Société

Addition salée pour les fêtards du tramway strasbourgeois

Par Clément Lacaton, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass dimanche 20 avril 2014 à 10:02

Addition salée pour les fêtards du tram 5
Addition salée pour les fêtards du tram 5 © Radio France - Clément Lacaton

C'est un rendez-vous plutôt insolite qui s'est déroulé samedi après-midi. Un groupe a appelé, sur Facebook, à faire la fête dans le tramway strasbourgeois. A l'arrivée, jusqu'à 300 euros d'amende.

Nom de code de l'événement : "un tramway nommé délire" , en référence au titre de la pièce de théâtre de Tennessee Williams "un tramway nommé désir". Sauf que l'ambiance était plutôt spéciale pour un rendez-vous festif.

Ce samedi, vers 16 heures, le collectif "Studio Bama" a appelé, via Facebook, à faire la fête dans le tramway strasbourgeois. Une centaine de personnes au total se sont rassemblées place de la gare. Un mot d'ordre : "pas d'alcool, pas de violence, pas de revendications" . Malgré ces précautions, la compagnie de transports en commun, la CTS, ne cachait pas son inquiétude. L'événement se voulait "gratuit" et prévoyait d'être bruyant alors que le tram est "payant" et qu'aucune nuisance sonore n'est tolérée...

Addition salée pour les fêtards du tram 2 - Radio France
Addition salée pour les fêtards du tram 2 © Radio France - Clément Lacaton

Des risques ? "Oui et non, on verra..."

Les djembés se mettent à résonner sur le quai. Tram annoncé dans six minutes. Ce sera celui-là. Pendant ce temps, l'organisateur, Arnaud Bama (son "nom de scène" ), répond aux questions d'une dizaine de journalistes. Cet étudiant en communication s'engage alors à respecter les règles : "L'initiative était : comment s'amuser gratuitement toujours dans le calme, sans revendication derrière, pas de politique, pas d'argent, rien de commercial." Mais quand on lui demande s'il prend des risques, il répond : "oui et non, on verra..."

Addition salée pour les fêtards du tram 3 - Radio France
Addition salée pour les fêtards du tram 3 © Radio France - Clément Lacaton
Puis tout le monde rentre dans le tram, on se pousse pour être au coeur du spectacle, autour des trois djembés. Les contrôleurs encadrent les musiciens, aux côtés d'hommes en gilet jaune venus en renfort. Les regards se croisent, tout le monde hésite, mais quelques minutes plus tard, quand la musique devient trop forte, la sanction tombe : "Vos pièces d'identité s'il vous plaît (...). Ca sera 169 euros monsieur" , lance l'un des contrôleurs de la CTS, d'un ton assez acerbe.

"A ce tarif là ils vont en avoir de la musique !"

Un "délire" qui a coûté cher à Batuhan, l'un des joueurs de djembé. Il est ressorti du tram quelques stations plus loin avec une amende de près de 300 euros, pour absence de titre de transport et nuisance sonore. "Ce qu'ils ont fait là c'est de l'abus (...), il ont attendu que les portes se ferment, ils savaient très bien qu'on allait jouer, ils auraient pu nous avertir avant d'entrer dans le tram (...). On est à une amende de 1 000 euros pour cinq personnes qui ont joué dans le tram même pas cinq minutes." Il comprend l'amende de 48 euros pour absence de titre de transport, mais la contravention de 169 euros pour nuisance sonore lui reste en travers de la gorge. "A ce tarif là ils vont en avoir de la musique !" , ajoute-t-il. Au bout du compte, ils sont plusieurs à devoir régler une note de 293 euros, avec les frais de dossier.

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Addition salée pour les fêtards du tram 4 - Radio France
Addition salée pour les fêtards du tram 4 © Radio France - Clément Lacaton
Au total, une quinzaine d'agents CTS et Cityveille mobilisés pour éviter tout dérapage, ainsi que des policiers à l'oeil attentif. Jean-Michel Augé, le directeur des affaires juridiques à la CTS, tenait absolument à rappeler les règles à l'organisateur avant d'entrer dans le tram, règlement de plusieurs pages à la main : "Il y a un certain nombre d'interdictions qu'on ne doit pas braver, en particulier on n'a pas droit de faire de la musique ou d'user d'autres instruments sonores dans le tramway ou dans le bus."

"Voyager en s'amusant"

L'événement tourne court, loin de l'objectif initial, à l'autre bout de la ligne (station Neuhof). Tout le monde descend place Kléber, générant un nouvel attroupement et l'étonnement des passants place de l'Homme-de-Fer. Avant le happening, l'organisateur avait pourtant averti ses troupes : "Evidemment vous connaissez toutes les règles du jeu (...). On fera ça dans le calme, j'espère que vous avez des titres de transport. On ne veut pas d'amende évidemment. L'idée c'est de voyager en s'amusant..." Même si l'on voit difficilement comment faire la fête "dans le calme"...

Sans oublier que la compagnie de transports les avait mis en garde sur la page Facebook concernée, plusieurs jours avant. Prochain rendez-vous fixé par l'organisateur : opération fanfare dans le centre commercial Rivetoile, dans deux semaines. En attendant, les fêtards devraient se cotiser pour... régler les amendes.

Retrouvez le reportage diffusé sur France Bleu Alsace :

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