Société

Depuis l'attentat de Charlie, une prof lutte contre la radicalisation à Strasbourg

Par Olivia Cohen, France Bleu Alsace, France Bleu Elsass et France Bleu samedi 7 janvier 2017 à 2:16

Les attentats de janvier 2015, c'était il y a deux ans...
Les attentats de janvier 2015, c'était il y a deux ans... © Maxppp -

2 ans se sont écoulés depuis les attentats de janvier 2015, au cours desquels 17 personnes ont été assassinées par des terroristes. Depuis, la France se heurte à cette question : comment lutter contre la radicalisation ? Au quotidien, à Strasbourg, Christine Panzer fait de la prévention. Portrait.

Les attentats de janvier 2015, c'était il y a deux ans. Le 7 janvier, 11 membres de la rédaction du journal satirique "Charlie Hebdo" tombaient sous les balles des djihadistes. Le lendemain, une policière était abattue. Enfin, le 9 janvier, 4 personnes présentes à l'Hyper Casher de Vincennes, 3 clients et un employé, étaient assassinés.

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Depuis ce jour-là, la France est confrontée à une question : comment lutter contre la radicalisation ? Christine Panzer est professeur des écoles à Strasbourg, elle est également militante engagée et présidente de l'Astu, une association qui fait de la prévention auprès des plus jeunes.

"Il faut laisser toutes les opinions émerger"

En allumant la radio dans sa voiture après la classe ce mercredi 7 janvier, Christine se rend très vite compte que le ton est inhabituel, elle apprend alors que 11 journalistes de Charlie Hebdo ont été assassinés. Le lendemain, ses élèves de primaire l'assaillent de questions :

Ce premier matin, il n'y a pas eu de leçons : il y a eu un échange et nous avons expliqué aux enfants que nous, adultes, étions sous le choc !

Depuis, les enfants ont vécu le Bataclan, Nice, Berlin, ou encore l'attaque de la discothèque d'Istanbul... 7 janvier 2016, les attentats font partie de leur quotidien. Avec son association, l'Astu, Christine anime des formations financées par l'Etat auprès du corps enseignant. Le but de ces formations : comment réagir face à certaines questions posées par les élèves ? Comment retenir ceux sur le point de basculer dans la radicalisation ?

Dans une formation, on fait intervenir un psychiatre, un politologue, un historien des religions, un journaliste et on croise les regards entre adultes, du prof de collège à l'animateur de quartier.

Aujourd'hui, Christine en est sûre : pour prévenir la radicalisation, il faut donner la parole, fini le maître qui discoure et les écoliers qui l'écoutent, le dialogue est nécessaire :

Il faut laisser toutes les opinions émerger, même celles qui choquent vos valeurs. Car je suis persuadée qu'on ne peut déconstruire les préjugés qu'en comprenant parfaitement le cheminement de pensée de cette personne qui n'est pas d'accord avec vous.

Surtout, il faudrait s'attaquer à l'une des sources du problème : les réseaux sociaux !

Deux ans après, on n'a pas saisi la mesure de ce qui circule sur facebook. Moi, en deux clics, j'ai pu me rendre sur des sites djihadistes. Alors qu'est-ce que ça doit être pour les plus jeunes ?

Le 20 novembre dernier, quatre Strasbourgeois soupçonnés de vouloir commettre un attentat ont été arrêtés. L'un d'eux travaillait comme animateur dans l'école de Christine située dans le quartier de la Meinau. L'enseignante le reconnaît : la peur l'étreint parfois. Mais pas question de lâcher l'affaire, répète-t-elle à l'envi, avec le sourire.

D'après les chiffres de l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste, il y aurait entre 100 et 200 cas de radicalisation signalés dans chacun des deux départements alsaciens.

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Portrait d'une prof engagée - par Olivia Cohen