Société

Ancely : face aux incivilités, les habitants prennent les choses en main

Par Bénédicte Dupont, France Bleu Toulouse mardi 6 septembre 2016 à 17:05

Les attroupements ont lieu ici, sur la place intérieure, au pied des habitations.
Les attroupements ont lieu ici, sur la place intérieure, au pied des habitations. © Radio France - Bénédicte Dupont

Le quartier Ancely, au nord-ouest de Toulouse, près du CHU, n'est pas réputé pour être le carrefour des trafics et de la délinquance. Mais depuis cet été, des bandes d'adolescents font la loi en s'installant en bas des immeubles. Les habitants veulent reprendre possession de leur quartier.

"J'ai raconté ce qui se passait chez nous à une dame du Mirail, elle m'a dit "ah bah, vous avez les mêmes soucis que nous maintenant !". Michèle Frendo préside Reva (Rester Vivre à Ancely), l’association de seniors du quartier. Ancely, c'est l'histoire banale de ces quartiers plutôt paisibles, à la population assez âgée, qui se retrouvent un jour à devoir gérer les mêmes problèmes que les quartiers voisins, plus habitués à la délinquance et à l'insécurité.

REPORTAGE à Ancely de Bénédicte Dupont

Souvent, les ados se réunissent sous ce porche, passage stratégique entre la rue et la cité.  - Radio France
Souvent, les ados se réunissent sous ce porche, passage stratégique entre la rue et la cité. © Radio France - Bénédicte Dupont

Depuis la mi-juillet, dans la cour centrale de la résidence du Château, se regroupent jour et nuit des adolescents âgés de 12 à 14 ans selon eux. Ils traînent, roulent à scooter, font du bruit, urinent derrière les buissons et passent le temps comme ils l'entendent, parfois en dégradant les boîtes aux lettres, les poubelles ou les portes d'entrées. Des habitants ont bien cherché à les réprimander, ils ont eu en retour pour certains des représailles matérielles, des menaces, des intimidations. Et le soir venu, ce sont les "gros" qui débarquent, plus âgés, en voiture pour organiser leurs trafics. Eux, les "gros", ne viennent pas du quartier Ancely mais du Chemin de la Flambère (Purpan-Mirail) et de la Cité Blanche (Trouis-Cocus) devinent les habitants. Les petits leur servent de guetteurs.

Quand elle a un client, la coiffeuse referme la porte à clé derrière lui. Moi je ne dis plus rien, mon mari a râlé il y a dix ans, on a eu les quatre pneus crevés — Carine, une habitante retraitée

Le quartier se souvient en effet qu'en 2005 déjà, il y avait eu exactement le même problème. Les riverains avaient alors organisé des "sit-in", sorte de veilles citoyennes, où à plusieurs ils se réunissent à la nuit tombée au pied des immeubles pour occuper la place. Depuis quelques jours, c'est ce qu'il se passe aussi à Ancely, pour les plus motivés. Et après des débuts difficiles et plusieurs altercations, une amorce de dialogue a eu lieu lundi soir, la nuit a été plus tranquille.

Michèle Frendo, présidente de Réva (Rester vive à Ancely)

Ce n'est pas à nous de maintenir l'ordre chez nous ! — Michèle Frendo

Les habitants du quartier ont à nouveau solliciter les autorités. - Radio France
Les habitants du quartier ont à nouveau solliciter les autorités. © Radio France - Bénédicte Dupont

Manque de services publics ?

Les autorités ont été prévenus par courrier (cf. ci-dessus), la police aussi. D’ailleurs, les habitants ne souhaitent pas spécialement davantage de rondes policières "ça ne sert pas à grand chose, le quartier est un labyrinthe. Quand la police arrive, ils se faufilent" dit Christiane, une habitante.

Les résidents les plus âgés du quartier regrettent la sérénité passée d'Ancely. - Radio France
Les résidents les plus âgés du quartier regrettent la sérénité passée d'Ancely. © Radio France - Bénédicte Dupont

Ce que réclament certains, c'est davantage de services publics à Ancely. Ce serait même la poule, et la délinquance naissante, l'oeuf.

La piscine a fermé cet été, on n'a pas de maison de quartier active pendant les vacances. Ici en été, c'est le désert ! C'est la porte ouverte aux trafics de toute sortes — Mireille, maman de cinq enfants

L'esthéticienne a décidé de quitter les lieux, plusieurs autres commerçants l'ont précédé ces dernières années. "On veut juste vivre dans une cité agréable. On se sent un peu abandonnés", glisse une habitante.

Lundi soir, la porte d'un des immeubles a été caillassée. - Radio France
Lundi soir, la porte d'un des immeubles a été caillassée. © Radio France - Bénédicte Dupont

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