Société

Les gens du voyage, "une violence silencieuse" pour Perpignan selon Jean-Marc Pujol

Par Marie Rouarch, France Bleu Roussillon mardi 28 juin 2016 à 18:17

Les gens du voyage installés illégalement à Saint-Cyprien sont repartis ce mardi
Les gens du voyage installés illégalement à Saint-Cyprien sont repartis ce mardi © Radio France - Marie Rouarch

Le coup de gueule d'élus des Pyrénées-Orientales contre les gens du voyage. Plusieurs centaines de caravanes sont arrivées dans le département le week-end dernier, et se sont installées, souvent illégalement, à Montescot, Corneilla-del-Vercol, Perpignan ou Saint-Cyprien.

Chaque été, le même scénario se répète dans les Pyrénées-Orientales : plusieurs groupes de gens du voyage, des missions évangéliques souvent, arrivent dans le département. Quand ils ne peuvent pas ou ne veulent pas s'installer sur les aires de grand passage ou les aires de stationnement mises à leur disposition, ils investissent des terrains privés ou des terrains municipaux. Au grand dam des élus locaux des communes concernées.

"Un scandale" pour le maire de Perpignan, qui a vu des caravanes s'installer sur un stade, Porte-d'Espagne, à 800 mètres d'une aire de grand passage. Jean-Marc Pujol parle de "violence silencieuse" pour sa ville, mais pas seulement. Il ajoute :

"Ces gens du voyage décident d’aller passer les vacances aux frais de la princesse. Ils occupent des sites dans tout le département, brisent l’entrée de stades, dégradent des pelouses, font des branchements sauvages. C'est totalement inadmissible."

Jean-Marc Pujol : c'est "une forme de violence" pour "la société qui en a marre"

Un maire qui ne fait pas dans la demi-mesure : "Je vous donnerais l’exemple de la ZAC Bel-Air où je me suis rendu il y a deux ans. Les premiers véhicules que j’ai rencontrés étaient une Mercedes 500 et un Porsche Cayenne. Alors qu’on ne m’explique pas que ces gens-là sont misérables et qu’ils ne peuvent pas payer des places dans un camping comme tout Français est capable de le faire. Non, c’est un choix délibéré d’imposer une forme de violence à la société qui en a marre."

Solution à l'amiable à Saint-Cyprien

A Saint-Cyprien, 70 caravanes ont investi un terrain municipal à Grand Stade, dimanche dernier. Selon une représentante de la communauté, le groupe s'était inscrit pour occuper une aire de grand passage. Mais à son arrivée, l'aire n'était pas libre. Le groupe s'est donc replié sur Saint-Cyprien.

Colère du maire de la station balnéaire, qui a fait disposer à proximité du campement une benne de fumier et une autre de pneus. "Une provocation" reconnaît-il, après avoir écrit sur sa page Facebook :"Peut être qu'un incident fera bouger un État absent incompétent et couard".

Le coup de gueule du maire de Saint-Cyprien sur sa page Facebook - Aucun(e)
Le coup de gueule du maire de Saint-Cyprien sur sa page Facebook - copie d'écran Facebook

Après 48h de tractations avec la préfecture des Pyrénées-Orientales et la gendarmerie, la communauté a finalement plié bagage et s'est dirigée vers un autre terrain, à Palau-del-Vidre. Une sortie de crise à l'amiable dont se félicite le maire de Saint-Cyprien, qui remercie les services de l'État pour leur intervention.

Il estime en revanche qu'ils n'ont pas les moyens d'agir lorsque ce genre de situations s'enlisent. "Quand vous avez 150 caravanes qui arrivent en plusieurs endroits du territoire, ça devient entièrement ingérable". Avant d'ajouter : "Est-ce que nous avons envie de vivre avec des gens asociaux et qui ne tolèrent rien si ce n'est leur tranquillité et leur liberté ? Est-ce que nous devons supporter ces gens qui ont décidé d'être sur les routes et d'empêcher le monde de tourner normalement et de venir vivre chez vous ?"

Les gens du voyage, Kendji Girac, c'est bien quand on est un bobo du XVIe, mais après il faut quand même comprendre quelle est la véritable nature de ces gens-là, qui ont un mode de vie inadapté au XXIe siècle."

Thierry Del Poso suggère de revoir la loi qui régit les conditions d'accueil des gens du voyage, notamment pour venir en aide aux petites communes totalement impuissantes, selon lui, face à l'arrivée récurrente de communautés, pendant l'été.

Pour Thierry Del Poso, la loi doit être revue

Pour la suite de la saison justement, le maire de Saint-Cyprien ne se fait pas d'illusions. "Ils ont envie de venir dans le sud, le littoral est un territoire qui leur plait, ils savent qu'on est obligés, peu ou prou, de les accueillir. Donc bien sûr, il y en aura d'autres, d'autres problèmes, d'autres coups de gueule, et voilà, on fera un bilan en fin d'année, et on recommencera l'année prochaine. Tant qu'il n'y aura pas une réforme de la loi, c'est un problème insoluble pour les maires, nous sommes démunis".