Société

Loire : deux ans et demi après l'arrivée des réfugiés, tout va bien à Boën-sur-Lignon

Par Emmanuel Grabey, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu vendredi 30 septembre 2016 à 1:46

L'ancien hôpital, où sont hébergés les réfugiés, est situé en plein centre-ville de Boën
L'ancien hôpital, où sont hébergés les réfugiés, est situé en plein centre-ville de Boën © Radio France - Emmanuel Grabey

Au début de l'année 2014, la petite ville de Boën-sur-Lignon accueillait ses premiers réfugiés. D'abord réticents, voire franchement hostiles, les habitants ont fini par s'habituer. Deux ans et demi après, France Bleu est retourné sur place : force est de constater que Boën est toujours Boën.

Saint Denis de Cabanne, Valfleury : deux villages de la Loire vent debout contre l'arrivée prochaine de migrants. La préfecture a annoncé ces dernières semaines aux deux municipalités qu'elles allaient devoir accueillir une centaine de personnes pour la première, une cinquantaine pour la seconde. Pétitions, réunions publiques, manifestations... : les habitants et leurs élus, inquiets, n'ont de cesse de clamer leur opposition, appuyés en cela par le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, qui a récemment lancé une pétition pour refuser la répartition des migrants de Calais sur tout le territoire.

Menaces sur l'identité des villages, insécurité accrue, poids pour les collectivités : à chaque fois, les arguments sont les mêmes. Pourtant, non loin de ces deux villages, à Boën-sur-Lignon, dans le Haut-Forez, ce qui frappe en arrivant, c'est que l'église est toujours bien debout. Le drapeau français flotte toujours sur la devanture de la mairie. Et les mots "Pays d'Astrée" barrent toujours fièrement la façade de l'office de tourisme.

Les Boënnais, entre indifférence et enthousiasme

Pourtant, la commune accueille, depuis deux ans et demi maintenant, entre 100 et 200 réfugiés selon les mois, des demandeurs d'asile en attente d'une réponse de l'administration. Hébergés en plein centre-ville, dans l'ancien hôpital local, les habitants, réticents, voire franchement hostiles au départ, se sont habitués à leur présence. La pétition qui a circulé dans les commerces de la ville au tout début n'est plus qu'un lointain souvenir.

Interrogés, les Boënnais se montrent aujourd'hui au pire indifférents, comme Yvonne et Christiane, rencontrées sur la place de la salle des fêtes : "Ils ne m'ont jamais rien fait, explique l'une d'elles, ils passent, on les voit dans le village, ils disent bonjour, comme tout le monde. Que voulez-vous qu'on leur reproche ? Ils ont leur maison, nous avons les nôtres, c'est tout. Leur situation est difficile, ils sont contraints d'être ici, loin de chez eux, eux qui ont fui la guerre".

"Il n'y a aucune raison d'être inquiet ! Avec le temps, les choses se font naturellement" - Stéphane Pupier, adjoint au maire de Boën

Martine, qui tient le bureau de tabac derrière la mairie, se montre elle enthousiaste ! "Ils font même tourner le commerce local, raconte-t-elle, souriante. Ils viennent acheter des cartes mobiles pour appeler à l'étranger par exemple. C'est vrai qu'au début, beaucoup se sont montrés inquiets, mais parce qu'ils faisaient l'amalgame entre réfugiés et délinquance. On leur a expliqué ce qu'étaient des demandeurs d'asile, ils ont compris, et aujourd'hui tout se passe bien, on n'a jamais eu le moindre problème, jamais !"

L'association Pierre-Valdo gère toutes les demandes spécifiques

Même à la mairie, l'adjoint au commerce Stéphane Pupier, parmi les plus remontés au départ, convient aujourd'hui que tout se passe bien : "Il y a bien quelques problèmes de voisinage, mais rien d'ingérable. Les enfants vont à l'école, sont inscrits à la cantine, certains vont au foot". Pour la directrice générale des services, Martine Falduzzi, la crainte d'une surcharge de travail pour la collectivité n'est pas justifiée : "L'association Pierre-Valdo, qui a la charge d'organiser leur séjour, gère toutes les demandes spécifiques. Chaque fois que nous avons affaire aux réfugiés à la mairie, ce sont pour des demandes que n'importe quel habitant de Boën peut faire ! A partir du moment où les choses sont claires dès le départ, et où l'association assume son rôle, ce qui a toujours été le cas, il n'y a aucune inquiétude à avoir".

S'il se met à la place des habitants de Saint-Denis-de-Cabanne et de Valfleury, l'adjoint Stéphane Pupier tient à leur adresser un message : "Il n'y a aucune raison d'être inquiet ! Avec le temps, les choses se font naturellement. Ca commence avec les enfants, qui se lient très naturellement. La preuve, ici, à Boën, nous sommes des gens du terroir, et tout se passe bien !" Et s'il fallait une preuve de son revirement, quand on lui demande s'il signerait aujourd'hui la pétition de Laurent Wauquiez, Stéphane Pupier répond "Non !" - Et il y a deux ans ? "Peut-être".

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