Société

Attentats du 13 novembre : "Je ne pense pas qu’on puisse oublier", Jules Frutos, co-directeur du Bataclan

Par Jonathan Landais, France Bleu Berry et France Bleu vendredi 11 novembre 2016 à 7:40

JULES FRUTOS
JULES FRUTOS © Maxppp - Maxppp

Un an après les attentats du 13 novembre, le Berrichon Jules Frutos, né à Bourges, co-directeur du Bataclan, s’est confié à France Bleu Berry juste avant la réouverture et le concert de Sting, le 12 novembre.

Comment va-t-il un an après les attentats ? "Moi ça va, merci. Et vous ?". Une réponse en forme de pirouette, comme pour mettre à distance l’actualité du moment, marquée par les commémorations des attentats 13 novembre. "L’actualité est là, c’est indéniable, mais en réalité on n’a pas replongé, on est dans l’évolution, on se projette vers l’avenir ".

Dans un entretien de dix minutes accordé à France Bleu Berry, le berrichon Jules Frutos, 64 ans, co-directeur du Bataclan se confie avec pudeur sur l’année écoulée, la manière dont il a surmonté les événements, les travaux achevés et le concert de Sting, samedi soir.

J’ai passé l’année à travailler sur la reconstruction

Le soir de l’attaque du 13 novembre, Jules Frutos n’était pas au Bataclan. Il s’est rendu sur place vingt minutes après l’arrivée des terroristes, vers 22h, pour guider les secours. Il a vu les corps, les blessés. "Je ne pense pas qu’on puisse oublier. Après, la vraie question, c’est… que veut-on garder ? comment veut-on le garder ? est-ce qu’on veut se protéger et surtout s’apaiser ?".

"Ce sont des réponses personnelles, chacun a son chemin, le mien a été considérablement aidé car très vite les travaux ont remis tout le monde dans une dynamique très positive, même si tout ça est très fragile (…) mais aujourd'hui mes pensées vont sur le demain, l’après".

On est un peu à fleur de peau, c’est vrai

Avec ces commémorations, les souvenirs reviennent, forcément. "J’arrive à gérer les choses, on se protège, j’évite d’être agressé par des propos ou des paroles qui sont parfois très banales, mais qui dans ce contexte, peuvent faire resurgir des émotions. Avec les commémorations, il y a toute la souffrance qui revient, les victimes etc…"

"On a organisé deux visites du Bataclan avec les victimes en mars et en octobre dernier, pour qu’elles puissent revoir la salle, l’évolution des travaux, se recueillir, elles en avaient besoin. Tout ça fait partie d’un parcours qui aide, mais qui fait aussi qu'aujourd’hui, quand on a des appels, des invitations, sollicitations… on est un peu à fleur de peau, c’est vrai... "

Une sœur à Saint-Doulchard

LE BATACLAN APRES TRAVAUX - Maxppp
LE BATACLAN APRES TRAVAUX © Maxppp - Maxppp

Jules Frutos, 64 ans est né et a grandi à Bourges. L’une de ses soeurs habite encore à Saint-Doulchard (Cher). Le Berry a-t-il été pour lui une terre de ressources et de repos après les attentats ? "Je suis passé, mais pas beaucoup, en réalité je n’ai pas vraiment opté pour le repos, j’avais plutôt besoin d’une activité non-stop… (sourires)… c’est la solution que j’ai trouvée la plus proche de ce que je suis".

"Mais oui bien sûr, je suis passé en Berry, je suis allé plusieurs fois à Saint-Doulchard chez ma sœur, j’ai erré un peu dans Bourges, mais je ne suis pas resté longtemps".

L’angoisse de la réouverture

Le Bataclan rouvre samedi soir, 12 novembre avec un concert de Sting. "C’était fondamental de pouvoir rouvrir avant la date du 13, pour moi ça a même été une angoisse pendant un bon moment, parce qu’il était hors de question, d’avoir des commémorations le 13 et d’avoir une salle qui ouvrirait après… je voulais vraiment qu’il y ait de la musique avant".

"Les travaux ont été longs. Toutes les entreprises ont travaillé merveilleusement bien, sans aucune fuite d’images, de photos, il y a eu plus de 100 ouvriers pendant plusieurs mois et rien n’a fuité. Mais il a fallut gérer la disponibilité des artistes d’une façon un peu tardive, c’est ça qui a été compliqué ».

Une salle refaite à l'identique

« Il y a un peu de déco dans le hall. Mais dans la salle, tout a été cassé et refait à l’identique (…) on s’est posé la question au début, est-ce qu’on change la configuration ? Parce que c’est quelque chose de très perturbant… Et on est tous tombé d’accord sur le fait qu’on n’avait pas le droit, et surtout pas l’envie, de changer cette salle, ce qui avait fait son identité, sa vie. En revanche il fallait tout refaire".

A quoi va ressembler la soirée avec Sting ?

"Ce sera un concert normal, avec ses nouveaux morceaux, seulement un concert, rien d’autre, pas de discours, c’est ce qu’on souhaite, je pense que c’est la meilleure réponse à apporter". Des victimes du Bataclan et leurs proches ont été invités au concert de Sting. Dimanche 13 novembre, le Bataclan restera fermé. "En extérieur, il y aura effectivement des commémorations, mais la salle sera fermée".

Propos recueillis par Jonathan Landais. L’interview de Jules Frutos diffusée dans le 6-9 de France Bleu Berry est à réécouter en intégralité ici ▼

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