Société

À Annecy, la construction de la nouvelle mosquée repose uniquement sur les dons des fidèles

Par Marion Bastit, France Bleu Pays de Savoie et France Bleu mercredi 3 août 2016 à 11:21

L'association Nouvel avenir a déjà levé 600 000 euros de dons pour lancer les travaux de la nouvelle mosquée d'Annecy.
L'association Nouvel avenir a déjà levé 600 000 euros de dons pour lancer les travaux de la nouvelle mosquée d'Annecy. © Radio France - Marion Bastit

À Annecy, la nouvelle mosquée est en pleine construction. Coût des travaux : 1,5 million d'euros. L'association Nouvel avenir a déjà levé 40% de la somme, rien qu'avec les dons des fidèles de l'agglomération. Et pas question de demander de l'argent à l'étranger pour boucler le budget.

L’État français ne mettra pas d'argent public dans les mosquées. Manuel Valls avait évoqué cette possibilité. Mais pour François Hollande, pas question de revenir sur la loi de 1905. Par contre, l’État veut plus de transparence sur le financement des mosquées, parfois issu de l'étranger. Le président souhaite donc relancer la Fondation pour l'islam de France. Créée en 2005 pour centraliser le financement des mosquées, elle est paralysée par des divisions internes.

À Annecy, après quatorze ans de bataille juridique avec les riverains, les travaux de la nouvelle mosquée ont commencé fin avril rue des Alpins. Et le chantier avance bien, se félicite Ahmed Karboua, le président de l’association Nouvel avenir, qui porte le projet. « Le terrassement est fini, constate-t-il. Et les maçons posent le ciment des fondations. » L’association espère que la mosquée sera prête au printemps prochain. Mais pour cela, il faut déjà boucler le budget, qui s’élève à 1,5 million d’euros.

Objectif : 1.000 donateurs de l'agglo

En un an, l’association a déjà levé 600.000 euros, soit 40% de la somme, rien qu'avec les dons des fidèles. Ahmed Karboua les a scrupuleusement notés dans un grand cahier à carreaux. « Pour chaque don, il y a le nom, le prénom, l’adresse, le numéro de téléphone, montre-t-il. Et chaque donateur reçoit un reçu. » Annecy, Seynod, Rumilly… les 300 donateurs habitent presque tous l’agglomération.

"Si chacune des 3 000 familles qui ont le flyer donnent 500 ou 1 000 euros, le compte est bon", assure Ahmed Karboua. - Radio France
"Si chacune des 3 000 familles qui ont le flyer donnent 500 ou 1 000 euros, le compte est bon", assure Ahmed Karboua. © Radio France - Marion Bastit

L’association vise les 1.000 donateurs. Elle distribue donc des flyers à la sortie de la prière du vendredi. Au recto, une photo du chantier pour témoigner de l’avancée des travaux. Au verso, un bulletin détachable pour pouvoir faire un don. « On en a édité 3 .00 comme ça, explique Ahmed Karboua. Si on arrive à 3.000 dons, à raison de 500 ou 1.000 euros par famille, le compte y est. » Et si ça ne suffit pas, l’association fera le tour de France des mosquées pour récolter des dons.

Pas d'argent de l'étranger

Mais pour Ahmed Karboua, pas question d'accepter de l'argent de l'étranger. « Je ne vois pas pourquoi le Qatar, ou l’émir, ou qui que ce soit, viendrait donner de l’argent pour une mosquée chez nous, s’emporte-t-il. Nous, on ne veut dépendre de personne. Je ne veux pas qu’ils m’imposent leur point de vue, comment prier, quel genre de prêches il faut faire… Non, on vit en France, il y a des règles à respecter. » En contrepartie, il estime que l’État devrait aussi financer les mosquées.

Pour Ahmed Karboua, pas question d'aller chercher de l'argent à l'étranger pour financer la mosquée d'Annecy

Un constat que partage Toufik, qui tient une boucherie halal dans le quartier. « L’État comprend les musulmans, on paie nos impôts comme tout le monde, donc c’est normal », estime-t-il. Pour Souad, une cliente, c'est une question d'égalité. « Avant, les églises ont été construites par des fidèles, mais elles ont aussi été financées par l’État », rappelle-t-elle. Aujourd'hui encore, l’entretien des bâtiments de toutes les églises construites avant 1905, soit huit églises sur neuf, est financé par de l’argent public.