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Société

A Jallanges, l'émotion d'un frère et de sa soeur, descendants d'esclave, ils ont participé à une cérémonie du souvenir

jeudi 10 mai 2018 à 21:28 Par Thomas Nougaillon, France Bleu Bourgogne

André et Yolande Alaïs vivent en Bretagne. Ils sont arrières-arrières petits enfants d'une femme esclave en Guyane. Et c'est Anne-Marie Javouhey, religieuse Côte-d'Orienne qui l'a libérée. Ce jeudi, une cérémonie empreinte d'émotion s'est tenue à Jallanges en Côte-d'Or où elle est née en 1779.

Yolande, son frère André et soeur Aleth (à droite) posent devant la Forêt Mémoire de Jallanges en Côte-d'Or ce jeudi 10 mai 2018
Yolande, son frère André et soeur Aleth (à droite) posent devant la Forêt Mémoire de Jallanges en Côte-d'Or ce jeudi 10 mai 2018 © Radio France - Thomas Nougaillon

Jallanges, France

La "Journée commémorative du souvenir de l'esclavage et de son abolition" c'était ce jeudi partout en France. Dans le Val-de-Saône les maires de Chamblanc, Seurre et Jallanges organisaient une cérémonie dans "la Forêt de Mémoire" créée en 2011 par les trois communes. A l'époque une délégation de Guyanais de Mana avait fait le déplacement pour planter près de 150 arbres, hommage aux près de 150 esclaves affranchis par la religieuse Côte-d'Orienne, Anne-Marie Javouhey. C'était en 1838, 10 ans avant l'abolition officielle de l'esclavage en France.  

Anne-Marie Javouhey - Aucun(e)
Anne-Marie Javouhey - Congrégation des Soeurs de St Joseph de Cluny

André Alaïs, vit à Rennes, il a 74 ans, il est venu à Jallanges rendre hommage à celle qui a affranchie son arrière-arrière grand-mère du côté paternel et se recueillir auprès de l'arbre familial... Esclave en Guyane, il sait très peu de choses d'elle. Mais il imagine. "On imagine la douleur des esclaves, sans liberté, considérés comme des animaux, sans possibilités de s'exprimer, interdits d'apprendre à lire, ça a vraiment du être abominable". 

"Un choc effroyable"

André dit avoir tourné la page, il n'a pas de rancoeur mais "quand on retrace ces moments là, j'essaie d'imaginer mes ancêtres d'Afrique, la personne qui est partie, emmenée sur un bateau, conduite dans un pays lointain où on l'a traitée en animal, ça a du être un choc effroyable" s'émeut André. "Et encore la Guyane n'était pas le pays où les esclaves étaient traités le plus durement, ce n'était pas l'Amérique".

André

Dans la Forêt Mémoire de Jallanges chaque arbre a été planté par des descendants d'esclaves Guyanais - Radio France
Dans la Forêt Mémoire de Jallanges chaque arbre a été planté par des descendants d'esclaves Guyanais © Radio France - Thomas Nougaillon

Anne-Marie Javouhey a donné des parcelles de terres aux esclaves, tracé des plans pour construire des cases pour qu'ils puissent vivre librement. Yolande Alaïs, la soeur d'André, a vécue et travaillé en Guyane. Elle a eu l'occasion de se rendre à Mana et elle a vue ces fameux lopins de terre. "La première fois on y a été avec ma soeur, il n'y avait plus la case mais on a vu ces parcelles de terre, des parcelles pas très grandes avec un sol sablonneux, nous avons récupéré des morceaux de bois, un jour je les transmettrai à mon fils".

"C'est là qu'était notre arrière-arrière grand-mère!"

Depuis 1838, le temps a fait son oeuvre, il ne reste rien ou presque rien sur place. "Mana c'est très joli, il y fait chaud, il y a encore pleins de maisons anciennes, à colombages, c'est là qu'était notre arrière-arrière grand-mère." Combien de temps cette femme a t-elle passé en captivité? "Je ne sais pas, je suis incapable de répondre, je n'ai aucune information là-dessus" regrette Yolande avec beaucoup de dignité. Comme si ce passé qui peut sembler lointain ne l'était pas tant que ça finalement. 

Le témoignage de Yolande

A Chamblanc, André et Yolande ont pu visiter la maison d'Anne-Marie Javouhey où ils ont été reçus par les soeurs  - Radio France
A Chamblanc, André et Yolande ont pu visiter la maison d'Anne-Marie Javouhey où ils ont été reçus par les soeurs © Radio France - Thomas Nougaillon
Dans la maison de la famille Javouhey - Radio France
Dans la maison de la famille Javouhey © Radio France - Thomas Nougaillon

Anne-Marie Javouhey, religieuse Côte-d'Orienne, née à Jallanges en 1779, a vécu jusqu'à ses 20 ans à Chamblanc, elle a été baptisée à Seurre, elle est morte à Paris en 1851 à l'âge de 71 ans. Elle est la fondatrice de la Congrégation des soeurs de Saint-Joseph de Cluny. Cinq soeurs sont toujours présentes aujourd'hui à Chamblanc. Elles vivent dans la maison où Anne-Marie Javouhey a séjourné aux côtés de ses parents cultivateurs. C'est de ce petit coin de Côte-d'Or qu'un jour elle s'est élancée à travers le monde. En 2010, les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny étaient plus de 3 000 sur les cinq continents. La "Journée commémorative du souvenir de l'esclavage et de son abolition" est instaurée depuis le 10 mai 2006 et la loi Taubira.

Que reste t-il d'Anne-Marie Javouhey? Pour le savoir nous avons poussé la porte de sa maison. Elle a vécu une partie de sa vie à Chamblanc avec son père, sa mère et ses soeurs

Soeur Aleth dans l'une des pièces de la maison Javouhey - Radio France
Soeur Aleth dans l'une des pièces de la maison Javouhey © Radio France - Thomas Nougaillon

Soeur Aleth est à la Une de France Bleu Bourgogne ce vendredi 11 mai 2018, vous l'entendrez à 7h25 sur le 98.3 ou le 103.7 ou bien ci-dessous, elle revient sur l'oeuvre d'Anne-Marie Javouhey

Que retenir de l'oeuvre d'Anne-Marie Javouhey? Soeur Aleth est l'invitée de France Bleu Bourgogne