Société

Arbois et Poligny veulent réguler la cueillette de champignons par des Roumains

Par Florian Cazzola, France Bleu Besançon jeudi 5 octobre 2017 à 19:48

Des dizaines de cueilleurs, de nationalité roumaine, viennent chaque année dans le Jura pour ramasser des tonnes de "lactaires sanguins".
Des dizaines de cueilleurs, de nationalité roumaine, viennent chaque année dans le Jura pour ramasser des tonnes de "lactaires sanguins". © Maxppp - Philippe Trias

Depuis cinq ans, des dizaines de Roumains débarquent à Arbois et Poligny. Ils viennent cueillir des centaines de kilos de "lactaires sanguins" pour une entreprise espagnole. Pour réguler cette pratique, les deux communes touchées ont décidé d'adopter une convention. Une première dans le Jura.

Deux camionnettes blanches arrivent sur le parking de l'Intermarché, ce mercredi après-midi. Neuf Roumains en sortent, les vêtements couverts de boue. "La saison commence", lâche une des caissières en jetant son mégot de cigarette. "Ça fait maintenant cinq ans que ça dure", témoigne une cliente. En effet, tous les ans, au mois d'octobre, des dizaines de camions s'installent en bordure de forêt, pour cueillir des tonnes de "lactaires sanguins", ensuite revendus en Espagne.

Reportage dans le Jura, sur la cueillette des "lactaires sanguins"

Une cueillette illégale et qui agace les habitants

Les cagettes de champignons sont invisibles. Elles sont chargées en forêt avant de prendre la route de l'Espagne. "Il y a des gens qui repèrent les endroits où il y a des champignons, explique Laurent, un habitant d'Arbois qui se rend régulièrement forêt pour couper du bois. Il y a des personnes chargées de conduire les Roumains sur place. Il y a des camions qui viennent charger les cagettes de nuit et il y a des responsables de groupe, c'est très bien organisé."

D'après les témoignages de plusieurs habitants, les "champignonneurs" ramassent entre 10 et 30 kilos de "lactaires sanguins" au quotidien. Des chiffres largement supérieurs aux normes autorisées. Car, d'après l'arrêté préfectoral du Jura, une personne ne peut cueillir plus de deux kilos de champignons, quel qu'il soit, par jour. De plus, les cueilleurs étaient jusqu'à présent, et pour la plupart, employés illégalement, d'après le maire d'Arbois. Pour faire face à ce problème, les maires de Poligny et d'Arbois ont décidé de passer à l'attaque.

"Après leur départ, nous ramassons des mètres cubes d'ordures, affirme Bernard Amiens, le maire d'Arbois. Ils ne respectent pas la forêt. Ils font des campements pendant plusieurs semaines et lorsqu'ils quittent les lieux, ils laissent tout sur place." De retour des bois, Laurent, un habitant d'Arbois, s'arrête quelques minutes à l'entrée de la ville, son chien toujours en laisse. "Ils n'ont pas de toilettes, laissent tous les restes de nourriture sur place, regrette t-il. On retrouve des emballages de jambon, des cartons, des cagettes cassées, c'est insupportable."

D'après les témoignages de plusieurs habitants, les "champignoneurs" ramassent entre 10 et 30 kilos de "lactaires sanguins" au quotidien. - Radio France
D'après les témoignages de plusieurs habitants, les "champignoneurs" ramassent entre 10 et 30 kilos de "lactaires sanguins" au quotidien. © Radio France - Florian Cazzola

Une convention pour encadrer les cueillettes

Face à ces problèmes, l'ONF - l'Office national des forêts - a demandé aux maires de Poligny et d'Arbois de les aider à réglementer ces récoltes "sauvages". L'entreprise espagnole qui exploitait jusque là le site, a donc signé une charte. Elle lui permet de cueillir ces "lactaires sanguins" sans aucune limitation de poids. En contrepartie, elle est obligée d'employer légalement les cueilleurs, de les loger décemment et de nettoyer la forêt après leur passage.

Cette convention, une première dans le Jura, a donc été signée à la fin du mois de septembre par Dominique Bonnet, le maire de Poligny. Son homologue arboisien devrait signer un texte similaire d'ici quelques jours, mais il émet quelques réserves. "Elle sera difficilement applicable, explique Bernard Amiens. Elle a un gros défaut parce-qu'elle nous engage avec un partenaire qui jusqu'à présent intervenait chez nous illégalement. On régularise certes la situation, mais a-t-on les moyens de contrôler cette activité ?"

Les autres cueilleurs restent eux soumis à la réglementation actuelle en matière de ramassage de champignons. Et ça risque de faire grincer quelques dents dans le Jura.