Société

180 nouveaux épiciers à Nancy pour une alternative aux supermarchés trop chers

Par Thierry Colin, France Bleu Sud Lorraine et France Bleu lundi 2 octobre 2017 à 19:00

Chaque client est aussi bénévole trois heures par mois pour tenir la caisse ou ranger les produits.
Chaque client est aussi bénévole trois heures par mois pour tenir la caisse ou ranger les produits. © Radio France - Thierry Colin

Un projet d’épicerie participative à Nancy suscite l’engouement des consommateurs qui souhaitent acheter moins cher et surtout consommer plus éthique. Près de 200 Nancéiens sont prêts à jouer à l’épicier une fois par mois pour un supermarché unique dans la région.

Une fois par mois, des dizaines de Nancéiens vont acheter légumes, pâtes bio, riz, chocolat, bière ou saucisson à la mirabelle dans un local de la rue Saint Nicolas à Nancy. « Nous testons les produits, et ça permet de goûter ce qui se fait localement » confie Vincent qui emporte des pâtes, de la farine et quelques bouteilles de Châouette, une bière bio brassée à Saizerais au nord de Nancy. Pour l’heure, le petit marché convivial mensuel ressemble à une épicerie de quartier, mais l’ambition est bien plus importante : ouvrir une « grande épicerie générale » de plus de 800 mètres carrés. Autrement dit, un supermarché où l’on pourra faire toutes ses courses d’alimentation, mais aussi trouver papier toilette, produits de beauté ou détergents pour laver les sols. Un supermarché ordinaire mais la philosophie ne ressemble pas du tout aux grandes surfaces commerciales que nous connaissons aujourd’hui.

Les clients s'engagent à venir trois heures par mois pour tenir la caisse ou approvisionner les rayons

L’association entend proposer des produits moins chers à l’image des supermarchés coopératifs et participatifs de New-York, une expérience qui s'est exportée : le plus ancien sur le sol européen est La Louve à Paris qui compte plus de 5000 adhérents ou encore BEES coop à Bruxelles qui vient d’ouvrir ses portes. Des magasins avec des prix de 10 à 40% moins chers qu’un supermarché classique, car la main d’œuvre est associative et parce que le but n'est pas de faire des profits. Une équation rendue possible avec la participation active des clients qui sont aussi des adhérents. Tous s’engagent à venir trois heures par mois pour participer à la bonne marche du magasin : tenir la caisse, approvisionner les rayons, nettoyer les sols… Mettre la main à la pâte, c’est la condition indispensable pour pouvoir entrer dans le magasin.

Un supermarché participatif et collaboratif pour des produits au prix juste et de qualité. - Radio France
Un supermarché participatif et collaboratif pour des produits au prix juste et de qualité. © Radio France - Thierry Colin

«Tous les clients participent à l’aventure et l’épicerie leur appartient, les courses se font de manière beaucoup plus conviviale et humaine » explique Anne-Laure, une adhérente qui vient parce qu’elle veut consommer plus « éthique » et savoir d’où vient ce qu’elle glisse dans son panier. Certains achètent déjà leurs légumes dans une AMAP (Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne) nancéienne et beaucoup sont des adeptes du bio. « Nous serons le plus bio, le plus local possible, mais ce n’est pas l’unique critère pour choisir nos produits » explique Christelle, impliquée dans le projet et qui joue à la vendeuse avec sourire et pédagogie « Nous choisissons aussi de bons produits qui ont du goût. Tout le monde ne peut pas se payer du bio et on veut que les adhérents aient le choix ».

Consommer en faisant de la pédagogie, en étant plus responsable." - Véronique, épicière-adhérente

Avant d'ouvrir son supermarché, l’association de Nancy entend séduire les Nancéiens et aussi se roder. «On surfe sur un engouement réel pour ce type de projet : consommer en faisant de la pédagogie, en étant plus responsable. Il y a vraiment une demande » remarque Véronique qui a passé sa soirée à déballer des cartons et à recompter les stocks. A chaque réunion d’information, l’association arrive à convaincre de nouveaux clients-adhérents prêts à donner de leur temps. Le bouche à oreille fonctionne et on ne retrouve pas que des écolos aux cheveux longs utopistes parmi les 180 adhérents de l’association qui compte banquiers, retraités, enseignants, ouvriers, infirmiers, chômeurs, informaticiens, travailleurs sociaux… Une vraie mixité sociale.

Un «groupement d’achat» a commencé à sélectionner les produits et les producteurs et tout se fait en commun avec des réunions mais aussi avec des messages échangés sur les téléphones portables et les ordinateurs des adhérents. Le côté « participatif » a été facilité par les logiciels de partage en ligne. "Chaque adhérent a son mot à dire et nous sommes en contact avec les autres projets en cours en France" confie Elodie, listant la dizaine d’autres projets similaires à travers la France.

Pari économique dans une ville moyenne

On ne s’improvise pas épicier, encore moins gérant de supermarché. Les adhérents auront une formation sanitaire et l’association a lancé une campagne de financement participatif pour investir dans les premiers réfrigérateurs. «Il faut atteindre le chiffre de 800 adhérents pour pouvoir ouvrir le supermarché » estime le président de l’association, Charles Thomassin. Le jeune homme pragmatique a déjà lancé une épicerie solidaire à l’université de Lorraine et travaille sur ce projet de supermarché coopératif depuis plusieurs années. Pour lui, « il faut prendre le temps d’expliquer le modèle économique mais l’engouement est bien réel ». Le pari est d’adapter le concept à une ville moyenne comme Nancy.

Parmi les modèles : la Louve à Paris, son initiateur, Tom Boothe, est venu en Lorraine donner quelques conseils à l’association nancéienne. Le supermarché parisien est une affaire qui tourne avec 400 000 euros de chiffre d’affaire mensuel. Et l’association parisienne accueille les nouveaux adhérents par paquets de dix chaque semaine. A Nancy, le projet est viable se rassurent les adhérents. "On réussira notre projet si les clients-épiciers ne sont pas que des bobos et que l’on arrive à convaincre dans les quartiers populaires" rappelle l’initiateur du projet lorrain, Charles Thomassin : « L’enjeu n’est pas seulement un supermarché moins cher et plus éthique, c’est aussi de créer de la mixité sociale ».

Un supermarché pour 2019

La Grande épicerie générale entend ouvrir son supermarché en 2019. Reste à choisir un lieu accessible à Nancy ou en banlieue, avec un parking et un minimum de 800 mètres carrés de surface, afin d'avoir de la place pour proposer des centaines de références. Un pari économique, mais surtout un pari humain pour « consommer autrement » explique Frédéric, enseignant la semaine et épicier le week-end, emballé par le projet parce qu’il «ne fait plus confiance aux supermarchés, capables de vendre n’importe quoi pour faire du profit ».

Le client joue à l'épicier à Nancy, un reportage de Thierry Colin

Pour l’heure, les 180 nouveaux épiciers testent les produits avec des achats groupés tous les mois et tentent de convaincre autour d’eux pour expliquer un concept importé d’un supermarché coopératif aux Etats-Unis à Brooklyn, Park Slope Food Coop. Un magasin de qualité aux prix bas où chacun donne un peu de son temps. Une manière de faire renaître les coopératives des années 70 avec une dose d’interactivité numérique et en l’adaptant à une économie de crise.

Pour mieux consommer, l’association s’est doté d’un groupe de travail «zéro déchets» qui guide le consommateur pour limiter les emballages plastiques et pour réapprendre à consommer intelligemment. «On propose juste au consommateur de changer de crèmerie » ironise Solène qui tient la caisse de l’épicerie et permet aux clients-adhérents de faire des économies. C’est un peu une façon de « se réapproprier les supermarchés qui ont tué le commerce convivial des villes moyennes » confie Hélène qui se fait aider par un autre client-épicier pour remplir ses deux cagettes de produits locaux.