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Société

Aquarius : "Des canots continuent à partir et il n'y a personne pour les secourir"

mercredi 26 septembre 2018 à 12:15 Par Soline Demestre, France Bleu Belfort-Montbéliard et France Bleu

Les 58 migrants secourus par l'Aquarius vont pouvoir accoster à Malte et être accueillis dans plusieurs pays d'Europe. Mais le bateau humanitaire ne va pas pouvoir repartir tout de suite. Il vient d'être privé de pavillon pour la seconde fois en un mois. L'association SOS Méditerranée est inquiète.

L'Aquarius va devoir trouver un nouveau pavillon
L'Aquarius va devoir trouver un nouveau pavillon © Maxppp - GUILLAUME HORCAJUELO

Franche-Comté, France

Les 58 migrants secourus au large de la Libye par l'Aquarius vont pouvoir accoster à Malte. Mathilde Auvillain, ancienne journaliste originaire du Jura, est aujourd'hui chargée de communication pour l'association SOS Méditerranée. Elle a accepté de répondre à nos questions.  

Après de nombreuses tractations, la France, l'Allemagne, l'Espagne et le Portugal ont finalement accepté d'accueillir les 58 migrants secourus par l'Aquarius. Vous êtes soulagée ?

Mathilde Auvillain : "Le sentiment qui prévaut c'est le soulagement, oui, pour ces 58 personnes qui ont été secourues en mer, qui pour certaines sont à bord depuis plus de cinq jours, en pleine mer, qui dorment sur le sol en acier en attendant de savoir ce qu'elles vont devenir, des personnes qui vivent avec l'angoisse d'être renvoyées en Libye, vers l'enfer qu'elles viennent de fuir. Il y a des familles entières, des femmes dont une est enceinte, 14 enfants de moins de 13 ans. Donc oui, c'est le soulagement qui prévaut mais cette situation n'est pas normale, pas acceptable. Et le cauchemar n'est pas terminé puisque la météo ne va pas permettre le transbordement de ces personnes sur le bateau maltais qui doit les emmener à Malte."

L'Aquarius a été une nouvelle fois privé de pavillon cette semaine. Quelles sont les conséquences ?

Mathilde Auvillain : "Pour faire simple, le pavillon c'est comme une plaque d'immatriculation pour le bateau et aujourd'hui c'est comme si les Etats s'acharnaient à enlever la plaque d'immatriculation d'une ambulance qui va au secours de personnes en détresse. C'est quand même une situation scandaleuse. C'est du jamais vu dans l'histoire de l'industrie maritime de voir un bateau privé commercial, privé de pavillon deux fois en moins d'un mois. Aujourd'hui l'Aquarius doit faire route vers le port de Marseille où on va chercher une solution pour trouver un nouveau pavillon et pouvoir repartir au plus vite."

"On ne sait pas s'ils sont secourus ou si leur canot finit par couler"

Vous êtes le seul bateau humanitaire à secourir aujourd'hui les migrants en Méditerranée. Qu'est-ce qui va se passer si vous ne pouvez pas repartir ?

Mathilde Auvillain : "Des bateaux continuent de quitter les côtes libyennes parce que la situation en Libye n'est absolument pas stable. Il y a des combats tous les jours qui poussent des familles entières à quitter du jour au lendemain le pays et la seule alternative pour eux c'est la mer. Donc il y a des canots qui continuent de partir et il n'y a personne pour les secourir. On le voit aussi parce qu'il y a des pilotes volontaires avec un petit avion affrété par une petite organisation humanitaire française qui effectue des survols tous les jours et qui repèrent des embarcations en difficultés. Ils les signalent aux autorités maritimes mais ensuite on ne sait pas ce que deviennent ces gens. On ne sait pas si ces personnes sont secourues et emmenées en lieu sûr ou si leur canot finit par couler."

Aujourd'hui l'Italie refuse de continuer à accueillir les migrants secourus en Méditerranée. Elle estime qu'elle n'en a pas les moyens. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?

Mathilde Auvillain : "La situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui c'est le résultat d'un manque de solidarité européenne. L'Italie, depuis des années, fait face à ces arrivées, à cette crise humanitaire, avec beaucoup d'humanité. Elle est allée sauver des dizaines, des centaines de milliers de personnes. Mais on est aujourd'hui presque cinq ans après la tragédie de Lampedusa, quand un bateau avait fait naufrage au large de cette petite île italienne et que plus de 400 personnes étaient mortes sur nos côtes. Les corps ont été ramenés un à un sur les berges, alignés dans le hangar de l'aéroport. Les chefs d'Etats européens sont venus un par un se recueillir sur ces cercueils . Et aujourd'hui malheureusement on détourne le regard."