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Accueil des réfugiés à Saint-Magne : les habitants divisés

Par Rebecca Gil, France Bleu Gironde mardi 26 janvier 2016 à 7:16

C'est le château de Saint-Magne à 4km du village qui serait réquisitionné
C'est le château de Saint-Magne à 4km du village qui serait réquisitionné © Radio France - Rebecca Gil

Plusieurs sites d'accueil de réfugiés sont à l'étude depuis quelques mois en Gironde, notamment celui de l'ancienne annexe du centre hospitalier de Cadillac, appelé aussi "château de Saint-Magne". Les habitants sont partagés sur leur arrivée et la réquisition de ce lieu.

La crise des réfugiés en Europe est loin d'être terminée. En septembre dernier, François Hollande annonçait l'accueil en France de 24 000 réfugiés en 2 ans, la Gironde devait en accueillir 700 à 800. La préfecture envisage donc plusieurs sites d'accueil pour respecter ses engagements. Outre la ville de Carcans dans le Médoc, la petite commune de Saint-Magne dans le Val de l'Eyre ferait partie des hypothèses retenues. La maire Brigitte Octon a même été approchée à ce sujet par Dominique Christian, la sous-préfète du Bassin d'Arcachon. Il s'agirait d'accueillir 55 réfugiés au château de Saint-Magne, lieu actuellement vidé de tout occupant, ancienne propriété de la ville, appartenant aujourd'hui au centre hospitalier de Cadillac. 

Les conditions ne sont pas réunies pour un accueil digne de ce nom

— Brigitte Octon, maire de Saint-Magne

Avant de soumettre sa réponse à la sous-préfète, Brigitte Octon n'a pas manqué de réunir en session extraordinaire le conseil municipal de Saint-Magne. La réponse a été nette : un refus à l'unanimité. "Le site est très isolé, peu adapté pour des personnes qui ne sont déjà pas dans leur élément naturel, qui viennent de loin et sont déjà perdues, il faut quand-même pouvoir les aider. Or, je me sens démunie, c'est une petite commune, je ne vois pas comment cela va se passer." Elle ajoute : "la communication n'a pas été véritablement claire au départ, rien d'officiel n'a été présenté, signé, acté. On m'en a juste parlé de manière officieuse. Cela ne laisse pas beaucoup de temps pour la réflexion." Selon elle, ses administrés sont inquiets et lui en ont d'ailleurs fait part : "Je suis garante de leur tranquillité, et il y a une certaine crainte chez eux. Il fallait que je réagisse. On ne peut pas accueillir des gens dans n'importe quelles conditions."

"On ne peut pas les accueillir dans n'importe quelles conditions" Brigitte Octon

Le château de Saint-Magne : la solution ? 

Situé au bout d'un long chemin bordé d'arbres, le site de 4 000 m² est en effet pour l'instant inoccupé, abandonné depuis l'été 2014 après avoir servi comme centre pour adolescents déficients intellectuels. Problème : il est situé à 4 kilomètres du village en pleine forêt. Impossible donc de bouger sans voiture. C'est d'ailleurs ce qui rend sceptiques les quelques habitants plutôt favorables à l'accueil de réfugiés. C'est le cas de Muriel : "ils sont très éloignés du centre-ville, il va falloir leur procurer au moins un vélo ! Sinon les pauvres gens au milieu de la brousse sans moyen de locomotion, qu'est-ce qu'ils vont faire ?" Vanessa est du même avis : "C'est une bonne chose pour eux c'est sûr, mais une fois ici... ils seront loin de tout !" 

On tient à notre tranquillité. 

Une habitante de Saint-Magne

Jacqueline a bientôt 87 ans, elle vit à Saint-Magne depuis 62 ans. Même si elle n'ose pas se confier pleinement, on sent une certaine crainte chez elle, notamment depuis un cambriolage dont elle a été victime. Alors la moindre arrivée dans le village n'est pas forcément la bienvenue. "Vous savez la vie est difficile pour tout le monde... Je comprends bien le problème de ces gens, mais que peut-on faire pour eux ? L'accueil ici n'est pas la solution..."  confie-t-elle. Pas beaucoup plus d'entrain chez les plus jeunes. Après avoir laissé ses deux enfants à l'école, cette trentenaire s'exprime (elle préfère rester anonyme) : "Je n'ai pas envie de ces personnes-là chez nous. On est un village tranquille, et avec tout ce qu'on voit à Calais, je n'ai pas envie qu'il y ait ça ici. Pour des personnes qui en plus veulent aller en Angleterre [il s'agit de migrants installés pour le moment à Calais, ndlr] je ne vois pas pourquoi on les emmènerait ici." Les Saint-Magnais sont donc partagés sur le sujet, mais rien ne presse. Le projet n'en est encore qu'au stade de l'hypothèse.

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