Société

Accompagnement sexuel des personnes handicapées : le débat enfin ouvert ?

Par Julien Corbière, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu lundi 31 juillet 2017 à 9:58

L'accompagnement sexuel des handicapés n'a jamais fait l'objet d'aucune loi en France.
L'accompagnement sexuel des handicapés n'a jamais fait l'objet d'aucune loi en France. © Maxppp -

Sept personnes viennent d'être formées à l'assistance sexuelle des personnes en situation de handicap en France. Pourtant le fait d'avoir recours à elle reste puni par la loi. Le député de la Loire Jean-François Chossy avait tenté de lancer le débat il y a dix ans.

Au rayon des grandes questions de société, on a beaucoup parlé ces dernières années des débats sur la fin de vie et la procréation médicalement assistée. Beaucoup moins, en revanche, de l'accompagnement sexuel des personnes souffrant d'un handicap. Le débat est relancé aujourd'hui par une association française de défense de personnes handicapées. L'association Chsose vient en effet de faire savoir qu'elle avait formé sept personnes à l'accompagnement sexuel. Concrètement ce sont des professionnels dont le métier consiste à aider les handicapés à s'épanouir dans une vie sensuelle, érotique voire sexuelle. L'activité existe, mais officiellement en France, c'est considéré comme du proxénétisme alors qu'en Suisse et en Espagne, elle est reconnue et organisée.

Jean-François Chossy, ancien député de la Loire, n'avait pas réussi à imposer le sujet

Le sujet rencontre un écho particulier dans la Loire puisque l'ancien député de la Plaine, Jean-François Chossy, rapporteur de la loi handicap en 2005, avait voulu ensuite déposer une proposition de loi légalisant l'accompagnement sexuel.

" J'ai eu le témoignage terrible d'une maman d'un enfant autiste âgé d'environ 25 ans. Elle m'avait dit "Mon fils a des pulsions. Pensez-vous, M. le député, que c'est à moi de masturber mon fils ?"" (Jean-François Chossy, député de la Loire entre 1993 et 2011)

Le député ligérien avait interpellé la ministre de la Santé de l'époque sur le sujet, Roselyne Bachelot. Selon lui, celle-ci n'a pas voulu appuyer sa démarche : "Elle m'a dit, je ne voudrais pas qu'on fasse appel à des prostituées. Je ne veux pas transformer les personnes handicapées en proxénètes". C'est avec l'appui d'une majorité des associations de défense des personnes handicapées, notamment l'Association de Paralysés de France, que Jean-François Chossy pensait faire avancer le débat.

Jean-François Chossy. - Radio France
Jean-François Chossy. © Radio France - Yves Renaud

Avoir recours à un assistant sexuel pour un handicapé : du proxénétisme

Sur la question juridique, Roselyne Bachelot avait raison. C'est finalement le même débat que pour la prostitution. L'acte d'accompagnement sexuel en tant que tel n'est pas interdit. C'est le fait d'y avoir recours ou de l'organiser, par exemple pour une association, qui est interdit. Cela s'appelle du proxénétisme. En dehors de Chsose, en France, une autre association, l'Appas , milite très activement pour la reconnaissance de cette profession. Impossible de savoir combien de personnes l'exercnt en France mais c'est une réalité. France Bleu a pu contacter un assistant sexuel installé à Lyon, il ne s'occupe que des femmes et explique en quoi son métier est utile à l'épanouissement physique et moral des personnes handicapées :

"Les femmes qui font appel à moi sont vraiment dans une détresse tactile et sexuelle. Elles ont retrouvé la confiance en elle, plus de confiance et plus de féminité. Et du coup elle ne dégagent plus la même chose. Comme par hasard elles rencontrent quelqu'un alors que cela faisait des années qu'elles ne rencontraiten plus personne" (Un assistant sexuel de Lyon)

Les associations insistent pour légaliser une activité qui mérite une qualification évidemment très particulière.