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PHOTOS - Inauguration du nouvel arbre des fusillés à Venoy : "c'est l'endroit où mon père a perdu la vie"

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C'est un haut-lieu de la mémoire dans le département : le nouvel arbre des fusillés d'Egriselles a été inauguré ce dimanche à Venoy, devant plus de 250 citoyens, élus et anciens combattants. L'arbre avait été incendié le 14 juillet dernier par des vandales.

En plus du nouvel arbre des fusillés, 6 panneaux racontent l'histoire de ce lieu.
En plus du nouvel arbre des fusillés, 6 panneaux racontent l'histoire de ce lieu. © Radio France - Delphine Martin

L'arbre des fusillés se trouve dans une clairière, au fond d'une forêt aujourd'hui paisible. C'est ici que 43 résistants icaunais ont été fusillés entre 1942 et 1944. A cette époque, il y avait trois arbres. Un seul avait survécu et avait été conservé au nom de la mémoire. Mais il a été incendie le 14 juillet 2018 par des vandales.  

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Moins d'un an après, grâce à une souscription, un nouveau monument a été érigé. Un nouvel arbre en béton, réalisé par Yves Varanguin, sculpteur à Mailly-la-ville, se dresse donc désormais à côté de la stèle aux 43 noms. Et juste à côté, une création d'un autre artiste de l'Yonne, Pierre Marty à Fonetoy, faite avec les débris calcinés de l'arbre incendié.

Des balles retrouvées dans les cendres

Redonner un sens à ce bois brûlé, c'était une évidence selon le maire de Venoy, Christophe Bonnefond : "Nous voulions faire un nouvel arbre en béton mais nous ne pouvions pas jeter les cendres du véritable tronc. C'était impensable d'autant que lorsque nous avons récupéré ces morceaux d'arbre, nous avons trouvé des balles, que j'ai avec moi et que j'apporterai à chaque cérémonie", souligne l'élu, en tenant une petite boite dans sa main. A côté du monument, six panneaux permettront aux visiteurs et aux promeneurs de comprendre ce qui s'est déroulé, ici, entre 1942 et 1944. 

De nombreux anciens combattants ont participé à cette cérémonie. © Radio France - Delphine Martin

Un lieu de mémoire qui s'était dégradé, qui était squatté

Au moment de débuter la cérémonie, Jack Jeannin, un habitant d'Egriselles, est déjà très ému. Il vient ici depuis qu'il est enfant ."Mon papa étant dans la résistance, il m’amenait souvent ici. Mais au fil du temps, ce lieu a changé, s'est dégradé. C'est devenu un endroit squatté par des gens qui faisaient des barbecues etc... Cet incident, cette profanation a fait que tout le monde s'est indigné", explique-t-il. 

Des enfants ont lu les noms des 43 fusillés. © Radio France - Delphine Martin

Jack est heureux de cette cérémonie et du symbole qu'elle porte : "le plus beau, c'est que les enfants qui sont là aujourd'hui reviendront avec leurs propres enfants et pourront raconter l'histoire de ces gens. Qui sont tombés dans cet endroit inconnu, à l'écart. Vous imaginez qu'il y a des gens qui, au petit matin, ont été conduits en camion, qui avaient été trahis, et qui se sont retrouvés là ? Qui ont laissé leur vie ici ?Donc on n'a pas le droit d'abandonner leur mémoire ", conclut-il, la gorge serrée.

Oublier son passé, c'est s'appauvrir (Daniel Dufour)

La cérémonie émouvante a duré plus d'une heure, en présence de nombreux élus, officiels et anciens combattants. "Oublier son passé, c'est s'appauvrir" a déclaré Daniel Dufour, président du comité auxerrois du Souvenir français. Des enfants ont égrainé les 43 noms de ces martyrs. 

Dans le public, il y avait les filles de plusieurs fusillés, notamment Mauricette et Michelle, filles de Roger Tupinier et Gabriel Gasset. © Radio France - Delphine Martin

Dans le public, il y avait les filles de trois d'entre eux : Mauricette, Michelle et Jeannine, filles de Roger Tupinier , Gabriel Gasset et Jean Thibault. "C'est très émouvant pour moi. C'est la première fois que j'assiste à une cérémonie comme celle-là. Ma maman en avait l'habitude, elle portait toujours les drapeaux... mais bon... c'est comme ça. J'avais quand même 5 ans quand j'ai perdu mon père et ma mère déportée. Alors c'est dur", explique Mauricette Tupinier, en larmes. 

J'ai eu six ans le 19 août. Mon papa a été fusillé le lendemain (Jeannine Thibault)

"Quand on a six ans et qu'on voit son papa partir comme ça, c'est difficile. Et puis à l'école, on était mis à part. On était des enfants de terroristes à l'époque", ajoute Michelle Gasset. "J'ai eu six ans le 19 août et mon papa a été fusillé le 20. Le lendemain. Ce monument, c'est le dernier endroit où il a été vivant. C'est l'endroit où il a perdu la vie, où ils nous a laissé", conclut Jeannine Thibault.

Ils s'appelaient Jean, Gabriel, Emile, Marius... ils avaient entre 18 et 61 ans. Ils étaient ouvriers, agriculteurs, professeurs ou commerçants... et ils sont morts parce qu'ils ont résisté.

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