Santé – Sciences

Vaccination obligatoire des enfants : imposer faute de pouvoir convaincre

Par Jacky Page, France Bleu Bourgogne lundi 18 septembre 2017 à 17:55

Photo d'illustration. 69% des Français font confiance à la vaccination, proportion la plus basse depuis 2012.
Photo d'illustration. 69% des Français font confiance à la vaccination, proportion la plus basse depuis 2012. © Maxppp - McPHOTOf

A partir du premier janvier 2018, pas moins de 11 vaccins seront obligatoires pour les enfants. La décision de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, réjouit la plupart des médecins, mais ne fait pas l’unanimité parmi la population.

Actuellement, les parents ne sont tenus de faire vacciner leurs enfants que pour trois maladies, diphtérie, tétanos et poliomyélite. Huit autres vaccins ne sont que recommandés. Ils deviendront impératifs au 1er janvier, contre la coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole, l'hépatite B, la bactérie Haemophilus influenzae, le pneumocoque, et le méningocoque C.

15% des enfants ne sont pas vaccinés

En juin dernier à Marseille, une jeune fille de 16 ans est morte de la rougeole. La couverture vaccinale de la population est jugée insuffisante. 15% des enfants n'ont pas reçu les vaccins recommandés, cela suffit pour favoriser la réapparition des maladies, comme le souligne le professeur Pascal Chavanet, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Dijon : « là où la vaccination est insuffisamment faite, le virus circule, et des cas surviennent, avec des complications. La rougeole n’est pas une maladie infantile bénigne. Elle donne des encéphalites, des pneumonies, des bronchopathies, des atteintes digestives, oculaires etc… »

Le docteur Brigitte Virey, pédiatre à Dijon, constate un scepticisme grandissant des parents vis-à-vis des vaccins. « Les parents ont oublié ce qu’étaient ces maladies. La polio on n’en voit plus, heureusement. Quand on vaccine contre le pneumocoque, les parents ne prennent pas conscience de la gravité des maladies chez les tout-petits. Ils ne voient plus les maladies, par contre, ils voient les effets secondaires des vaccins. C’est pour ça qu’il y a cette méfiance grandissante. »

Pour les opposants, un vaccin n'est pas inoffensif

L'annonce de cette obligation vaccinale a suscité une polémique avec les anti-vaccins. Jean-Pierre Eudier, de la Ligue nationale pour la liberté des vaccinations, qui appelait à manifester la 9 septembre dans plusieurs villes de France, s'oppose aux vaccinations de masse obligatoires : « on ne peut pas imposer un acte médical universel, ça s’appellerait la panacée ou la potion magique. Ce n’est pas le cas. Tout médicament peut engendrer des effets secondaires. Chaque individu est biologiquement différent. C’est à chacun d’évaluer avec son médecin traitant la nécessité de chaque vaccination ».

Un sondage réalisé en octobre 2016 montrait que 69% des personnes interrogées faisaient confiance à la vaccination, proportion la plus faible depuis 2012. Les vaccins sont parfois soupçonnés d'effets secondaires graves, certains adjuvants, comme l'aluminium, sont contestés, on les accuse même de favoriser l'autisme. Le professeur Chavanet apporte un démenti formel : « aucun lien n’a pu être fait entre l’autisme et le vaccin de la rougeole. De même qu’en France il n’y a pas de lien avéré automatique entre la vaccin de l’hépatite B et la sclérose en plaques ».

Les parents récalcitrants à la vaccination de leurs enfants encourent théoriquement jusqu'à 6 mois de prison et 3.750 euros d'amende.