Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Société

A la recherche de leur histoire, les enfants nés sous X ont l'impression qu'il leur "manque un bout" d'eux-mêmes

jeudi 29 mars 2018 à 18:10 Par Cécile Bidault, France Bleu Nord et France Bleu

Dans le langage courant, on les appelle les "nés sous X". 600 bébés naissent dans le secret chaque année en France, une trentaine dans le seul département du Nord. Leur mère est anonyme, accouche sans laisser son identité, et ils sont abandonnés. Rencontres et témoignages.

600 bébés naissent dans le secret chaque année en France
600 bébés naissent dans le secret chaque année en France © Maxppp - BEP/LA VOIX DU NORD

Nord-Pas-de-Calais, France

Environ 600 femmes accouchent dans le secret chaque année en France, dans le Nord, elles sont une trentaine. Parce qu'elles savent qu'elles ne pourront pas élever leur enfant. Parce que leur situation personnelle les oblige à rendre cet accouchement confidentiel. A la maternité, on ne leur demande pas qui elles sont, et elles peuvent repartir sans laisser de trace. L'enfant est alors confié à l'Aide sociale à l'enfance.

Charlotte, née sous X à Arras le 8 août 2000

C'est ce qui est arrivé à Charlotte Fayolle, 17 ans. Aujourd'hui lycéenne à Saint-Pol-sur-Ternoise, elle a été adoptée quand elle avait deux mois. Elle sait peu de choses de sa mère, seulement qu'elle avait 16 ans au moment de l'accouchement, et que ses parents, en apprenant sa grossesse, lui avaient interdit de sortir, pour garder le secret.

Charlotte, née sous X à Arras le 8 août 2000, recherche toute information sur sa mère - Radio France
Charlotte, née sous X à Arras le 8 août 2000, recherche toute information sur sa mère © Radio France - Cécile Bidault

On a l'impression qu'il manque un bout de nous

Au moment d'entrer dans l'âge adulte, Charlotte cherche sa mère : "C’est compliqué de grandir et de se demander à qui on ressemble. On a surtout l'impression qu'il manque un bout de nous. Pour avancer dans la vie plus tard, si j'ai des enfants, j'aimerais pouvoir leur répondre s'ils posent des questions. Ne pas leur dire que je ne sais pas".

Charlotte Fayolle a même créé une page Facebook, comme une bouteille à la mer pour retrouver sa maman. Aujourd'hui, après avoir obtenu le feu vert d'un juge aux affaires familiales car son père adoptif s'opposait à sa démarche, elle attend un rendez-vous au département du Pas-de-Calais, pour voir si, dans son dossier, sa mère a laissé son identité, une explication, un signe.

Une structure nationale pour aider les enfants dans leurs recherches

Depuis 2002, il existe une structure pour aider ces enfants nés sous X, le Conseil national pour l'accès aux origines personnelles. Le CNAOP a des correspondants partout en France, et propose aux femmes qui accouchent dans le secret, de laisser quelques informations dans leur dossier. Il peut alors les transmettre aux enfants qui entreprennent des recherches. Et même proposer, des années après, une rencontre, que la mère a bien sûr le droit de refuser.

Je sais enfin qui je suis

Après quinze ans de recherches et bien des obstacles surmontés, Caroline Montois, une Roubaisienne née dans le secret en 1970, a retrouvé et rencontré sa mère en 2004, puis l'année dernière son père, qui vivait à New York, et ses frères et sœurs.

Elle en a fait un livre, "Hannah née sous X, la terre qui m'était promise". Pour elle tout a changé : "on est relié à une famille, à une histoire. Si on peut tisser des liens d'amours, c'est encore plus beau, mais de savoir, c'est déjà une chance. Je me sens privilégiée. Plus apaisée. Plus moi. Je sais enfin qui je suis". 

Caroline est toujours à la recherche de son frère jumeau, né dans le secret, comme elle, le 26 mars 1970, à la maternité Roger Salengro, à Lille.

Spécificité française

Beaucoup de voix s'élèvent aujourd'hui contre cette pratique de l'accouchement dans le secret, spécificité française. Au nom du droit de chaque enfant à connaître ses origines.

Caroline Montois a aujourd'hui un conseil à donner à Charlotte Fayolle, et à tous les "nés sous X" qui cherchent : "il faut y croire, mais être prêt, toujours, à tout entendre, car il peut y avoir un rejet. Mais il faut aller au bout de cette envie." Charlotte conclut : "je vais avancer, et je vais la retrouver, c'est ce que je souhaite vraiment !"

Enfants nés sous X : rencontre avec Charlotte Fayolle et Caroline Montois