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À La Courneuve, les jeunes débattent du devoir de mémoire autour de l'esclavage

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Par , France Bleu Paris

Le 10 mai 2001 la loi Taubira qui reconnaît l'esclavage et la traite négrière comme "crimes contre l'humanité" était adoptée. Vingt ans plus tard, qu'en reste-t-il ? France Bleu Paris a rencontré des jeunes de La Courneuve qui ont préparé une émission sur le sujet pour leur chaîne Youtube.

Loyce, Sheineze, Trisha, Jimmy, Apolline, les jeunes du LC MAG' proposent une émission sur l'esclavage ce 10 mai
Loyce, Sheineze, Trisha, Jimmy, Apolline, les jeunes du LC MAG' proposent une émission sur l'esclavage ce 10 mai © Radio France - Hajera Mohammad

Ce 10 mai est la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition. Cette année, ce jour marque également les 20 ans de la loi Taubira qui reconnaît la traite et l'esclavage comme "crimes contre l'humanité". Un texte qualifié d'historique à l'époque, après des années de déni et de silence sur des actes responsables de la mort de milliers d'hommes et de femmes dans les colonies françaises d'outre-mer.

Cette loi instaurait l'obligation d'accorder "la place conséquente" que la traite négrière et l'esclavage méritent dans les programmes scolaires et programmes de recherche. Mais vingt ans plus tard, si les programmes ont été enrichis et qu'une Fondation pour la mémoire de l'esclavage a vu le jour, force est de constater que cette loi et cette date du 10 mai restent encore inconnues pour beaucoup de monde. À La Courneuve (Seine-Saint-Denis), des jeunes du LC MAG'_,_le média local lancé par la ville, ont dédié leur nouvelle émission, diffusée ce soir sur Youtube, à ce sujet. 

Des jeunes qui n'avaient jamais entendu parler de la loi Taubira

Ils s'appellent Loyce, Sheineze, Trisha, Jimmy, Apolline et sont âgés de 18 à 20 ans. Ils l'avouent, avant de préparer leur émission, aucun d'entre eux n'avaient entendu parler de la loi Taubira. "Non, pas du tout, j'avais entendu parler de l'ancienne députée mais pas de cette loi", assure Sheineze. Alors que Jimmy se dit surpris. "Ca m'a étonné d'apprendre que cette loi n'avait que 20 ans et que l'esclavage avant ça n'était pas reconnu comme un crime contre l'humanité". 

Pour préparer leurs chroniques, ils ont dû se renseigner par leurs propres moyens. "Aujourd'hui, on est obligé de passer par des podcasts ou regarder des chaînes Youtube pour avoir des infos", explique Loyce. Pareil pour Trisha, 18 ans, qui a l'impression d'en avoir appris plus sur le sujet sur les réseaux sociaux que dans le médias traditionnels ou à l'école. 

"Un seul cours au collège et puis c'est tout"

Ces jeunes se rappellent vaguement d'une ou deux séances de cours consacrés au sujet, au collège surtout, mais pas plus. "C'est dommage parce que j'aurais aimé en savoir plus", assure Apolline. Même envie pour Trisha, jeune française d'origine congolaise. "On a tous eu le cours classique qui nous explique le commerce triangulaire. Mais je me demande comment tout ça a commencé ? Comment un jour, on a décidé ce choisir les Noirs comme une population qu'on va esclavagiser ? En fait, on ne connaît pas réellement le début de l'histoire", déplore-t-elle. Sheineze, elle, regrette, qu'on ne présente cette histoire que d'un point de vue français. "On nous parle d'esclavage mais pas de l'Afrique à l'époque, ni comment c'était là-bas, ni comment les gens l'ont vécu là-bas".

À La Courneuve, des jeunes animent une émision pour les 20 ans de la Loi Taubira sur la mémoire de l'esclavage
À La Courneuve, des jeunes animent une émision pour les 20 ans de la Loi Taubira sur la mémoire de l'esclavage © Radio France - Hajera Mohammad

"Des Noirs encore discriminés aujourd'hui"

En préparant cette émission, un souvenir est remonté à l l'esprit de Loyce, dont les parents viennent de Guadeloupe. "Quand j'étais petit, j'ai vu un reportage à la télé sur l'esclavage et j'avais noté que beaucoup d'esclaves portaient le même nom de famille que moi, qui est d'origine congolaise, ça m'avait marqué". Pour Trisha, cette histoire de l'esclavage et de la traite des Noirs a encore des répercussions aujourd'hui. "On reste encore discriminés pour notre couleur de peau. Il y a les contrôles au faciès, la difficulté de décrocher un logement ou un emploi, parce que certaines personnes pensent encore que les Noirs sont inférieurs aux Blancs. Ce sont des restes de tout ça", assure la jeune étudiante.

L'enjeu du devoir de mémoire

Alors comment entretenir le devoir de mémoire ? Pour Apolline, il faudrait d'avantage marquer le coup en ce 10 mai. "Peut-être, que tous les musées proposent un programme spécial ce jour-là pour qu'on puisse venir voir des expos ou des choses comme ça ? Pourquoi pas plus de monuments pour rendre hommage aux esclaves ?". 

Sheineze évoque l'idée d'un cours spécial qui serait dispensé chaque 10 mai dans toutes les classes autour de ce sujet. En revanche, aucun de ces jeunes n'est convaincu par le discours de celles et ceux qui invitent à déboulonner les statues des figures de l'histoire de France qui ont participé à la traite. "Ca servirait à quoi au final ?", s'interroge Trisha. Loyce, lui, suggère plutôt de poser une plaque sur chaque monument en question, pour rappeler tout la vie du personnage, même cette partie-là plus sombre.

À La Courneuve, des jeunes animent une émision pour les 20 ans de la Loi Taubira sur la mémoire de l'esclavage

L'enjeu du devoir de mémoire

Pour Michael Nainan, président de l'association Kréyol, qui intervient à La Courneuve pour entretenir ce devoir de mémoire, le discours de ces jeunes n'est pas vraiment étonnant. "Je me dis qu'il y a encore beaucoup de travail et que la route est encore longue pour que cette histoire soit connue de tous. Tout dépend du temps qu'on y passe, de l'énergie qu'on va y mettre, il faut peut-être que les programmes scolaires soient un peu plus fournis et le temps dédié plus conséquent", dit-il. "Il y a cette envie chez certains jeunes d'aller chercher l'information sur ce sujet sauf que les générations précédentes ont mis un voile sur cette histoire parce qu'il y avait une certaine honte".

"La route est encore longue pour que cette histoire soit connue" - Michael Nainan, président de l'association Kréyol

"Le devoir de mémoire incombe à chacun", assure Michaël Naina, pas seulement aux institutions. Avec son association Kréyol, il travaille notamment auprès des élèves de La Courneuve. Pour ce "mois des mémoires", l'association propose une exposition conçue par l'Inrap sur l'archéologie de l'esclavage colonial. Elle est à voir jusqu'au 27 mai à l'espace jeunesse Guy-Môquet (119 avenue Paul-Vaillant-Couturier). 

L'émission des jeunes de La Courneuve sur les 20 ans de la Loi Taubira sera disponible ce lundi soir sur la chaîne YouTube du LC MAG'

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