Société

Rencontre avec les migrants syriens de la Savoie

Par Maxime Fayolle, France Bleu Pays de Savoie et France Bleu dimanche 17 janvier 2016 à 4:22

Asaad et ses deux plus jeunes filles
Asaad et ses deux plus jeunes filles © Radio France - Maxime Fayolle

Ce dimanche, l'Eglise catholique organise la 102eme journée du migrant et du réfugié après une année 2015 où les migrants ont souvent été pointés du doigt. En Savoie, onze familles de migrants syriens sont arrivés depuis novembre dernier.

Ammar et Nasr s'occupent de l'association Savoie Syrie solidarité. Tous deux syriens, ils sont arrivés en France il y a une dizaine d'années pour leurs études. Nasr est professeur de mathématiques, Ammar est ingénieur. Souvent, les deux amis visitent les familles syriennes arrivées en Savoie il y a deux mois à peine. Ce samedi, un épais manteau blanc recouvre les trottoirs et les voitures. "Fais une boule, on va la monter à Asaad" rigole Nasr. Asaad, c'est ce père de famille de 43 ans, qui est arrivé à St Alban Leysse en novembre dernier avec sa femme, Nariman et ses quatre enfants, un garçon et trois filles.

La porte de l'appartement s'ouvre ... et le projectile neigeux échoue dans le salon d'Asaad. Le grand brun aux yeux bleus clairs et profonds rigole. Moins sa dernière fille, apeurée qui se met à pleurer.

"J'étais la cible de menace en Syrie"

Malgré les pleurs, le climat est détendu dans la famille. Cela fait près de 3 ans qu'ils ont quitté la Syrie. Ils ont d'abord trouvé refuge en Egypte puis en France, où ils ont été sélectionnés par le Haut Commissariat aux Refugiés de l'ONU. "En Syrie, j'étais journaliste. J'étais devenu la cible de menace de la part du régime. On a dû fuir en laissant tout derrière nous. Il reste encore une partie de ma famille là bas, mes parents, mes soeurs. Je les contacte par Skype souvent." Pas tout le monde n'a eu la "chance de quitter le bourbier syrien", matraqué par Bachar el Assad et l'Etat islamique.

Venir en France est un rêve pour Asaad. "C'est le pays des droits de l'Homme. Si nous avons entamé une révolution en Syrie, c'est pour ressembler au modèle français de liberté d'expression." Le pays des droits de l'Homme qui s'est pourtant distingué par une peur de l'autre pendant toute la crise des migrants. Pourtant, Asaad n'a pas eu peur de l'accueil qui allait lui être réservé : "la France est une terre de tolérance. Dans la rue, j'ai vu la solidarité envers nous, les syriens. J'étais impressionné de cet accueil."

La scolarité, la priorité

Le migrant, pilleur d'allocations, Asaad connait la chanson : "Je ne suis pas là pour demander des aides, pour l'assistanat. Le plus important pour moi, c'était que mes enfants puissent être scolarisés. J'ai quatre enfants de 14, 13, 8 et 6 ans. Ils vont à l'école aujourd'hui et apprennent à parler le français."

En témoignent les quelques mots de son seul garçon : "Je m'appelle Mohammed et j'ai 13 ans. Je vais à l'école Jules Ferry à Chambéry" dit le jeune garçon aux lunettes jaunes avec un léger accent. "Il commence à s'intégrer, il est serein" précise Ammar, le traducteur. S'intégrer, c'est la volonté d'Asaad et de sa famille ... ses filles ont d'ailleurs dessiné des drapeaux de la France avec écrit "Je t'aime Fransa" au centre. Signe de leur reconnaissance à ce pays des droits de l'Homme qui les accueille. Un accueil temporaire pour le moment car Asaad et Nariman n'ont pas reçu de titre de séjour. Le statut de réfugié politique a été demandé, et la demande est en cours de traitement. Après l'avoir obtenu, Asaad veut prendre des cours de français pour retrouver un travail et pouvoir payer son loyer. Leur appartement est pour l'instant prêté par l'association Adoma.

Le reportage à réécouter :

Le reportage chez Asaad et Nariman de Maxime Fayolle