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Société
Dossier : Attentat mortel à Strasbourg sur le marché de Noël

Attentat de Strasbourg : "Nous avons pris conscience que personne n’est totalement à l’abri hors de son foyer"

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Alsace, France Bleu Elsass, France Bleu, France Bleu Belfort-Montbéliard, France Bleu Lorraine Nord, France Bleu Sud Lorraine

Le 11 décembre 2018, l'attentat de Strasbourg a fait cinq morts et une dizaine de blessés. Néanmoins le nombre de personnes impactées par cette attaque est bien plus large. Un an plus tard, nous abordons les possibles impacts à court et long terme avec une chercheuse.

Hommage aux victimes de l'attaque du 11 décembre rue des Orfèvres, près du marché de Noël à Strasbourg, le 21 décembre 2018.
Hommage aux victimes de l'attaque du 11 décembre rue des Orfèvres, près du marché de Noël à Strasbourg, le 21 décembre 2018. © Radio France - Corinne Fugler

Strasbourg, France

Strasbourg s'apprête à commémorer le premier anniversaire de l'attentat qui a fait cinq morts et une dizaine de blessés le 11 décembre 2018. Un an après, nous évoquons l'impact de ce type d'événement sur la population avec Evelyne Josse, psycho-traumatologue et victimologue, chargée de cours à l'université de Metz.

France Bleu : "Nous sommes un an après l'attentat de Strasbourg, que peut provoquer cette première date anniversaire ? "

Evelyne Josse : "Les commémorations réveillent et attisent inévitablement les souffrances, en particulier pour les personnes touchées de près par l’attentat. Il faut s’attendre à ce qu’elles éprouvent davantage d’anxiété, qu’elles se sentent plus tristes qu’à l’accoutumée, que leur sommeil soit perturbé et que des images liées à l’attentat leur reviennent en mémoire de façon intempestive durant quelques jours.

Malgré ces réactivations douloureuses, ces actes commémoratifs jouent globalement un rôle positif. Pour les victimes et leur entourage, ils offrent un cadre social dans lequel exprimer leur douleur et recevoir les témoignages de soutien de la communauté." 

"Pour les autorités locales et nationales, pour les Strasbourgeois et plus largement, pour les Français, c’est un moyen de rendre hommage aux défunts et aux blessés ; c’est une façon de manifester qu’ils ne sont pas oubliés."

Les commémorations donnent une dimension collective au drame - Evelyne Josse

"En traduisant l’idée que chacun a traversé, à sa façon, la même épreuve, les commémorations donnent également une dimension collective au drame. Elles aident à réaffirmer les valeurs et l’idéal qui unissent les Français, comme la liberté d’expression et de circulation, la fraternité, la tolérance, la solidarité, etc. Et dernier point, les commémorations participent au devoir de mémoire."

France Bleu : On parle de stress post-traumatique après un attentat, dans quelle mesure les symptômes perdurent-ils ? 

"Tout d’abord, je voudrais rappeler qu’il existe de grandes différences entre individus dans la façon d’exprimer leurs sentiments et de faire face à la souffrance. Les réactions à un acte terroriste varient d’une personne à l’autre et dépendent de leur personnalité, de leurs antécédents et bien entendu, comme vous le dites, de leur degré d’implication dans les attentats. Plus elles ont été impliquées et plus elles risquent, en effet, de souffrir d’un état de stress post-traumatique. 

Les endeuillés, les blessés, les personnes qui en ont vu d’autres se faire tuer ; celles qui sont venues en aide aux blessés et les ont vu souffrir, saigner ou mourir ; celles qui ont croisé la mortelle randonnée de Chérif Chekatt sans toutefois avoir été personnellement attaquées ; toutes ces personnes ont un risque accru de développer des troubles sur le long terme. C’est également le cas de celles qui ont subi des événements traumatiques plus tôt dans leur vie."

"Pour vous donner une idée de l’importance de ce trouble post-traumatique, je vais vous donner quelques chiffres. En France, parmi les victimes des attentats à l’explosif perpétrés entre 1982 et 1987, 30,7 % des blessés graves et 10,5 % des impliqués indemnes présentent des troubles manifestes plus de dix ans après les faits. Les recherches menées suite à la deuxième vague d’attentats en 1995 et 1996 en France donnent des chiffres équivalents. Un traumatisme peut devenir chronique et se perpétuer sur le long terme. Les symptômes peuvent donc être les mêmes six mois après les attentats, un an ou deux ans après."

France Bleu : En dehors de l’Alsace, on a beaucoup moins entendu parler de l'attentat de Strasbourg que de ceux de Paris ou Nice, pourquoi selon vous ? Une sorte de fatalisme se développe-t-il ?

"Cet attentat a fait moins de morts que ceux de Paris et de Nice. C’est certainement un des facteurs explicatifs. Un autre facteur, c’est l’adaptation. Je ne dirais pas fatalisme mais adaptation. On a remarqué dans les pays agités par la violence terroriste que lorsque les massacres collectifs se répètent, les réactions de la population sont fortement corrélées à l’intensité et à la fréquence des situations. Si les attentats sont de faible ampleur, par exemple, des attaques violentes ponctuelles sur une ou deux personnes commises par des déséquilibrés, et/ou peu fréquents, la majorité des individus s’adaptent au risque.

Et je pense qu’il y a troisième facteur. De mon point de vue, cet attentat ne nous a rien appris de neuf par rapport à notre vulnérabilité. Depuis les attentats de Paris en 2015, l’évolution des modes opératoires des terroristes nous a fait prendre peu à peu conscience que nous sommes tous une cible potentielle et qu’il n’est nul besoin de posséder un armement militaire sophistiqué et coûteux pour commettre un massacre. Avec les assauts meurtriers portés contre la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher, les victimes étaient visées en raison de leur profession ou de leur confession."

"La France a été bouleversée, bien sûr, et d’autant plus que c’était tout à fait inattendu à l’époque, mais on pouvait se sentir en relative sécurité si on n’était ni dessinateur engagé ni juif. Au fil des attentats, nous avons pris conscience que personne n’est totalement à l’abri hors de son foyer. 

J’ai le sentiment que le retentissement émotionnel des attentats précédents est partiellement le fruit de cette prise de conscience : les jeunes peuvent être une cible avec le massacre du Bataclan et des terrasses à Paris ; tout un chacun, y compris les enfants, peuvent être visés avec l’attaque à Nice ; tout le monde peut se procurer une arme comme le camion de location pour l’attentat de Nice, etc."

France Bleu : Lors de vos recherches sur l’impact à court terme et à long terme des attentats, avez-vous détecté des comportements particuliers que les attentats font émerger dans la population ?

"Oui, les attentats laissent des traces sur le long terme. Dans l’immédiat après-coup des attentats, on voit fleurir des théories complotistes, des théories qui remettent en cause les faits, dénoncent des machinations et autres conspirations. Et ces théories sont pérennes. Elles traversent les décennies. 

Prenons les attentats du 11 septembre 2001. Un sondage réalisé 15 ans plus tard, à l’automne 2016, par l’institut Odoxa, révèle que 65% des Français considèrent qu’on leur a caché quelque chose. Ce sentiment est plus marqué encore chez les moins de 25 ans, au point de concerner 75% des interrogés. 

Les thèses complotistes trouvent un écho de plus en plus important au sein de la population et touche particulièrement les jeunes. En ce qui concerne les attentats meurtriers de Paris, pour les complotistes, ils sont une mise en scène manigancée par les services secrets. En faisant croire à un attentat islamiste, leur but serait d’attiser la haine envers les musulmans. 

Le sondage de l’Ifop révèle que 19% doutent de la version officielle de l’attentat de Charlie Hebdo estimant que des zones d’ombre subsistent et 3% jugent qu’il y a eu une manipulation dans laquelle les services secrets ont joué un rôle déterminant." 

"Les jeunes sont particulièrement sensibles aux théories du complot. 30% des 18-24 ans et 27% des moins de 35 ans sont d’accord avec l’affirmation que « les groupes terroristes jihadistes comme Al-Qaïda ou Daech sont en réalité manipulés par les services secrets occidentaux » alors que seuls 8% des plus de 65 ans y souscrivent. C’est inquiétant, de plus en plus, les gens doutent de ce qu’ils voient et de ce qu’ils entendent, ils ne se fient plus qu’à leur seule imagination.

L’effondrement de l’économie, l’injustice sociale, la montée des inégalités, les crises financières, les abus de biens sociaux et la corruption, la crise migratoire, les crises écologiques et environnementales contribuent à altérer la confiance des citoyens à l’égard des dirigeants. Et on sait aujourd’hui que la suspicion à l’égard des autorités créée les conditions favorables au complotisme.

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