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Société

Adolescentes prostituées : il faut arrêter de penser qu'elles sont consentantes

lundi 25 juin 2018 à 10:19 - Mis à jour le mardi 26 juin 2018 à 8:38 Par Martine Bréson, France Bleu Paris

Douze hommes comparaissent lundi à Paris pour la prostitution de 11 adolescentes. Pour Armelle Le Bigot-Macaux, présidente d'Agir contre la prostitution des enfants, il faut savoir que ces adolescentes sont victimes de lover boys qui les séduisent puis les prostituent sous la menace.

 Armelle Le Bigot-Macaux, présidente de l'association "Agir contre la prostitution des enfants"
Armelle Le Bigot-Macaux, présidente de l'association "Agir contre la prostitution des enfants" © Radio France - Martine Bréson

La prostitution des enfants : un sujet qui revient à la une à l'occasion de l'ouverture ce lundi d'un procès où 12 hommes âgés de 17 à 30 ans comparaissent au tribunal correctionnel de Paris. Il y a 11 victimes en majorité des adolescentes "recrutées" sur internet.

Pour Armelle Le Bigot-Macaux, présidente de l'association "Agir contre la prostitution des enfants" (ACPE), qui était invitée sur France Bleu Paris ce lundi matin, (regardez son interview à la fin de cet article), ce procès c'est l'occasion de faire prendre conscience aux parents mais aussi à la société toute entière que le problème existe, que ces jeunes filles si elles étaient consentantes au début, ne le sont plus quand on les menace, les droguent et les obligent à faire 15 passes par jour sans leur donner un euro.

Des gamins qui sont des lovers-boys les séduisent"

Cela peut toucher toutes les familles, explique Armelle Le Bigot-Macaux. L'argent n'est pas le seul moteur. "Peut-être qu'au début, ça démarre comme ça mais c'est surtout des gamines qui sont en manque de confiance en elles. Elles tombent sur de jeunes proxénètes, des gamins qui sont des lover boys, qui les séduisent, qui sont en général assez retors". Une fois qu'elles sont embarquées dans la séduction, indique la présidente de l'ACPE, elles sont "essayées" selon les propres mots des jeunes proxénètes. Si elles "conviennent", ils les valorisent en disant "Tu es belle, je vais te faire des photos". Les jeunes filles se mettent en scène et puis quand elles sont entrées dans ce genre de réseau, que leurs photos circulent sur internet, cela devient terrible.

Les adolescentes pouvaient faire jusqu'à 15 passes par jour"

Ces adolescentes ne savent pas très bien ce qui les attend, explique Armelle le Bigot-Macaux. "Elles y vont en confiance pour effectivement se faire de l'argent facile aussi, c'est un des arguments de ces jeunes proxénètes. Et donc après, elles sont embarquées dans un vrai travail".

Dans ce procès, rappelle la présidente de l’ACPE, ce ne sont pas des jeunes femmes qui étaient prostituées. Ce sont des enfants. Elles avaient entre 14 et 17 ans au moment des faits. Elles pouvaient faire "jusqu'à 15 passes par jour pour des montants très importants de l'ordre de 2.500 euros. Cet argent-là elles le voient un tout petit peu au début et quasiment plus après". 

"Les parents doivent surveiller et parler à leurs enfants"

Les parents doivent être vigilants. Un changement de comportement doit les alerter. "C'est souvent des gamines fragiles, très souvent assez bien scolarisées, plutôt bonne élève et qui, à partir du moment où elles basculent, souvent recrutées par des copines, changent d'attitude". Il y a décrochage scolaire. Elles vont se fermer, ne plus parler à leurs parents. Ce n'est pas une crise d'adolescence comme parfois les parents le pensent, alerte Armelle Le Bigot-Macaux. 

Quand les parents s'aperçoivent de ce changement, il faut qu'ils regardent plus loin, qu'ils s'interrogent et qu'ils parlent à leur enfant. Les adolescentes arrivent souvent avec de nouvelles tenues, des nouveaux sacs. Les parents doivent demander "Ça vient d'où?" "D'où sors-tu ça?". En cas de doute, "il faut accepter de mettre des mouchards sur le téléphone des gamines, de les suivre et de s'apercevoir qu'en effet au début elles pouvaient être consentantes et qu'elles ne le sont plus". 

"C'est un engrenage dont il est difficile de sortir " 

Il faut anticiper parce qu'une fois qu'elles basculent là-dedans c'est très difficile de s'en sortir, affirme Armelle Le Bigot-Macaux. "Elles sont sous emprise, elles ont une trouille bleue, elles sont menacées. Et c'est aussi une espèce d’addiction parce qu'elles sont souvent sous cannabis pour supporter ce genre de traitement".

Pour la police et la justice, c'est compliqué car ce ne sont pas de très gros réseaux et que ces gamins proxénètes sont parfaitement organisés. Ils ont compris qu'ils pouvaient se faire beaucoup d'argent très facilement et en toute tranquillité car ils ne sont pas beaucoup inquiétés. 

"A chaque procès, on a l'impression que les magistrats découvrent le phénomène", s'insurge Armelle Le Bigot-Macaux. 

Ces gamines sont foutues pour la vie "

Selon Armelle Le Bigot-Macaux, les petits proxénètes sont aussi des victimes. "Ce sont des gamins lâchés dans la nature qui ont l'impression de pouvoir agir en quasi impunité". La présidente de l’association "Agir contre la prostitution des enfants" souhaite qu'au cours de ce procès "ils prennent conscience que ces gamines soi-disant consentantes en fait sont des gamines qui sont foutues pour la vie, sur l'estime d'elle-même, sur le rapport au corps, le rapport aux autres, la confiance qu'elles peuvent faire dans l'amour et dans la société qui les attend". 

Regardez son interview :