âge de 74 ans, Marcel Geslin avait travaillé pendant 37 ans dans la même entreprise arboricole à Loiré (ouest d'Angers). Il était préposé à l'entretien des vergers, la taille, l'éclaircissage, la cueillette... Selon Michel Geslin, qui s'est battu pour obtenir cette reconnaissance devant le Tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass) du Maine-et-Loire, "il ne manipulait pas lui-même les produits phytosanitaires. Mais comme tous les employés à l'époque, il travaillait dans les rangs pendant et après les traitements".

"Un parcours du combattant"

C'est en 2008, après son départ en retraite, que les premiers symptômes sont apparus. Les troubles dont souffrent Marcel Geslin sont d'abord diagnostiqués "de type Alzheimer" avant d'être requalifiés en "maladie de Parkinson" quelques années plus tard. La famille lance alors une procédure judiciaire. Depuis 2012 en effet, la maladie de Parkinson peut, sous certaines conditions, être reconnue comme maladie professionnelle chez les agriculteurs, à cause de l'exposition aux pesticides.

"Cette reconnaissance nous a été refusée une première fois en 2017 parce que le certificat initial de son médecin traitant n'avait fait mention que de 'troubles de mémoire'. Alors même que la MSA (Mutualité sociale agricole) disposait de tous les avis des spécialistes", regrette Michel Geslin. Un deuxième refus sera opposé à la famille en 2018 pour des questions de délai d'instruction. C'est l'avis du Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles de Bretagne, où le cas de Marcel Geslin a été délocalisé, qui se révélera décisif précise l'AFP.

"C'est un cas emblématique car il montre que les organismes de protection sociale agricole, bien que parfaitement informés, préfèrent laisser filer. Pour qui veut faire reconnaître sa maladie, c'est un parcours du combattant", assure Michel Besnard, porte-parole du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest, lequel revendique 14 reconnaissances auprès des Tass de la région depuis sa création il y a quatre ans.

Les agriculteurs et les riverains des terrains agricoles plus menacés

À l'échelle nationale, il n'existe aucune donnée statistique publique sur les maladies professionnelles liées aux produits phytosanitaires. En 2017, Patrice Heurtaut, directeur de la santé-sécurité au travail de la MSA avait indiqué qu'elles représentaient "2% des maladies professionnelles déclarées au titre du régime agricole". 

Toutefois, deux études publiées en 2017 à l'issue de recherches menées par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), ont montré que les les agriculteurs et riverains de terrains agricoles présentent un risque un peu plus élevé - respectivement de 13% et 8,5% - d’être atteints par la maladie de Parkinson. En cause notamment : l’exposition élevée aux pesticides, dont certains ont des propriétés neurotoxiques.