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Société

Un documentaire sur "l'Hécatombe des fous", morts pendant l'Occupation, projeté à l'hôpital de Montfavet

mardi 17 avril 2018 à 6:07 Par Anne Domece, France Bleu Vaucluse et France Bleu

L'hôpital spécialisé de Montfavet (Vaucluse) projette ce mardi soir à 19h30 "l'Hécatombe des fous", un documentaire exceptionnel sur la mort de 45.000 malades mentaux dans les asiles français pendant la Seconde guerre mondiale. Ces patients sont morts de faim, dans l'indifférence.

Le centre spécialisé de Montfavet abrite un musée
Le centre spécialisé de Montfavet abrite un musée © Radio France - Anne Domèce

Avignon, France

C'est un épisode très peu connu de la Seconde guerre mondiale. Entre 1939 et 1945, 45.000 patients sont morts de faim et de privations dans les hôpitaux psychiatriques français. On estime à 2.000 le nombre de victimes à Montdevergues, l'hôpital de Montfavet. Camille Claudel, la célèbre sculptrice, internée près de 30 ans dans le Vaucluse, fait partie des victimes de privations.

Enquête de longue haleine

La journaliste Elise Rouard a décidé de lever le voile sur cet épisode. Elle a enquêté, pendant plusieurs années, à Paris et en région. Elle a consulté des archives, des registres, des dossiers médicaux, des lettres de famille. Elle a rencontré des historiens, et des témoins. De cette masse d'informations, elle a fait un documentaire : "l'Hécatombe des fous", présenté mardi soir à 19h30, au centre hospitalier spécialisé de Montfavet. Ce documentaire retrace le fil des événements, et ses terribles conséquences.

Pas de soupe, de l'eau chaude

Dès 1939, les restrictions se font sentir dans les hôpitaux - notamment les hôpitaux psychiatriques. Selon les registres consignés, il n'y a, au centre hospitalier de Montfavet, que quelques kilos de matières grasses pour 3.000 malades. Les établissements manquent de tout : de viande, de poisson, de féculents. Une soupe est servie chaque soir aux malades, mais il n'y a rien à mettre dedans, ce n'est que de l'eau chaude. 

Les restrictions se font de plus en plus sévères, au fur et à mesure que le temps passe. Les rations attribuées aux malades diminuent, en quantité et en valeur calorique. Isolés derrières les murs des asiles, les patients n'ont pas accès au surplus, au marché noir qui améliorent alors le quotidien. Pendant la guerre, neuf patients sur dix ne reçoivent plus aucune visite, ils sont complètement livrés à eux-mêmes. 

Victimes de "cachexie"

Très vite, l'état de santé d'un certain nombre de patients se dégrade. Les malades sont victimes de dénutrition, d’œdèmes, de cachexie (maigreur extrême).  Les soignants restés à leurs côtés ne peuvent rien faire : eux aussi manquent de tout. 

"On n'y pouvait rien. On n'avait pas ce qu'il fallait, il n'y avait pas de quoi manger... Vous savez, il faut y être passé pour se rendre compte." (Aimée Lebeau, ancienne infirmière à l'hôpital de Maison-Blanche à Neuilly)

On assiste alors à des comportements de survie : les malades mangent les épluchures auparavant réservées aux animaux de l'hôpital, ils ramassent toutes les miettes qui tombent, ils mâchent les feuilles des platanes. Et s'affaiblissent jour après jour.

À Montdevergues, on compte en 1941-1942 entre cinq et dix morts par jour.

Trop rarement évoqué

L'épisode est très rarement évoqué. Lorsqu'on parle des victimes de la guerre, de l'Occupation, le sort des malades mentaux, dans les hôpitaux, est souvent tu. Parce que l'internement reste tabou. Parce que le malaise de la société face aux "fous" reste entier.

Si vous voulez assister à la projection de "l'Hécatombe des fous" d'Elise Rouard, rendez-vous mardi soir à 19h30, à la salle Camille Claudel de Montfavet.

Vous pouvez aussi visionner le film sur le site (payant) Spicee, rubrique "docs".

Le reportage d'Anne Domèce

La réalisatrice Elise Rouard est originaire du Vaucluse - Radio France
La réalisatrice Elise Rouard est originaire du Vaucluse © Radio France - Anne Domèce