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Santé – Sciences DOSSIER : Elections 2017 : nos décryptages

VIDÉO - Présidentielle : les perturbateurs endocriniens, vus par les candidats

vendredi 31 mars 2017 à 16:15 Par Marina Cabiten, France Bleu

Les perturbateurs endocriniens, accusés par de nombreuses études scientifiques de favoriser le développement de pathologies parfois graves, se sont invités dans le débat de la campagne présidentielle. Décryptage et propositions des candidats.

Les perturbateurs endocriniens sont présents dans les aliments, l'eau ou encore certains produits sanitaires et cosmétiques - illustration
Les perturbateurs endocriniens sont présents dans les aliments, l'eau ou encore certains produits sanitaires et cosmétiques - illustration © Maxppp - VALLAURI Nicolas

Ils sont accusés de bouleverser notre système hormonal, et de causer des pathologies parfois aussi graves que des cancers. Les perturbateurs endocriniens sont entrés au chapitre environnement et santé du débat de la campagne présidentielle. Un sujet récent, qui divise sur plusieurs tableaux. Comment définir ces substances ? Quelle en est la liste ? Leur nocivité est-elle prouvée et comment la mesurer ? Et, en fin de chaîne dans ce contexte électoral : quelle action politique pour répondre à ce problème ?

Définir avant d'agir

Aucune loi n'existe sur "les perturbateurs endocriniens" de manière globale. Et pour cause : ce terme est toujours l'objet de débats, que ce soit au sein de la communauté scientifique ou à l'échelon politique, sur fond de lobby de certaines industries. L'Union européenne tente en vain depuis plusieurs mois de voter "sa" définition, première étape vers la législation.

Ce sont aussi le degré de toxicité et les conséquences de ces substances sur la santé qui divisent. Altération de la fertilité, effets sur les fœtus pour les femmes enceintes, ou encore cancers hormonaux-dépendants (comme celui du sein ou de la prostate) : de nombreuses pathologies sont soupçonnées d'être favorisées voire déclenchées par les perturbateurs endocriniens, mais ce lien de causalité est très difficile à établir en raison des nombreux critères à prendre en compte. Mode et durée d'exposition, doses, antécédents de la personne exposée, etc.

Entre interdiction totale et "cas par cas"

Les appels d'associations se multiplient pour une réglementation de ces substances. En février dernier, UFC-Que Choisir a publié une liste de 400 produits cosmétiques dans lesquels figurent des substances "indésirables préoccupantes pour la santé" selon l'association, dont des perturbateurs endocriniens.

Face à l'ampleur que prend le sujet, les candidats à la Présidentielle ont pris position, le premier et le plus radical étant le socialiste Benoît Hamon. Il veut "interdire" les perturbateurs endocriniens, au nom du "principe de précaution". "J'interdirai immédiatement les pesticides dangereux et les perturbateurs endocriniens pour prévenir les effets nocifs de ces substances sur la santé de nos enfants et de nos concitoyens. Je retirerai les autorisations de tous les pesticides dangereux et j'interdirai l'importation des denrées alimentaires utilisant une substance interdite en France. Au niveau européen, nous labelliserons les pesticides pour conditionner les subventions de la PAC au respect de hautes exigences en la matière".

J'interdirai immédiatement les pesticides dangereux et les perturbateurs endocriniens pour prévenir les effets nocifs de ces substances sur la santé de nos enfants et de nos concitoyens" - Benoît Hamon

Jean-Luc Mélenchon, Nathalie Arthaud, Philippe Poutou ou François Asselineau aussi disent vouloir s’y attaquer légalement, ainsi que Nicolas Dupont-Aignan qui prône à la fois une meilleure réglementation mais aussi davantage de prévention auprès des Français quant à leur alimentation ou leurs gestes de tous les jours avec certains produits ménagers ou cosmétiques. Emmanuel Macron est plus timide : il est favorable à une "interdiction progressive de certains PE" mais estime que leur "éradication complète n’est pas possible". François Fillon est encore plus en retrait, il estime qu'il faut étudier les substances cas par cas, et que pour certaines la nocivité n'est pas prouvée. Quant à Marine Le Pen, elle juge que "seul le Frexit nous protégera des perturbateurs endocriniens !", c'est-à-dire la sortie de l'Union européenne. Pour Jacques Cheminade, le niveau d'information est encore trop bas pour en tirer des conclusions, et la priorité doit donc être donnée à la recherche.*

Science, industrie, politique : un jeu de pouvoir aux enjeux énormes

Ces différentes prises de position sont en effet conditionnées par la fameuse définition des perturbateurs endocriniens. Quelles substances en font partie ? Quels sont leurs effets reconnus ? Sans réponse indiscutable à ces questions, pas de réglementation possible. Pourquoi l'Union européenne ne parvient-elle pas à se mettre d'accord ? "Les preuves et connaissances scientifiques élémentaires sont mises en doute à des fins politiques, comme cela a été le cas pour le tabac ou l’est encore avec le changement climatique. Les perdants ne sont pas les scientifiques, mais la société", s’insurgeait en février dans Libération Rémy Slama, épidémiologiste environnemental à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). "Le lobby de l’industrie chimique a tout fait pour affaiblir les critères retenus dans la définition des PE par la Commission. Et ainsi éviter qu’ils ne soient mieux réglementés dans l’UE."

Une centaine de scientifiques ont signé une tribune dans Le Monde en novembre 2016, pour alerter sur "la manipulation de la science" au service d'intérêts financiers. Ils dénoncent les "marchands de doutes", alors que "jamais l’humanité n’a été confrontée à un fardeau aussi important de maladies en lien avec le système hormonal : cancers du sein, du testicule, de l’ovaire ou de la prostate, troubles du développement du cerveau, diabète, obésité, non-descente des testicules à la naissance, malformations du pénis et détérioration de la qualité spermatique."

*ndlr : la rédaction n'a pas trouvé de déclaration de Jean Lassalle au sujet des perturbateurs endocriniens.