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Société

À Toulouse, des auto-écoles se plaignent de la dématérialisation

jeudi 23 novembre 2017 à 17:17 Par Bénédicte Dupont, France Bleu Occitanie

Depuis l'été dernier, les auto-écoles n'ont plus besoin d'aller à la cité administrative ou d'envoyer des courriers pour créer un dossier. Elles le font sur Internet. Sauf que l'opération qui est sensée faire gagner du temps en fait plus perdre à certains gérants qui s'agacent ouvertement.

Il existe près de 80 auto-écoles homologuées à Toulouse, environ 250 en Haute-Garonne.
Il existe près de 80 auto-écoles homologuées à Toulouse, environ 250 en Haute-Garonne. © Radio France - Bénédicte Dupont

Toulouse, France

Jusque là, lorsque vous souhaitiez vous inscrire au permis de conduire, il fallait remplir un dossier dit "Cerfa", signé et rempli avec les documents requis par l'élève et ses parents, dossier ensuite remis par l'auto-école à la Direction Départementale des Territoires (à la Cité Administrative), tamponné, validé avec un numéro, celui du permis que l'on garde ensuite à vie. Aujourd'hui, il faut que l'auto-école scanner les pièces justificatives et transmette le tout sur Internet à l'ANTS, l'Agence Nationale des Titres Sécurisés. La réforme date, dans les textes et pour les particuliers, du 6 novembre dernier, mais les auto-écoles ont anticipé et mis en place cette procédure progressivement depuis l'été dernier.

REPORTAGE dans des auto-écoles des Arènes à Toulouse, Bénédicte Dupont (1'09'')

Et ce site n'est visiblement pas une réussite : bugs informatiques, lenteur, suppression de documents, refus de pièces pourtant conformes. De quoi s'arracher les cheveux pour les professionnels.

Il nous fallait 15 minutes pour constituer le dossier et 15 jours pour l’enregistrer à la DDT. Aujourd’hui ça met trois heures et deux mois après on n'a pas de réponse ! — Bruce Amadio, gérant d'une auto-école à Fonsorbes et représentant du syndicat majoritaire CNPA en Haute-Garonne

Les auto-écoles doivent à présent inscrire leurs candidats sur le site de l'ANTS. - Radio France
Les auto-écoles doivent à présent inscrire leurs candidats sur le site de l'ANTS. © Radio France - Bénédicte Dupont

Une profession à fleur de peau

Conséquence pour les candidats : impossible, en théorie, de commencer l'apprentissage pratique de la conduite. À Fonsorbes, Bruce Amadio a par exemple inscrit des élèves fin septembre et il n'a pas de nouvelles. Ces jeunes peuvent donc bien sûr apprendre le code en attendant, mais ils n'ont pas le droit d'être au volant. Certaines écoles ne s'embrassent pas de ce détail administratif, parfois par méconnaissance, et début les leçons de conduite sans ce fameux dossier Cerfa. Elles n'en ont pas le droit.

En plus on n'a aucun interlocuteur : au téléphone, l'ANTS est saturée, et ne répond pas au mail. C'est aberrant. — Monique Cornus, gérante d'une auto-école indépendante à Toulouse

À 60 ans, Monique Cornus a décidé de raccrocher. Elle n'y arrive plus et cette histoire de dématérialisation a fini de la convaincre de mettre la clé sous la porte. Cette gérante indépendante sans salarié ni franchise a monté son auto-école boulevard Déodat de Séverac il y a 25 ans. Sa situation géographique ne l'a pas aidée : le tramway a chassé les clients car personne ne peut plus se garer nulle part. "L'ubérisation m'a tuée. On nous fait passer pour des voleurs.", confie t-elle, faisant référence à ces cours de code sur Internet et la concurrence des écoles en ligne. Il lui arrive, dit-elle, de ne pas se sortir de salaire. Quand il y a quatre mois, elle a vu ces bugs informatiques, cela l'a confortée dans son envie de ne plus être entrepreneur. L'an prochain, elle louera son local, et ira "faire des heures chez les collègues".

Toutes les auto-écoles ne sont toutefois pas concernées : à l'auto-école BK aux Arènes, William Rafik le moniteur assure que les délais sont les mêmes qu'avant. "Il faut que le système se rôde. Mais c'est vrai que maintenant, c'est à nous de faire le boulot de la préfecture".

Bruce Amadio, gérant d'une auto-école à Fonsorbes et président départemental du CNPA (59'')

Et pour la délivrance du permis, quand les jeunes réussissent l'examen, là aussi il y a des bugs. J'ai des élèves qui ont eu leur permis cet été, la préfecture ne leur a toujours pas envoyé leur permis. Ils roulent sans. — Bruce Amadio

Le problème étant national, et soulevé par de nombreux professionnels sur l'ensemble du territoire depuis au moins deux mois, une nouvelle réunion est prévue la semaine prochaine entre les syndicats de la profession et le Ministère de l'Intérieur.

Dématérialisation : le ministère de l'Intérieur lâche du lest sur les permis, pour compenser les bugs du site ANTS

Opération escargot des patrons d'auto-écoles contre l'ubérisation de la profession