Société

Attentats de Paris : Radio France conteste la mise en demeure du CSA pour "manquements graves"

France Bleu jeudi 12 février 2015 à 16:51 Mis à jour le vendredi 13 février 2015 à 10:22

Le CSA a décidé de 21 mises en demeure après les attentats de Paris
Le CSA a décidé de 21 mises en demeure après les attentats de Paris © MaxPPP

Le Conseil supérieur de l'Audiovisuel a prononcé ce jeudi après-midi pas moins de 21 mises en demeure contre des radios et des chaînes de télévision, en raison de leur traitement des attentats de Paris début janvier. Le CSA a également émis 15 "mises en garde", moins graves. France Info, qui figure dans cette liste, proteste.

Il n'y aura pas de sanction concrète, mais la mise en demeure du CSA est une décision sévère à l'encontre des médias concernés : le Conseil supérieur de l'audiovisuel estime que plusieurs radios ou chaînes de télévision ont commis des "manquements graves" dans leur couverture des attentats de Paris, au mois de janvier, au cours desquels 17 personnes ont été tuées. En tout 21 mises en demeure ont été prononcées ce jeudi après-midi.

L'avertissement le plus vaste concerne 7 chaînes de télé et 6 radios : BFMTV, Euronews, France 2, France 24, iTélé, LCI, TF1, Europe 1, France Info, France Inter, RFI, RMC et RTL sont pointées du doigt pour avoir annoncé de manière prématurée l'assaut sur l'imprimerie de Dammartin-en-Goële , alors même que la prise d'otages de la Porte de Vincennes, dans le magasin Hyper Casher, était toujours en cours, et que l'on savait que le preneur d'otages, Amedy Coulibaly, voulait que les frères Kouachi soient laissés libres. 

Des mises en demeure pour avoir annoncé la présence d'otages cachés

Mais ce n'est pas tout : France 2, TF1 et RMC sont également mises en demeure pour avoir signalé la présence d'un salarié dans les locaux de l'imprimerie de Dammartin. Celui-ci avait réussi à se cacher : l'annonce par ces trois médias de sa présence sur place aurait pu mettre les terroristes sur sa piste. Même motif pour la dernière mise en demeure, celle de BFMTV et LCI, qui ont annoncé qu'il y avait probablement une ou plusieurs personnes dans la chambre froide de l'Hyper Casher . Enfin, France 24 est aussi mise en demeure pour manquement au "respect de la dignité de la personne humaine", pour avoir montré la vidéo du meurtre du policier Ahmed Merabet par les terroristes. 

Ces mises en demeure font office de premier avertissement : en cas de nouveau manquement, des sanctions concrètes pourront être prises, et peuvent même aller – en théorie – jusqu'à l'interdiction d'émettre. En outre, 15 mises en garde, des décisions moins graves, ont également été prononcées par le CSA : France 3 et Canal + ont par exemple été mises en garde pour "trouble à l'ordre public", pour avoir montré les images de l'assaut sur l'Hyper Casher, dont les tirs sur Amedy Coulibaly.

Radio France proteste

Le groupe Radio France a fait part de sa surprise et de son étonnement face à cette mise en demeure et examine toutes les possibilités de recours contre cette sanction : "Ils nous reprochent d'avoir dit sur l'antenne de France Info : il se passe quelque-chose à Dammartin-en-Goële, il y a des coups de feu" , explique Erik Kervellec, directeur de la rédaction de France Info.

"C'est l'un des reporters de France Info qui a décrit la scène. Si on nous avait dit 'Il va y avoir une intervention', nous sommes des gens responsables. Nous n'aurions pas communiqué et dit des choses qui étaient de nature à faire dégénérer la situation. Mais à aucun moment nous n'avons reçu une consigne de ce type de la part des autorités compétentes. Nous contestons cette mise en demeure, nous ne la comprenons pas. Et nous envisageons des recours pour faire revenir le CSA sur cette sanction que nous jugeons parfaitement injustifiée".