Santé – Sciences

Violence aux urgences : les syndicats de l'hôpital de Saint-Denis demandent "des moyens humains"

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris Région et France Bleu lundi 3 octobre 2016 à 4:10

L'hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (juillet 2016)
L'hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (juillet 2016) © Radio France - Rémi Brancato

La Fédération hospitalière de France (FHF) rencontre ce lundi la ministre de la Santé pour demander la création d'un "fonds pour la sécurisation des hopitaux". A Saint-Denis, un médecin des urgences a été violemment agressé le 13 septembre. Les syndicats dénoncent un "manque de moyens humains".

A Saint-Denis, un médecin de l'hôpital Delafontaine a été violemment agressé aux urgences le 13 septembre dernier. Un accompagnant de patient lui a fracturé les mains. Il a été arrêté immédiatement et sera jugé le 4 novembre prochain par le tribunal correctionnel. Cette agression, d'une rare intensité, selon des personnels, s'inscrit dans un contexte de violences récurrentes, dénoncent les syndicats.

"Entre trois et cinq heures d'attente aux heures de pointe"

"Il y a beaucoup trop d'attente et je pense que cette montée de violence c'est aussi ça" dénonce Malika Faucher du syndicat CFDT, "c'est entre trois et cinq heures d'attente aux heures de pointe" estime-t-elle. Selon les syndicats, les urgences de Saint-Denis ont accueilli 55 000 patients l'an passé contre 37 000 en 2008 mais sans personnels suffisants selon eux.

A l'hôpital Delafontaine, les syndicats dénoncent des agressions récurrentes. Rémi Brancato

"On est dans un désert médical, on a une médecine de ville qui ne répond plus aux besoins et donc les gens viennent aux urgences en premier recours" souligne Stéphane Degl'Innocenti, délégué du syndicat Sud. La direction de l'hôpital Delafontaine n'a pas souhaité répondre à nos questions mais dans un communiqué, elle rappelle avoir posté un agent de sécurité chaque nuit aux urgences depuis l'agression. Elle rappelle aussi vouloir "remplacer les caméras de vidéosurveillance" entre 2015 et 2017 dans l'hôpital et étendre "son système de vidéosurveillance aux rues et trottoirs qui desservent l'hôpital". "Ils ont misé sur des équipements matériels mais le plus important c'est les moyens humains" commente Abdel Zombo de la CGT.

"Les gens viennent aux urgences en premier recours" Stéphane Degl'Innocenti du syndicat Sud de l'hôpital Delafontaine

Un personnel agressé "toutes les 30 minutes"

Dans son dernier rapport, l'ONVS, l'observatoire national des violences en milieu de santé a relevé 14502 signalements d'atteintes aux personnes ou aux biens en 2014 dans les lieux de soin, une augmentation de 16% par rapport à 2013. Selon l'observatoire, à l’hôpital, un personnel est victime d'agression "toutes les 30 minutes".

Les moyens pour faire face à "des agressions courantes" dans les hôpitaux, c'est justement ce dont vont discuter ce lundi le ministère de la Santé et les représentants de la Fédération hospitalière de France (FHF). Son président Frédéric Valletoux demande la création d'un "fonds pour la sécurisation des hôpitaux", un financement qui permettrait aux hôpitaux de s'équiper en "vidéoprotection", de renforcer les "contrôles d'accès", de déployer de "nouveaux personnels de sécurité" face à des "agressions courantes". Contacté, le président n'a pas souhaité donné plus de précision avant ce rendez-vous au ministère.

Mais pour Christophe Prudhomme, porte parole de l'association des urgentistes de France (AMUF) et médecin urgentiste à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, la réponse ne peut pas être que sécuritaire. "On ne veut pas de vigiles, on veut du personnel de sécurité hospitalier, formé à la sécurité" explique-t-il. "La formation du personnel pour diminuer le seuil d'agressivité verbale, il n'y a pas d'argent pour payer ces informations" dénonce-t-il encore.

Christophe Prudhomme, porte parole de l'association des urgentistes de France

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