Santé – Sciences

PMA : l'Académie de médecine recommande que les femmes puissent conserver leurs ovocytes

Par Tifany Antkowiak, France Bleu lundi 19 juin 2017 à 16:43

L'Académie de médecine fait cette recommandation sur la conservation des ovocytes car les couples ont des enfants plus tard qu'auparavant, alors que la fertilité des femmes baisse à partir de 35 ans.
L'Académie de médecine fait cette recommandation sur la conservation des ovocytes car les couples ont des enfants plus tard qu'auparavant, alors que la fertilité des femmes baisse à partir de 35 ans. © Maxppp - Christian Beutler

Dans un rapport publié lundi, l'Académie de médecine recommande de permettre aux femmes qui le désirent de conserver leurs ovocytes pour pallier d'éventuels problèmes de fertilité après 35 ans, alors que le Comité national d'éthique doit se prononcer sur la PMA d'ici la fin du mois.

Pour remédier à d'éventuels problèmes de fertilité après 35 ans, l'Académie de médecine recommande, dans un rapport publié lundi, que les femmes qui le souhaitent puissent conserver leurs ovocytes. Cette "autoconservation des ovocytes" est déjà possible en théorie, mais elle est quasi irréalisable en pratique, car obligatoirement liée à un don pour autrui. L'Académie souhaite que cette disposition figure dans la prochaine révision de la loi de bioéthique, qui aura lieu au plus tard en 2018.

Évolution sociétale

"Il existe un mercato de la congélation d'ovocytes (...) dans un but lucratif. Les Françaises doivent y avoir accès de manière légale et contrôlée", a fait valoir lundi à Paris lors d'une conférence de presse le professeur Philippe Bouchard, qui a participé à la rédaction du rapport de l'Académie. L'avis de l'Académie de médecine n'est que consultatif, mais il survient dans un contexte particulier, et sur un sujet éthiquement sensible. Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) doit se prononcer avant la fin juin sur la PMA (procréation médicalement assistée), notamment pour les femmes homosexuelles. Le gouvernement devrait s'appuyer sur cet avis du CCNE.

Dans son rapport, l'Académie de médecine recommande que les femmes puissent avoir recours au prélèvement et à l'autoconservation des ovocytes jusqu'à 35 ans (âge à partir duquel leur qualité baisse), afin qu'elles les utilisent plus tard si besoin dans le cadre d'une éventuelle PMA. Après prélèvement, les ovocytes sont conservés par vitrification, une congélation instantanée dans un bain d'azote liquide à -196 degrés.

L'Académie a formulé cette recommandation en partant d'un double constat, lié à l'évolution de la société : les couples ont des enfants plus tard qu'auparavant (5% des accouchements concernent des mères d'au moins 40 ans, contre 1% en 1980), alors que la fertilité des femmes baisse à partir de 35 ans. L'Académie souligne aussi que les Françaises qui veulent aujourd'hui conserver leurs ovocytes en prévision de grossesses futures vont le faire à l'étranger, avec des risques de dérive mercantile.

Vers une révision de la loi bioéthique de 2011 ?

"C'est une étape supplémentaire pour permettre aux femmes de maîtriser leur propre fertilité", a estimé lundi le professeur Jacques Milliez, qui a présidé à la rédaction du rapport. "Il n'est pas question d'autoriser des grossesses à 65 ans mais de permettre à des femmes dont la fertilité baisse d'avoir des chances des grossesse jusqu'à 43 ou 45 ans", a souligné le professeur Bouchard.

La loi bioéthique de 2011 permet à une femme qui n'a jamais eu d'enfant de conserver ses ovocytes en France, mais à la condition qu'ils soient prélevés dans le cadre d'un don pour autrui et qu'en cas de nombre insuffisant, priorité aille au don. "Cette offre (...) peut être perçue comme un chantage", écrit l'Académie de médecine dans son rapport, adopté par 54 voix pour, 12 contre et 22 abstentions. D'autre part, "compte tenu de la large priorité accordée au don, les chances pour ces donneuses de conserver des ovocytes pour elles-mêmes sont quasi-nulles", poursuit l'instance.

Pour espérer une grossesse, il faut 15 à 20 ovocytes. Pour une même femme, il faudrait donc multiplier les cycles de stimulation hormonale nécessaires au prélèvement si l'on veut que le don et l'autoconservation aient tous deux des chances d'être efficaces. Ce qui, selon l'Académie, ne semble pas éthiquement acceptable. Elle souhaite que la possibilité pour les femmes qui le souhaitent de conserver leurs ovocytes figure dans la prochaine révision de la loi de bioéthique, qui aura lieu au plus tard en 2018.