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Chaunu : "Avant on nous prenait pour des dessinateurs de Mickey, maintenant on est un peu devenus des Jean Moulin"

Par Philippe Thomas, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) jeudi 7 janvier 2016 à 12:52

Le dessin réalisé cette semaine pour le journal Liberté
Le dessin réalisé cette semaine pour le journal Liberté - Chaunu

Un an après les attentats de Charlie Hebdo, le caennais Emmanuel Chaunu note que le regard sur son travail a changé. A l'excès même, parfois, reconnait-il. Une certitude en tout cas : son métier se retrouve aujourd'hui en première ligne.

La couverture de Charlie Hebdo qui représente cette semaine un dieu barbu, armé d'une kalachnikov et à l'habit ensanglanté ne convainc pas vraiment Chaunu. Une "une" un brin "politiquement correct" estime le dessinateur qui choisit ses mots pour s'en expliquer : "est-ce que le problème, c'est tous les croyants ? Je ne crois pas. On a un vrai problème avec le monde musulman qui lui-même est victime de ces fous. Et d'ailleurs, il y a énormément de voix dans l'islam qui s'élèvent pour dire il faut qu'on réfléchisse à ce qu'on est, à ce qu'on produit." Mais qu'on ne s'y méprenne pas, ni sur sa vision du monde, ni sur ce qu'il pense du journal : "Charlie est quelque chose de sacré, mais on peut critiquer une "une", il peut y avoir un débat pour savoir si une caricature est drôle ou pas" explique Chaunu.

Le dessin retenu par Ouest-France - Aucun(e)
Le dessin retenu par Ouest-France - Chaunu

"J'ai dessiné Mahomet mais avec les mains sur le visage"

Pourquoi dessiner le prohète le visage masqué ? "Parce que j'ai plutôt envie que mon pays soit dans la paix" explique Emmanuel Chaunu, avant de poursuivre en tant que féru d'histoire : "je n'oublie pas que les armées qui nous ont libérés, que ce soit en 14-18 ou en 39-45, ce sont pour partie des gens d'Afrique du Nord, des Maliens,  des Sénégalais qui sont pour certains des musulmans." Une bonne raison, pour lui, d'éviter les amalgames. La question de la religion reste de toute façon tabou, souligne le dessinateur.

Le dessin de l'Union de Reims - Aucun(e)
Le dessin de l'Union de Reims - Chaunu

"Pas de caricature sans culture"

Toute sa vie on a dit à Chaunu qu'il faisait des "petits dessins", mais avec l'attentat du 7 janvier la vision a changé, passant "d'un dessinateur de Mickey à celle d'un Jean Moulin." Bref à l'extrême inverse dans l'opinion publique, quitte à manquer de nuances. Mais l'important surtout pour Chaunu est qu'il n'y a "pas de caricature sans culture." Exemple à l'appui : le dessinateur a reçu des menaces de mort suite à un dessin sur le petit Aylan, représentant l'enfant mort sur une plage avec un cartable sur le dos et ce titre : "c'est la rentrée." De qui venait la menace ? Pas d'un intégriste, mais d'un adolescent de 14 ans. Ce qui amène le dessinateur à cette réflexion : "tout passe par l'éducation. On va mettre beaucoup de moyens dans les forces de police et c'est tant mieux. Mais on a aussi une autre armée dans la République, c'est celle des enseignants qu'il faut bien former parce que tout passe par là."

Réécoutez l''interview de Chaunu sur France Bleu Normandie

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