Société

75 ans après, le douloureux souvenir de la Retirada

Par Mathieu Ferri, France Bleu Roussillon vendredi 21 février 2014 à 10:26

En mémoire des familles republicaines espagnoles qui ont dû fuir le franquisme et tenter de passer la frontière française.
En mémoire des familles republicaines espagnoles qui ont dû fuir le franquisme et tenter de passer la frontière française. © MaxPPP

Début 1939, un flot de 500.000 républicains espagnols arrivait en Roussillon, après la chute de Barcelone, tombée aux mains des troupes franquistes. A Argelès, où un camp de concentration a été sommairement construit pour les accueillir, un mémorial est inauguré ce vendredi. Les réfugiés se souviennent.

Tout commence avec la chute de Barcelone, le 26 janvier 1939 . La capitale catalane tombe dans les mains des franquistes, et cette défaite des républicains annonce la fin de la guerre d'Espagne. Des soldats blessés et des familles entières commencent alors à partir vers le nord : vers Gérone, puis vers la frontière française.

Les Pyrénées-Orientales sont le seul point de passage, car les soldats franquistes sont déjà au Pays basque et en Aragon, sur tout le reste des Pyrénées. C'est donc un raz-de-marée humain qui déferle en quelques jours sur le Roussillon . Les historiens s'accordent aujourd'hui sur le nombre de 450.000 personnes, soit trois fois plus que la population des Pyrénées-Orientales à l'époque . Les Espagnols passent par le Perthus ou par les cols, Prats-de-Mollo ou la Cerdagne.

Mais côté français, rien n'est prévu pour les accueillir ; les autorités françaises n'ont rien vu venir . Des camps sont donc improvisés dans l'urgence sur les plages du département, exposés au vent et au sable, au creux de l'hiver. Au bout d'une semaine, celui d'Argelès-sur-Mer est surpeuplé, le gouvernement français fait donc ouvrir deux autres sites à Saint-Cyprien et au Barcarès. Des familles entières s'y entassent , avec des femmes enceintes, des blessés ou des soldats républicains du front espagnol. Le tout dans des conditions sanitaires déplorables . Puis, petit à petit, ces camps sont vidés, et les Espagnols dispersés dans le reste de la France, pour désengorger les Pyrénées-Orientales. Ce que beaucoup considéraient comme un exil provisoire deviendra définitif.

Antoine de la Fuente a transité par plusieurs camps avec sa famille

C'est d'ailleurs le cas d'Antoine de la Fuente, 84 ans. En janvier 1939, il a 9 ans, et habite Puigcerda, en Cerdagne, près de la frontière. Après la chute de Barcelone, tout se précipite, et sa famille prend le premier train direction la France. Elle atterrit à Latour-de-Carol avant d'être ballottée dans plusieurs camps : Saint-Cyprien, Argelès, Rivesaltes, et Bram, dans l'Aude. Antoine de la Fuente habite aujourd'hui au Soler près de Perpignan.

Retirada ENRO

Antoine de la Fuente étudie la Retirada depuis plusieurs années - Radio France
Antoine de la Fuente étudie la Retirada depuis plusieurs années © Radio France
Cette Retirada , cette période douloureuse, on en a parlé peu pendant de longues années, ou alors en la chuchotant, dans les familles d'origine espagnole. Cette histoire est un peu plus revendiquée aujourd'hui, avec plusieurs commémorations. Un mémorial est ainsi inauguré à Argelès-sur-Mer ce vendredi. Il est installé à l'espace Jules Pams, route de Valmy. Le lieu d'exposition traditionnel sur la guerre d'Espagne est transformé en mémorial, avec une scénographie, des projections vidéo, un film documentaire et des photos inédites de l'époque. Le projet est porté depuis une dizaine d'années par la mairie d'Argelès avec l'association FFREEE, des Fils et Filles de Républicains Espagnols et Enfants de l’Exode. Une marche du souvenir est aussi organisée samedi matin à l'emplacement du camp de concentration d'Argelès , avec un dépôt de gerbe.

Stèle de commémoration pour les rescapés de la Retirada du camp d'Argelès-sur-Mer - Aucun(e)
Stèle de commémoration pour les rescapés de la Retirada du camp d'Argelès-sur-Mer

Bartolomé Benassar, historien, spécialiste de la guerre d'Espagne

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