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Santé – Sciences

Que deviennent les victimes de Dentexia dans les Bouches-du-Rhône ?

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Par , France Bleu Provence

Un an après la liquidation des centres dentaires low cost Dentexia, les victimes se sentent abandonnées. Dans les Bouches-du-Rhône, un homme a tenté de mettre fin à ses jours lundi 20 février. Pour le Collectif contre Dentexia de Marseille, l'inertie des pouvoirs publics ne peut plus durer.

Image d'illustration
Image d'illustration © Maxppp - Alain DELPEY

Il a pris assez de médicaments pour se tuer. Lundi 20 février, Pierre* a voulu mettre fin à ses jours parce qu'il ne supportait plus sa bouche abîmée par des interventions dentaires incomplètes. Il a été pris en charge et se remet, mais le cas de cet habitant des Bouches-du-Rhône est symptômatique du désarroi des patients des centres Dentexia.

Des soins dentaires inachevés

Rosario Matina, Marseillais et lui-même victime, a monté, avec un Lyonnais, le Collectif contre Dentexia : "Des gens qui sont prêts à suivre le même chemin que Pierre, il y en a beaucoup. Ce ne sont pas de dérisoires problèmes de caries mal soignées, on parle de gens qui n'ont plus de dents, des implants mal posés ou non homologués, qui les font souffrir. J'ai des photos de patients dont les implants ont transpercé les sinus ! Depuis que nous avons monté le collectif, nous recevons beaucoup de messages."

Rosario Matina

Et il sort une liasse de feuille, des courriels dans lesquels des victimes expriment leur colère. "On m'a arraché toutes les dents sans explications et à ce jour, je n'ai toujours pas de dents en bas", écrit l'un. "Je suis anéantie, je ne peux plus sourire", affirme une autre. "Je pense mettre fin à ma vie", conclut l'un des emails.

Pour tous, c'est le même schéma : attirés par les tarifs deux ou trois fois inférieurs aux prix du marché, les patients ont souscrit à des emprunts de plusieurs milliers d'euros pour payer des soins dentaires, réalisées par Dentexia. Des interventions payées d'avance et dont certaines n'ont pas été complétées, puisque l'an dernier, en mars 2016, les centres mettaient la clef sous la porte. "Résultat, détaille Rosario Matina, beaucoup d'entre nous n'ont pas reçu les soins pour lesquels nous avons payé et surtout, qui n'étaient pas terminés."

Difficile indemnisation

Un an après, Rosario Matina est toujours aussi en colère. Pour au moins trois raisons.

D'abord, estime-t-il, le gouvernement n'a pas rempli ses promesses : "La ministre de la Santé elle-même promettait une prise en charge renforcée par les pouvoirs publics." Elle l'avait d’ailleurs écrit dans un communiqué de presse du 27 juillet 2016. Or, les dossiers à remplir pour accéder à ces indemnisations s'avèrent "d'une complexité inouï", relève Rosario Matina.

Le soulagement d'être pris en charge s'est donc transformé en douche froide. "C'est comme s'ils ne voulaient pas nous indemniser", accuse-t-il. Outre les très nombreuses pièces justificatives demandées, les dossiers contiendraient aussi plusieurs clauses d'inéligibilité.

Deuxième raison : les responsables, selon Rosario Matina, ne sont pas inquiétés. Avec son avocat, le Marseillais a déposé une plainte, comme des centaines d'ex-patients. Il a réussi à faire radier l'un des chirurgiens dentistes, Harold King, qui travaillait pour la clinique des Bouches-du-Rhône. C'était le 26 mars 2016.

Depuis, "rien", s'agace Rosario Matina. Lui voudrait que les praticiens qui ont travaillé dans ces centres et les responsables du réseau rendent des comptes devant les tribunaux, "car les chèques, eux, ont été encaissé, constate-t-il. Où est passé cet argent ?"

Rosario Matina

Enfin, la troisième cause de sa colère, c'est que de nombreuses victimes ne peuvent pas être "réparées". "Certaines personnes se font mettre dehors quand elles se rendent dans le cabinet d'un dentiste. Le gouvernement nous avait demandé de faire un bilan dentaire.

Que ce soit pour ce bilan ou pour des soins, aucun dentiste n'accepte de passer après les victimes de Dentexia. Le chantier est trop gros." Dans les Bouches-du-Rhône, environ 80 personnes attendent toujours d'être pris en charge.

Rosario Matina

Qui est responsable ?

Le président de Dentexia, Pascal Steichen, refuse d'endosser la responsabilité du carnage. Si les centres ont fermé, se défend-il, c'est essentiellement à cause de l'ordre national des chirurgiens dentistes, qui aurait mené contre lui une "campagne de dénigrement", pour effrayer les praticiens qui venaient travaillé dans les centres Dentexia et pour empêcher les banques de lui faire confiance.

Côté autorités, on se renvoie la balle. L'ordre affirme avoir alerté les agences régionales de santé (ARS), qui n'ont pas fait leur travail. Le gouvernement assure que le dossier est prioritaire. "Les patients peuvent compter sur la mobilisation du ministère et sur mon implication personnelle à leurs côtés", avait déclaré Marisol Touraine en juillet dernier. "Aucune promesse n'a été tenu", rétorque Rosario Matina.

Les patients, eux, désespèrent d'être remboursés et de pouvoir terminer le travail entammé. A l'heure où plus d'un tiers des Français renoncent aux soins dentaires à cause du coût, ils étaient nombreux à faire confiance à Dentexia et à ses tarifs défiant toute concurrence. "J'ai été l'une des premières victime, indique l'un des messages reçu par le collectif marseillais. Aidez-moi à retrouver ma dignité car je n'ose plus ni parler, ni rire."

* le prénom a été modifié.

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