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Marine, 31 ans, dessine avec humour son cancer du sein

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Par , France Bleu Pays de Savoie, France Bleu

Marine Le Mercier, 31 ans, d'Albertville (Savoie), dessine depuis décembre les coulisses de ses chimiothérapies sur sa page Facebook. Avec elle, l'humour est la politesse de l'espoir.

Marine
Marine © Radio France - Christophe Van Veen

Marine a 31 ans. Au début de l'été 2019, elle est certes un peu fatiguée par sa vie trépidante mais elle est épanouie, elle vient de revenir dans sa ville natale, Albertville (Savoie), elle fait construire une maison, elle dirige une équipe dynamique à Pôle Emploi, et sa "huitième merveille du monde" Mathéo vient de souffler ses cinq bougies. Tout roule. Et puis ça s'écroule. 

Son conjoint repère des "choses" anormales dans un sein. Le samedi, Marine voit sa généraliste. Le lundi qui suit, c'est la biopsie au centre Médipôle de Challes-les-Eaux. Le cancer du sein est évalué au "stade 2". Trois tumeurs sont décelées. "Un rendez-vous d'urgence s'est libéré miraculeusement. Le premier rendez-vous qu'on voulait me fixer était deux mois plus tard. J'ai insisté. Ça m'a sûrement sauvé la vie. Dès le résultat des biopsies, le praticien a été génial. Il m'a dit deux choses qui m'ont porté. Un : ne pas se demander pourquoi, c'est tombé sur moi. Deux : je deviendrai une belle grand-mère."

"On m'a enlevé un sein, pas le sens de l'humour"

Un cancer à la trentaine... elle le met en quarantaine et elle le dissèque avec le stylet de sa tablette numérique : "J'ai toujours dessiné. J'ai une formation en arts plastiques. C'est une amie qui m'a proposé de dessiner sur tablette. Je suis totalement autodidacte. J'avais gardé cette passion pour moi. Quand je suis tombée malade, on m'a offert une BD où une femme raconte sa maladie. Je ne veux pas critiquer, chacun a sa manière d'exorciser. Mais son livre-témoignage m'a fait beaucoup pleurer. Je me suis dit : "Je vais mourir, je vais mourir..." Et puis j'ai réagi. J'ai voulu raconter des trucs cools. La vie, c'est chouette ! On m'a enlevé un sein mais pas le sens de l'humour. La seule chose qui m'empêcherait de rire, c'est de ne plus être là et de laisser tout seul mon petit garçon."

Début de chimio : le 1er octobre 2019. Premiers dessins sur sa page Facebook : le 1er décembre 2019. C'est parti !

Marine n'a plus peur de rien, et surtout pas de choquer. Marine se bidonne avec les essayages de perruques "j'en ai testées de toutes les couleurs, des super flashy", avec les perfusions de chimio "j'y suis allée avec un diadème, une couronne de princesse, le porte-perfusion était rose, girly " ou les émissions de télé-réalité comme "Mariés au premier regard" - "je me suis imaginée, juste après qu'il m'ait dit "Oui" lui révélant : "Ah oui ! Au fait J'ai une perruque et un cancer. Respire, ça va bien se passer." Ce dernier dessin n'a rien d'anodin. Marine est choquée par le nombre de conjoints qui partent après la révélation de la maladie. 

"Je m'en bats les boobs !"

Marine ose tout. Avec une batte de baseball, sur un de ses dessins, elle éclate un crabe avec cette légende : "Et bim, dans ta gueule !" Parmi les messages nombreux envoyés par les internautes, celui de la maman de Clément, 18 mois, l'a touché. Clément suit ses séances de chimio les mêmes jours que Marine. Elle lui a dédié ce dessin où "le crabe se fait massacrer, avant de disparaître."

Le jeune femme au tempérament de guerrière se représente parfois avec un tee-shirt qu'on ne voit pas souvent dans la vraie vie : "Je m'en bats les boobs".  "Ben, oui, pourquoi les mecs ont le droit de dire "Je m'en bats les c... " et pas nous ? " Girl power !  À l'image de l'égérie du site, inspirée de l'affiche de la propagande américaine "We Can Do It" où une travailleuse montre les muscles. Marine a rajouté son tatouage viking, symbole de force et d'invincibilité. "Je ne vais pas me laisser faire. On est plusieurs à ne pas se laisser faire. On est là. On est fortes. Et on va s'en sortir."    

La princesse de la chimio
La princesse de la chimio - Marine Le Mercier

Près de 2500 fans en deux mois

Marine a des fans sur le réseau Facebook, de plus en plus nombreux chaque jour, "des copines de galère", des hommes aussi, c'est open. Les fidèles guettent les dessins quotidiens, "des rayons de soleil" pour certains. La dessinatrice est touchée. "Une Marine, malade, qui a un an de plus que moi, m'a écrit "Merci. Cela me fait du bien. J'ai pas le droit d'en rire avec mes proches." Moi je lui dis : "Marine, rigole ! Fuck ! Tu as le droit de vivre ton cancer comme tu le veux !"

La jeune Savoyarde ne cache rien de la "misère du quotidien" - les vomissements, les saignements, les fatigues... - mais elle maintient le cap vers la vie. Très entourée avec des amies qui se relaient pour l'accompagner aux séances de chimio, par ses collègues toujours attentifs, par ses proches très présents, Marine voit aussi l'isolement chez certains qu'elle croise à l'hôpital. "Tout ça parce que la maladie fait flipper. Moi, même si j'ai une cicatrice, je ne suis pas Frankenstein ! L'humour sert à dédramatiser. Plus on en rira, moins les gens auront peur de se faire dépister, moins ils auront peur d'aller vers les malades. "

Au fond, ce que nous apprennent ces dessins, c'est que le cancer est une telle saloperie qu'en avoir peur lui ferait trop d'honneur. "Ce n'est pas d'avoir peur du cancer qui va le faire reculer."

La jeune femme n'a de cesse de rendre hommage au personnel médical qui l'accompagne. Deux fois par semaine, Marine - actuellement en arrêt maladie le temps du traitement - se motive par ailleurs avec une association sur Albertville, la CAMI, menée par l'ancienne patineuse Laeticia Hubert. Elle y pratique des exercices physiques avec un petit groupe sympa de malades, pour supporter la fatigue des rayons. 

À la vue des dessins sur Facebook et du succès naissants, des éditeurs ont flairé la sincérité, la drôlerie sans complaisance, sans apitoiement. Les dessins vont devenir un livre, elle l'espère, dans le courant de l'année. Encore une défaite pour le cancer et une victoire pour Marine !

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