Santé – Sciences

Philippe Perrin : "Thomas Pesquet, je suis un peu à l'origine de son destin"

Par Bénédicte Dupont, France Bleu Toulouse mercredi 16 novembre 2016 à 9:04

Philippe Perrin est aujourd’hui pilote d'essai pour Airbus à Toulouse.
Philippe Perrin est aujourd’hui pilote d'essai pour Airbus à Toulouse. - Cité de l'Espace

L'astronaute Thomas Pesquet débute sa première mission dans l'espace ce jeudi soir. Pour mieux comprendre les enjeux de cette aventure dans les étoiles, l'un des neuf spationautes français de l'Histoire, installé à Toulouse désormais, était l'invité de France Bleu ce mercredi.

Thomas Pesquet, 38 ans, diplômé de l'école Supaéro de Toulouse, sera donc le dixième astronaute français de l'Histoire. Sa fusée Soyouz décollera de Baïkonour à 21h20 de Paris jeudi. L'invité de France Bleu Toulouse est allé dans l'espace en juin 2002 : Philippe Perrin a passé près de 14 jours dans la station spatiale internationale. Le Gardois est depuis son aventure spatiale pilote d'essai chez Airbus à Toulouse.

►►► Réécoutez l'invité de la rédaction ci-dessous. Philippe Perrin est interrogé par Bénédicte Dupont.

L'INVITE EN UN CLIC - Philippe Perrin, 9ème spationaute français de l'Histoire

Bénédicte Dupont : Thomas Pesquet, vous l'avez croisé un jour au CNES à Toulouse il y a longtemps, que vous a t-il dit ?

Philippe Perrin : Je crois que je suis un peu à l'origine de sa motivation, même s'il l'a depuis tout jeune. J'étais à l'époque au Cnes, au centre de contrôle de l'ATV (NDLR : le site du Centre national d'études spatiales) puisque le Cnes a fait partie des vols habités. Je vois arriver à la machine à café un jeune homme souriant, bien dans ses baskets, il me demande "Ah c'est vous l'astronaute ?! Je rêve de faire le même métier que vous. Je suis ingénieur, je travaille au Cnes, j'ai fait Supaéro". Je lui réponds "C'est bien, mais il faudrait que tu montres ton caractère opérationnel. As-tu piloté, as tu-fait de la plongée, de la voltige, de la spéléologie ?". Et puis quelques années après, je l'ai recroisé en sélection astronaute, il avait suivi mes conseils, il était rentré chez Air France, il a fait 2.500 heures de vol, il est passé instructeur avant de devenir astronaute.

Sélection drastique, Thomas Pesquet a été choisi parmi 6.000 candidats pour cette mission Proxima. C'était votre cas en 2002 ?

Oui à l'époque, le projet Hermès avait l'ambition de faire en Europe un véhicule habité. On cherchait des pilotes d'essai pour mettre en place l'autonomie spatiale européenne. Je devais participer à l'assemblage de la station, la phase des pionniers où on mettait en place les matériels. Thomas, lui, va passer six mois dans l'espace alors que je n'y ai passé que quatorze jours. Son métier sera d’utiliser cette station pour le bien de la science et de l'exploration lointaine.

Vous auriez aimé être à sa place ? Être encore opérationnel ?

Ma carrière spatiale est terminée mais c'est moi qui l'ai voulu ainsi, car j'aurais pu encore voler à mon âge (53 ans). C'était un choix personnel et familial, venir à Toulouse m'installer avec mes enfants. Je voulais aussi amener mes compétences dans l'industrie aéronautique française. J'ai eu la chance de voler sur des matériels américains, Thomas sera sur du matériel russe. Et moi, je souhaitais me projeter dans une fierté nationale. Voilà pourquoi j'ai rejoint les rangs de l'industrie française.

Pour aller sur Mars, il faut une rupture de technologies. Raccourcir la durée du voyage et du séjour sur place pour survivre au rayonnement cosmique. Pour le moment, on n'y survivrait pas.

Thomas Pesquet restera à 400 kilomètres de la Terre, dans la station ISS. Et Mars, qu'est-ce qu'on attend pour y aller ?

Ce qu'on attend, c'est une rupture de technologies. On ne pourra pas aller sur Mars avec les technologies d'aujourd'hui, chimiques (moteurs oxygène-hydrogène). J'ai eu la chance de voler dans l'espace avec l’inventeur d'un moteur à plasma qui permettrait de raccourcir le voyage martien d'une durée d'un an à un mois, un mois et demi seulement. Cette technologie existe, il faut la développer, et on pourra aller sur Mars dans un temps assez rapide pour rester sur la même orbite, c'est-à-dire dans une phase où la Terre et Mars sont assez proches pour pouvoir aller sur Mars, rester un mois, et revenir rapidement.

2025-2030 prédisent les Américains, c'est bientôt !

Oui si on arrive à faire cette rupture de technologie au niveau du moteur, on pourra le faire. Les véhicules seront plus légers, et surtout les astronautes seront moins exposés au rayonnement cosmique. Le défi d'un voyage sur Mars est de survivre au rayonnement cosmique, si on reste deux ans et demi dans l'espace, on est certain de revenir sur Terre et de mourir dans les années qui suivent.

Thomas Pesquet au micro de France Bleu - Radio France
Thomas Pesquet au micro de France Bleu © Radio France - Benjamin Jacquot

Vivez le départ de Thomas Pesquet ce jeudi 17 novembre dès 17h à la Cité de l'Espace de Toulouse, accès libre.

LIRE AUSSI

EN IMAGES - Avant le départ de Thomas Pesquet, les dix tweets de l'astronaute qui nous ont fait rire

VIDÉO. Baudry sur l'ISS : "Du tourisme spatial payé avec nos impôts"

Sur la route de l'espace - Une série France Bleu