Société

Ajaccio : le péril carcéral

Par Hélène Battini et Marion Galland, France Bleu RCFM jeudi 22 décembre 2016 à 9:04

La prison d'Ajaccio
La prison d'Ajaccio © Radio France

Vendredi 23 décembre, le conseil d’État rendra sa décision concernant la prison d'Ajaccio. L’observatoire international des prisons a saisi la justice pour dénoncer les manquements graves à la sécurité dans la maison d'arrêt.

L’observatoire international des prisons a saisi la justice pour dénoncer ces manquements graves à la sécurité dans la maison d'arrêt de la cité impériale. En cas d'incendie notamment, les conséquences seraient catastrophiques.

La commission de sécurité incendie a visité la prison en septembre dernier, en 2013 déjà la même commission avait émis un avis défavorable. En trois ans même si certaines choses se sont améliorées, comme la mise aux normes des équipements électriques, aucun travaux de mise en sécurité n’a été réalisé…pire, selon la commission il est toujours très difficile, voire impossible, de mettre les détenus dans une zone à l’abri des fumées. Et de conclure, « le niveau de sécurité de ce bâtiment vétuste est extrêmement insuffisant »… Ce qui fait craindre à l’observatoire international des prisons, un drame en cas de départ de feu. L’association a déjà saisi le tribunal administratif de Bastia le 2 décembre, mais la justice avait estimé que les 470 000 euro débloqués et la programmation de travaux pour avril 2017 était satisfaisants, d’où le recourt cette fois devant le conseil d’état. Patrick Spinosi, avocat de l’OIP.

«En agissant devant le juge on va forcer l’administration à trouver les moyens nécessaires pour pouvoir faire les travaux qu’elle ambitionne de faire. Il ne s’agit plus simplement d’argent, il s’agit de la vie des prisonniers, de leur sécurité, de l’obligation de l’état de garantir la sécurité des personnes qui sont sous sa responsabilité pénale.»

L’observatoire international des prisons s’est déjà procuré des rapports de sécurité inquiétants de douze prisons en France.

Des conditions d'incarcération et de travail..."catastrophiques"

Canalisations apparentes, fils électriques dénudés, escalier unique et étroit, la maison d'arrêt d'Ajaccio mise en service en 1878 est parmi les plus vétustes et les moins sûres des prisons françaises. Détenus, personnels administratifs et gardiens s'accordent sur ce point, l'état de délabrement n'est plus supportable, Raphael Baralini, délégué régional FO pénitentiaire.

« Catastrophique ! Il y a un mois de ça j’ai pu visiter l’établissement de Clairvaux, qui ferme, il n’y a pas un morceau de plâtre qui tombe ni une fissure dans le mur…si on ferme Clairvaux aujourd’hui je crois qu’on peut fermer même l’établissement de Borgo. Je n’arrive pas à comprendre, vu l’état de la maison d’arrêt d’Ajaccio, que personne ne se penche sur ces problèmes de sécurité et de conditions de travail des personnels mais aussi d’incarcération. »

Les détenus sont les premiers concernés par ce manque de sécurité et de salubrité. Depuis des années seuls des travaux de rafistolages ont été effectués quand l'établissement nécessiterait une remise aux normes totale, et souvent ce sont les pensionnaires eux-mêmes qui remédient aux problèmes, Lisandru Plasenzotti est un ancien détenu.

« L’administration, avec l’aide de certains détenus…qui ont des facultés dans certains domaines du bâtiment…fait en sorte de combler en mettant des cache-misères, tels quel la peinture…pour essayer d’accommoder au maximum la vie dans l’établissement, mais ce n’est pas comme ça qu’on fait avancer les choses…Les prisons sont les plus beaux endroits d’inventivité que l’on puisse trouver. »

L'observatoire international des prisons a donc demandé à la justice d'assigner l’État et de le forcer à faire les travaux nécessaires. La décision ne sera rendue que vendredi 23 décembre, la juge ayant demandé à l'administration pénitentiaire de fournir des pièces supplémentaires d'ici le 22 décembre afin de pouvoir se faire une réelle idée sur les dangers encourus par les détenus. Bien sur une fermeture de la prison entrainerait le transfert des détenus sur le continent, ce qui n'est pas envisageable pour le moment, c'est là toute la difficulté de ce dossier.