Société

400 manifestants contre l’état d’urgence à Nice

Par Lisa Melia, France Bleu Azur dimanche 31 janvier 2016 à 12:52

Départ de la manifestation, place Garibaldi
Départ de la manifestation, place Garibaldi © Maxppp

« Non à l'état d'urgence et aux mesures d'exception ». Samedi, quelque 400 Azuréens ont défilé depuis la place Garibaldi. Ils s'opposent aussi à l'inscription dans la constitution de l'état d'urgence et de la déchéance de nationalité.

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre et finit par perdre les deux. » Les manifestants contre l’état d’urgence répétaient cette citation attribuée à Benjamin Franklin à l’envie samedi, place Garibaldi à Nice. Des milliers d’opposants à l’état d’urgence ont battu le pavé dans toute la France, à l’appel d’une centaine d’associations différentes. Ils étaient environ 400 à Nice, représentant un collectif d’une vingtaine d’associations.

Menace pour les libertés

Pour Pierre-Jean Faugier, président de la fédération des Alpes-Maritimes de la Libre pensée et Georges Faye, membre de l’association, il ne fait aucun doute que la prolongation de l’état d’urgence ira de pair avec une compromission des libertés individuelles et collectives. « Nous ouvrons la boite de Pandore », s’inquiètent-ils.

"L’état d’urgence, par exemple, permet que les gens soient perquisitionnés sans aucun accord de la justice, qu’ils soient assignés à résidence de la même manière : c’est une atteinte aux libertés. Vous pouvez être dénoncé par un voisin et être perquisitionné sans que la police n’ait rien à demander une autorisation à la justice. Ce n’est plus un Etat de droit." Pierre-Jean Faugier, Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Pierre-Jean Faugier et Georges Faye, Libre Pensée 06

Libre pensée des Alpes-Maritimes - Radio France
Libre pensée des Alpes-Maritimes © Radio France - Lisa Melia

Le Conseil d’Etat valide l’état d’urgence

Le Conseil d’Etat a pourtant refusé de suspendre l’état d’urgence, mercredi dernier. Saisi par la Ligue des droits de l’homme (LDH), la plus haute juridiction administrative française a estimé que « le péril imminent justifiant l’état d’urgence n’a pas disparu, compte tenu du maintient de la menace terroriste et du risque d’attentat ». La LDH arguait du caractère « exceptionnel » de l’état d’urgence : s’il était maintenu trois mois de plus, à compter du 26 février, l’état d’urgence ne serait plus un régime d’exception comme le prévoit la loi et compromettrait l’Etat de droit.

Pour les manifestants, la prolongation représente une menace pour les libertés, mais c’est aussi un écran de fumée, car il n’empêchera pas d’autres attaques sur le sol européen ou français, menace pourtant jugée très sérieuse par Europol, l’agence de coopération policière européenne. Les opposants estiment quand même que l’état d’urgence ne protègera pas les citoyens. « C’est pareil pour la déchéance de nationalité, renchérit Georges Faye, de la Ligue de la libre-pensée. Pensez-vous qu’un terroriste la prenne en compte ? »

Pierre-Jean Faugier et Georges Faye, Libre Pensée 06

Etat d’urgence, état de peur

Au milieu des manifestant, Jean-Luc observe tranquillement. Il ne fait partie d'aucune association. Il n'avait pas quitté son village de Saint-Martin-Vésubie depuis longtemps, mais cette fois-ci, "il fallait bouger", estime-t-il. Une nouvelle prolongation de l’état d’urgence doit être présentée en conseil des ministres, ce mercredi. « Prolonger l’état d’urgence est plus inquiétant que rassurant, parce que c’est démontrer qu’on a peur », regrette Jean-Luc.

Jean-Luc demande "plus de sérénité"

Au-delà de l’inquiétude, il y a aussi la colère. "Franchement Hollande, tu me déchois". "Déçu de ma nationalité". "Assigné à résistance". "A bas l'état d'urgence". Les slogans et les bonnes formules s'étalaient sur les pancartes et les banderoles, partout en France. « Qui sera visé par ces mesures, interroge Teresa Maffeis, membre de l’ADN, l’association pour la démocratie à Nice. Ceux qui dérangent ? Certaines personnes ont été arrêtées de manière tout à fait arbitraire. Tout cela n’est qu’un prétexte pour empêcher toute contestation. »

Teresa Maffeis, de l'ADN

Teresa Maffeis, de l'ADN, l'association pour la démocratie à Nice - Radio France
Teresa Maffeis, de l'ADN, l'association pour la démocratie à Nice © Radio France - Lisa Melia

Pas touche à mon identité

Sous une pancarte de fortune, faite de cartons, Keah et Sarah, de l’association Démocratie, veille et citoyenneté, ont écrit « pas touche à mon identité ». Les deux amies défilent bras dessus, bras dessous, très remontée contre la déchéance de nationalité, qui « vise toujours les mêmes », s’agacent-elles. Elles revendiquent leur double culture : racines maghrébines par leurs parents et leurs grands-parents, sentiment d’appartenir à la France, pays de leur naissance et de celle de leurs enfants.

Keah et Sarah

Keah et Sarah, de l'association Démocratie, veille et citoyenneté - Radio France
Keah et Sarah, de l'association Démocratie, veille et citoyenneté © Radio France - Lisa Melia

Et pourtant, d'après un sondage Ifop pour Atlantico publié hier, près quatre Français sur cinq se déclarent favorables à une nouvelle prolongation de l'état d'urgence de trois mois. Une proportion qui n'a pas effrayé les manifestants hier, place Garibaldi. Le cortège a défilé aux cris des "nous ne lâcherons rien".