Santé – Sciences

VIH : les étudiants toulousains n'ont pas toujours le réflexe du préservatif

Par Bénédicte Dupont, France Bleu Toulouse et France Bleu mercredi 30 novembre 2016 à 19:20

La prévention du VIH dans le milieu étudiant est très active.
La prévention du VIH dans le milieu étudiant est très active. © Radio France - Bénédicte Dupont

C'est ce jeudi la journée mondiale de lutte contre le sida. Chaque année, dans l'ancienne région Midi-Pyrénées, une centaine de cas de VIH sont diagnostiqués, dont 70 rien qu'en Haute-Garonne. Les médecins et les associations font le tour des universités notamment pour faire de la prévention.

Près de 1 300 personnes vivraient avec le Sida dans les huit départements qui composaient il y a peu Midi-Pyrénées. Et depuis le début de l'épidémie, 900 personnes en sont mortes. L'observatoire régional de la santé recense toutes ces données à propos du VIH. Et les jeunes de moins de 25 ans, représentent environ 13% des découvertes de séropositivité en France.

Question : l'usage du préservatif est-il remis en question ? Bénédicte Dupont est allée à l'université Jean-Jaurès, le Mirail, à Toulouse. Reportage à écouter ci-dessous.

REPORTAGE à la fac du Mirail, Bénédicte Dupont

La fac du Mirail à Toulouse accueillait ce 30 novembre une conférence sur le VIH avec un médecin de Purpan et des associations. - Radio France
La fac du Mirail à Toulouse accueillait ce 30 novembre une conférence sur le VIH avec un médecin de Purpan et des associations. © Radio France - Bénédicte Dupont

Il y a un fossé entre la théorie et la pratique. On sait qu'il faut en mettre mais cela reste une matière, un corps étranger — Laura, étudiante en psycho

Selon une enquête de la Smerep, la Sécu étudiante, moins de la moitié des étudiants disent utiliser un préservatif à chaque rapport, souvent parce qu'ils ont un partenaire stable, parfois aussi par confort (pas assez de sensation) ou par ignorance du risque.

À force de nous dite tout le temps qu'il faut qu'on ait un préservatif sur nous, finalement on se rerouve dans des situations où ni la fille ni la garçon n'en a un — Alison

Plus peur d'une grossesse que d'une maladie sexuellement transmissible

Les jeunes gens associent souvent l'usage du préservatif à la contraception, à l'empêchement d'une grossesse plutôt qu'à la prévention d'IST (infections sexuellement transmissibles).

Mes amies prennent la pilule et se disent qu'elles n'ont pas besoin de mettre un préservatif à leur partenaire. Car elles ne risquent plus de tomber enceinte et c'est ça qui risque de leur porter plus de tort. — Will, étudiant en philo

Pourtant les cas d'IST ont redoublé ces dernières années, "des cas qu'on avait pas vus depuis des années, parfois il faut même plonger dans des grimoires pour voir des cas similaires" explique le Dr Lise Cuzin, médecin spécialisé santé publique et médecine sociale. Les syphilis, les chlamydia , les herpès et les papillomavirus notamment. Le nombre de syphilis précoces (quand le patient est contaminé depuis moins d'un an) a augmenté de 56 % chez les hommes ayant des rapports avec des hommes entre 2013 et 2015.

"Parmi mes patients, j'ai beaucoup de Mr et Mme Tout le Monde"

Le Dr Cuzin s'occupe des séropositifs à l’hôpital Purpan de Toulouse et parmi ses patients "beaucoup de Mr et Mme Tout le Monde".

Certains en se sentent pas concernés alors ils ne se dépistent pas. Résultat, ces dépistés tardifs qui n'ont pas la notion du risque arrivent malades chez nous. Il suffit de pas grand chose, un voyage, une rencontre, un shoot un soir avec des amis, il y a longtemps. — Dr Lise Cuzin

L'association toulousaine Jules et Julies fait partie des acteurs de cette journée de lutte contre le sida. - Radio France
L'association toulousaine Jules et Julies fait partie des acteurs de cette journée de lutte contre le sida. © Radio France - Bénédicte Dupont

Arrêter le cliché "Sida = Homo ou Toxico"

C'est l’association toulousaine Jules et Julies qui organisait la rencontre entre la médecin et les étudiants. Elle fait l'accueil des jeunes dans la vie étudiante et s'investit dans la santé et la prévention des étudiants qui rentrent dans une sexualité active. L'assocation prêche pour la prévention combinée : le dépistage et l'usage du préservatif.

On voit pas mal de gens pour qui vivre avec une IST comme le VIH est très compliqué. Parce que même si au niveau médical, on a fait d'énormes progrès, dire à ses proches qu'on est atteint du VIH c'est une vraie stigmatisation — Julien Techené-Blanc, président de Jules et Julies

"La sérophobie cela existe"

En 2015, sur les quelque 6.000 découvertes de séropositivité, 2.600 concernaient des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, soit 43% de l'ensemble des nouveaux cas contre 54% chez les hétérosexuels, principalement nés en Afrique subsaharienne et dont bon nombre ont été infectés en France, selon l'agence Santé publique France. En Midi-Pyrénées toutefois, contrairement à la moyenne nationale il y a davantage (43%) d'homosexuels ou bisexuels que d'hétérosexuels déclarés (36%) parmi les nouveaux cas de VIH diagnostiqués.

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