Santé – Sciences

Trois étudiantes tchadiennes découvrent les pratiques des sages-femmes au CHU de Poitiers

Par Margot Delpierre, France Bleu Poitou et France Bleu jeudi 14 septembre 2017 à 5:00

Les trois étudiantes tchadiennes, accompagnées de Pascaline Gouadain (association Poitiers-Moundou) et Amélie Devautour, étudiante en troisième année d'école de sage-femme à Poitiers.
Les trois étudiantes tchadiennes, accompagnées de Pascaline Gouadain (association Poitiers-Moundou) et Amélie Devautour, étudiante en troisième année d'école de sage-femme à Poitiers. © Radio France - Margot Delpierre

Pour la deuxième fois depuis 2015, le CHU de Poitiers accueille des étudiantes sages-femmes venues de Moundou, au Tchad. Elles sont en observation dans différents services pendant deux semaines.

Elles repartiront ce dimanche, après avoir passé deux semaines à observer les pratiques françaises à toutes les étapes, de l'accouchement, à la sortie de la maman de la maternité.

Les trois étudiantes sont en stage d'observation le matin dans les différents services, puis elles passent l'après-midi en cours ou en travaux pratiques. Et dès leur arrivée, Tchadiennes et Françaises ont réalisé combien leurs pratiques étaient différentes.

A commencer par le matériel : ici, il est à usage unique pour garantir l'hygiène et la stérilité, chose qui n'existe pas au Tchad. Mais ce n'est pas tout.

L'anesthésie péridurale, elle l'ont découvert en France. Elles n'ont pas ça non plus. Les dames sont seules avec leur douleur à gérer. Dans leur pays, [...] donner la vie c'est passer par la souffrance" - Amélie Devautour, étudiante sage-femme à Poitiers

Les Tchadiennes ont aussi découvert la salle des suites de couche et tous les soins qui accompagnent une femme plusieurs jours après son accouchement. "Les dames au Tchad, quand elles accouchent, restent deux heures et puis si tout va bien elles retournent chez elles", explique Amélie Devautour, membre de l'association des étudiants sages-femmes de Poitiers.

Opportune, 23 ans, étudiante sage-femme tchadienne

Des répercussions positives au Tchad

L'objectif de cette expérience est de transmettre un savoir qui pourrait ensuite être mis en pratique au Tchad, afin d'améliorer l'accueil et les soins prodigués aux femmes enceintes. Les Tchadiennes, qui repartiront ce dimanche, vont tenter de faire bouger les lignes dans leur pays. Il faudra du temps pour sensibiliser les pouvoirs publics sur la nécessité d'investir, car la problématique est avant tout financière.

Opportune, Tchadienne de 23 ans, étudiante en 3e année de sage-femme, a déjà plusieurs idées : "Nous avons pensé créer notre propre association [...] et aussi partager l'idée du service de suites de couche chez nous, si les autorités ou si le personnel accepte, puisque nous avons vu l'importance que ce service offre aux femmes".

Un projet humanitaire porté par l'association des étudiants sages-femmes

Les Tchadiennes ont été sélectionnées après un entretien devant un jury dans leur pays, composée notamment du chef du service maternité de l'hôpital de Moundou. Elles devaient notamment s'engager à perpétuer les pratiques apprises une fois rentrées chez elles. Elles prendront l'avion avec dans leurs bagages les cours des étudiantes poitevines sur une clé USB, ainsi qu'un livret résumant leur formation.

Si le projet a pu voir le jour grâce au jumelage entre les villes de Poitiers et Moundou, et au soutien de l'association Poitiers-Moundou, il s'est concrétisé grâce à l'énergie de trois étudiantes sages-femmes, dont Amélie Devautour. Elles ont ensemble passé deux ans à récolter 4.000 €. Cette somme a permis de financer le voyage et l'accueil des trois Tchadiennes, qui vivent dans une maison prêtée par le CHU de Poitiers.

Le lien créé entre les Françaises et les Tchadiennes n'est pas là de se briser. Les étudiantes poitevines espèrent leur rendre visite chez elles, d'ici trois ou quatre ans, le temps d'abord de décrocher leur diplôme.

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