Santé – Sciences

Suicide à l'hopital de Saint-Calais : la directrice pointée du doigt par les syndicats

Par Julien Jean, France Bleu Maine lundi 22 août 2016 à 18:00 Mis à jour le lundi 22 août 2016 à 18:39

Philippe Keravec et Catherine Brulé-Delahaye de la CGT Santé
Philippe Keravec et Catherine Brulé-Delahaye de la CGT Santé © Radio France - Julien Jean

Après le suicide cet été d'un cadre de l'établissement, la CGT et FO dénoncent les méthodes de la directrice du centre hospitalier de Saint-Calais et appellent le personnel à s'exprimer. Depuis ce lundi, les agents de l'inspection générale des affaires sociales sont sur place.

Les agents de l'inspection générale des affaires sociales (Igas) sont arrivés à l’hôpital de Saint-Calais ce lundi après-midi. Saisis par l'ARS (l'agence régionale de santé), ils sont chargés d'enquêter sur le suicide cet été d'un cadre de l'établissement. Selon la CGT, ce dernier aurait mis en cause dans plusieurs courriers les méthodes de management de la directrice, entendue par l'Igas ce lundi.

Pressions, harcèlement, mises au placard : aujourd'hui, il faut dire les choses

En attendant les conclusions de cette enquête, le syndicat a décidé d'aller à la rencontre des employés du centre hospitalier calaisien. Tracts à la main, Philippe Keravec, le secrétaire départemental de la CGT Santé a fait le tour des services du petit hôpital pour sensibiliser le personnel. Afin de mettre un terme à ce qu'il qualifie de "harcèlement et de gestion perverse", il faut libérer la parole explique-t-il : "Malheureusement, il faut en arriver à un drame pour que les gens qui sont en souffrance ici depuis plusieurs années commencent à s'exprimer. Aujourd'hui, ils parlent de pressions, de harcèlements, de mises au placard. C'est intolérable". Cette situation aurait conduit au départ d'une vingtaine de cadres depuis 10 ans affirme la CGT.

"Il faut faire quelque chose" reconnait une infirmière, "parce qu'en arriver au suicide, c'est grave. J'ai des collègues qui subissent des pressions, ça c'est sûr. Cela doit s'arrêter". Une élue du CHSTC (Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) précise que "des tentatives de suicides ont été évitées en juin" et qu'un employé de la blanchisserie de l'hôpital a mis fin à ses jours en début d'année mais il n'a pas été établi avec certitude que ce suicide soit bien lié au travail.

Syndrome France-Télécom ?

Pour le secrétaire départemental de la CGT Santé le risque est réel que l'hôpital soit victime du syndrome France-Télécom : "Cela fait déjà un moment qu'on le dit. Il y a eu un suicide à Toulouse, un autre au Havre. On est rentré dans une espèce de spirale et c'est pourquoi nous avons décidé de médiatiser cette affaire dans notre département, voire au niveau national. On ne peut pas accepter cela. Certes, il y a des réductions budgétaires et des conditions de travail difficiles mais à Saint-Calais s'ajoute un problème de gestion du personnel insupportable. On doit respecter les hommes et les femmes qui travaillent dans nos établissements".

FO Santé alerte à son tour l'ARS

Après la CGT, FO Santé dénonce également les méthodes de la directrice dans un courrier adressé à la préfète de la Sarthe et au directeur de l'agence régionale de santé. Selon Jacky Martineau, le secrétaire départemental, "la directrice s'affranchit des lois et règlements (...). Cette situation peut devenir dramatique à chaque instant". FO précise par ailleurs avoir déjà envoyé le 10 mars 2015 un rapport au Procureur de la République. Enfin le syndicat annonce qu'il se rendra ce mardi à Saint-Calais pour remettre aux inspecteurs de l'Igas des documents et des témoignages sur "les défaillances de la direction".

La directrice du centre hospitalier de Saint-Calais a envoyé le communiqué suivant à la rédaction de France Bleu Maine samedi. Marie-Bernardette Ponthoreau y explique notamment que "les autorités administrative et judiciaire concernées en ont été prévenues immédiatement par la direction de l’établissement qui ne peut que s’inscrire en faux contre le contenu de ces courriers et ne souhaite pas faire d'autres commentaires car une mission de contrôle est actuellement en cours qui devrait rendre ses conclusions prochainement". La directrice estime également que Philippe Kéravec, qui n'est pas un syndicaliste élu dans son établissement tient des propos qu'elle juge "diffamatoires".

Enfin l'agence régionale de santé que nous avons sollicité fait quant à elle savoir dans un communiqué laconique qu'elle "portera la plus grande attention aux résultats de la mission l'Igas qui est en cours".

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