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Société DOSSIER : Accident de Millas

À Millas, l’insurmontable deuil un an après le drame qui a coûté la vie à six collégiens

jeudi 13 décembre 2018 à 19:40 - Mis à jour le vendredi 14 décembre 2018 à 14:24 Par François David, France Bleu Roussillon et France Bleu

Un an après l'effroyable collision entre un bus scolaire et un TER, qui a coûté la vie à six collégiens de Millas (Pyrénées-Orientales), France Bleu Roussillon donne la parole aux familles de victimes, aux habitants et à tous ceux qui, depuis le 14 décembre 2017, se mobilisent.

© Radio France - Michel Clementz

Millas, France

Comment se remettre de la mort d’un enfant ? Un an après le drame de Millas, les familles des six collégiens décédés sont toujours ravagées par le chagrin. "A tout jamais, il y aura une chambre d’enfant vide", soupire Maitre Jehanne Collard, l’avocate de trois familles. "En même temps, elles sont formidablement courageuses et dignes dans leur douleur."

Depuis douze mois, chaque famille vit son deuil, à sa façon, et tente de se reconstruire dans un parcours semé de difficultés et de rechutes. Certains parents n'ont toujours pas pu reprendre leur travail, d’autres prennent des médicaments pour dormir. Trois familles ont quitté le village de Saint-Feliu-d’Avall, et une quatrième envisage de le faire. 

Le combat en guise de thérapie

"Je commence seulement à me rendre compte que je ne le reverrai plus", témoigne Suzanne Fabresse, la grand-mère de Yonas, décédé dans la collision. Nous l’avons rencontré au centre de soins « Le Vallespir » du Boulou, où elle séjourne régulièrement pour se reposer depuis le drame. "Aujourd’hui, je me sens beaucoup moins dans la rage et la haine. Désormais, j’ai envie de me battre."

Le combat : c’est aussi le choix de Fabien Bourgeonnier, père de Loïc, l'une des jeunes victimes. Fondateur de l’association « A la mémoire de nos anges », il milite pour que soient tirées toutes les leçons du drame. Avec pour mot d'ordre « Plus jamais ça ! », il porte une série de revendication pour améliorer la sécurité des passages-à-niveau et des bus scolaires. 

À la tête d’une autre association (Millas 14 décembre 2017), Alain Atgé se mobilise pour accompagner les familles face aux futures échéances judiciaires. Son fils Gauthier a été très gravement blessé lors de l’accident. Après 12 jours de coma, il a fini par se réveiller.

Douze mois après le drame, le collège de Millas tente lui aussi de remonter la pente. Létablissement scolaire a été frappé en plein cœur, et 6 pupitres sont restés vides à tout jamais. D'autres élèves, blessés, ont mis parfois plusieurs mois avant de pouvoir faire leur retour en classe. 

Dans la discrétion, le personnel de l’Education Nationale a fait preuve d'une implication remarquable. Que ce soit les premiers jours, quand il a fallu gérer l'immense traumatisme, ou dans les mois qui ont suivi, pendant le travail de deuil.

Lorsque les enfants blessés sont revenus à tour de rôle, ils ont été entourés, accompagnés. Leurs emplois du temps ont été adaptés, des auxiliaires de vie et une infirmière ont été mobilisés. 

Sylvie Lorcet, responsable du service social à la direction académique des Pyrénées Orientales

Ce patient travail d’accompagnement et d’écoute a fini par payer. Le plus bel exemple, ce sont ces deux élèves de troisième, gravement blessés dans l'accident, qui ont obtenu leur brevet, et fait leur rentrée en seconde. 

Saint-Feliu-d’Avall, village-martyre

A Saint-Féliu-d'Avall, les 2.500 habitants voient arriver la date anniversaire avec "appréhension". "On a été tous très marqué, on l'est encore", assure avec émotion la boulangère, Vanessa Alvarez. "Et là, la date arrive, tout le monde y pense, et y'a tout qui remonte"

« C’est dur de ne plus voir ces petits que l’on croisait tous les jours », témoigne Alexandra

« Je n’ai pas de mots pour soulager les victimes que je rencontre », dit Elisabeth

"Tous les jours, nous y pensons. Nous ne pourrons jamais tourner la page", témoigne le maire de Saint-Feliu, Roger Garrido. "Dans ce drame, chacun a perdu un enfant, un neveu, un copain… " Alors que Noël approche, le village n’a pas le cœur à la fête. Les illuminations resteront éteintes jusqu’à lundi prochain. 

Mais parce que la vie doit continuer malgré tout, l'équipe municipale s'est démenée ces derniers mois, pour lancer plusieurs projets. Cette année, pour la première fois, un marché de Noël sera organisé.  Des travaux ont démarré pour construire une nouvelle salle polyvalente, la mairie va être agrandie, le city-stade rénové. Et le mois prochain, un boucher va ouvrir ses portes, après cinq ans d’absence.

Robert Taillant, la 7eme victime du drame

Un an après le drame, les pensées se tournent aussi vers Robert Taillant, maire de Saint-Feliu au moment de la catastrophe. Alors qu'il était déjà gravement malade, il n'a rien laissé paraître. Mobilisé nuit et jour pendant plusieurs semaines, il s'est donné corps et âme au service de sa population. Cinq mois plus tard, à bout de force, il rendait son dernier souffle.

« Robert a donné sa vie », selon Roger Garrido, son ancien premier adjoint

Aux côtés du maire, un autre homme a joué un rôle important dans le village : le curé Benoit de Roeck était, lui aussi, aux cotés des familles de victimes dans les heures qui ont suivi le drame. Et depuis douze mois, il accompagne plusieurs d'entre elles sur le chemin du deuil. 

« Comment le bon Dieu peut-il permettre cela », interroge le curé Benoit de Roeck

Benoit de Roeck  célébrera une messe ce vendredi à 18 heures en l'église de Saint-Feliu-d'Avall.