Société

Atteinte d’un cancer, une Vosgienne veut se faire euthanasier en Belgique

Par Mohand Chibani, France Bleu Sud Lorraine et France Bleu mercredi 4 octobre 2017 à 11:32

Françoise Griso, 57 ans
Françoise Griso, 57 ans © Radio France - Mohand Chibani

Françoise Griso, 57 ans est atteinte d’un cancer maxillo-facial depuis 17 ans. Après plusieurs récidives, elle a entrepris les démarches pour se faire euthanasier en Belgique. Elle se dit aujourd’hui apaisée. Elle a reçu France Bleu chez elle à Vervezelle, dans les Vosges.

Françoise Griso vit dans un petit pavillon situé à l’entrée de ce petit village entre Epinal et Bruyères. Elle a accepté d'ouvrir ses portes à France Bleu pour parler de son combat contre la maladie, mais surtout pour le droit à mourir dans la dignité.

Quelle est votre histoire ?

A 40 ans, j’ai développé un cancer maxillo-facial, on m’a opérée, on m’a enlevée tout le haut de la mâchoire, les dents, le palais, ensuite j’ai eu la chance d’avoir eu une rémission pendant 12 ans, puis en 2013, j’ai eu une récidive et à partir de là, c’était une catastrophe. J’ai dû arrêter de travailler et depuis les médecins prolongent ma vie, on essaie de gagner du temps, mais le cancer a pris le dessus, c’est irréversible et aujourd’hui on gère la douleur.

Je suis apaisée car j'ai trouvé une solution à ma fin de vie"

Comment faîtes-vous pour garder encore le sourire et ce dynamisme ?

Oui c’est vrai je garde le sourire parce que je tiens à mon image, je suis quelqu’un de très positif, et je donnerai toujours le meilleur de moi-même. Mais si je garde le moral, c’est aussi et surtout parce que j’ai trouvé une solution à ma fin de vie et le fait d’avoir préparé un dossier en Belgique pour aller mourir le moment voulu par euthanasie active, c’est un soulagement pour moi. Ça me donne des ailes, ça me permet de me consacrer rien qu’à ma maladie et je pense même que je peux encore gagner du temps parce que j’ai le moral, parce je me bats, parce que je ne suis pas parasité par des idées négatives qui m’envahiraient si je n’avais pas cette porte de sortie.

Françoise Griso lutte contre un cancer depuis 17 ans - Radio France
Françoise Griso lutte contre un cancer depuis 17 ans © Radio France - Mohand Chibani

Votre décision est-elle irrévocable ?

Oui absolument. Même si, ni moi, ni les médecins ne savons combien de temps je peux encore vivre. Ce qui est sûr, c’est que le cancer me mange doucement. Un jour, j’aurai des métastases au cerveau, ou je ferai un AVC ou une crise d’épilepsie ou autre. Je ne sais pas, ça peut être dans 6 mois, 1 an, 2 ans, je ne sais vraiment pas.

Je ne veux pas terminer dans un mouroir"

Votre démarche peut-elle être assimilée à un suicide ?

Non, absolument pas ! Pour moi, un suicide, c’est quelqu’un qui met un terme à sa vie avant qu’elle ne soit finie. Alors que moi, le jour où j’irai mourir en Belgique, c’est que vraiment ma vie sera finie. Vous vous rendez compte ce qu’est une vie dans un mouroir ? Je ne veux absolument pas terminer comme cela.

Qu’en pense votre famille ?

C’est une question qu’on me pose souvent. J’ai une mère qui a 86 ans, j’ai des frères et sœurs et j’ai trois enfants de 28, 34 et 36 ans et tous me soutiennent dans cette démarche. Dans notre famille, tout le monde se respecte. Jamais l’un imposera son choix à l’autre. Mais c’est vrai, mes enfants sont tristes. Ils savent que je vais surement mourir avant l’heure mais ils savent aussi que je vais mourir comme je l’ai souhaité, c’est-à-dire surement avec des petits gâteaux, du champagne et le sourire aux lèvres. Je ne veux surtout pas qu’ils me voient dans le mouroir de l’hôpital de Bruyères, amaigrie, sans appareil. Je ne veux en aucun cas laisser cette image de moi. Je refuse cette idée, et je veux qu’on respecte ma manière de voir les choses.

En France, on meurt très mal !"

Votre conscience est-elle apaisée aujourd’hui ?

J’ai la trouille comme tout le monde mais ma conscience est apaisée oui ! Je ne sais pas quel sera mon état lorsque la fin arrivera mais j’ai mis toutes les chances de mon côté pour que ça se passe bien. Et encore une fois, je veux surtout m’éviter ce passage d’agonie et de souffrance que vivent 90% des Français. Reconnaissons qu’en France aujourd’hui, on meurt mal et contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, les gens souffrent. Ceux qui ont fait ce choix, ça les regarde. Mais que tous ceux qui ne veulent pas souffrir puissent avoir un autre choix, c’est là tout mon combat.