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Société

Béarn : demande d'asile rejetée pour une Nigériane dont la fillette risque l'excision

lundi 14 janvier 2019 à 5:56 Par France Bleu Béarn, France Bleu Béarn et France Bleu

À Pau, la demande d'asile de Juliet, une Nigériane de 40 ans, a été rejetée. Elle a fui son pays en 2016 : la famille de son mari menace d'exciser leur fille de 10 ans. Une mutilation génitale officiellement interdite au Nigeria depuis quatre ans, mais toujours pratiquée.

Juliet, Nigériane de 40 ans, a fui son pays en 2016 pour protéger sa fille qui risque d'être excisée
Juliet, Nigériane de 40 ans, a fui son pays en 2016 pour protéger sa fille qui risque d'être excisée © Radio France - Jeanne Daucé

Pau, France

"Je veux protéger ma fille." Ce message, Juliet le répète sans relâche. Il y a trois ans, elle a quitté le Nigeria avec ses trois enfants, car la famille de son mari veut exciser leur fille de 10 ans. C'est-à-dire lui faire subir une mutilation génitale, qui consiste à couper tout ou partie du clitoris. Une pratique interdite au Nigeria depuis 2015. Mais dans ce pays d'Afrique de l'ouest, les familles traditionalistes continuent à pratiquer cette mutilation génitale sur les fillettes, dès l'âge de cinq ans voire avant. Selon une étude de l'Unicef en 2016 sur les mutilations sexuelles féminines, un quart des femmes nigérianes de 15 à 49 ans ont été excisées.

Contrairement à bon nombre de Nigérianes, Juliet a de la chance : elle n'est pas excisée, car ses parents l'ont toujours refusé. Un fait connu de son époux, mais caché à sa belle-famille. Pour leur fille, c'est différent : le mari de Juliet se range du côté de ses proches, mettant en avant la tradition. 

Car la belle-famille de Juliet fait pression pour que l'enfant soit excisée. La grand-mère affirme même à sa petite-fille que l'excision est une chose positive pour les femmes. "Elle lui a dit que ce n'était pas douloureux, que ça l'aiderait à devenir une belle femme, et que comme ça, elle n'irait pas à droite, à gauche avec différents hommes", témoigne Juliet. En clair, une femme excisée, et donc sans plaisir sexuel, ne sera pas tentée de tromper son mari. Alors Juliet a dû raconter à sa fille la vérité sur l'excision, notamment la douleur, les fortes pertes de sang et les risques de mourir après l'intervention : "Cela fait très peur à ma fille, elle en a beaucoup pleuré. J'ai le devoir de la protéger."

Juliet témoigne de l'inquiétude de sa fille de 10 ans

Dernière demande d'asile rejetée

Alors Juliet cherche à fuir. Elle contacte ses parents. Après quelques jours sans nouvelles, elle apprend qu'ils ont été tués par le groupe terroriste Boko Haram, qui sévit dans la région. Elle se tourne alors vers les autorités nigérianes, en vain. "Je suis allée voir la police, et aussi un avocat. Il m'a dit que ce n'était pas possible (de m'aider) car l'excision est un problème culturel, une tradition."

Juliet a cherché de l'aide auprès des autorités nigérianes, en vain

Juliet espère alors que son mari changera d'avis. Peine perdue : elle surprend une conversation entre son époux et l'oncle de celui-ci, qui planifient l'excision de la fillette. Quelques jours plus tard, pendant un séjour en Suisse en famille, Juliet s'enfuit et rejoint la France avec ses trois enfants.

La famille arrive à Pau début 2016. Elle s'y sent en sécurité : les enfants de 7, 10 et 12 ans sont très intégrés et travaillent bien à l'école. La dernière demande d'asile de Juliet a été rejetée, mais elle ne perd pas espoir. Elle sait que retourner dans son pays est "dangereux. Ma fille ne veut pas retourner au Nigeria : c'est sûr que si on y repart, elle sera excisée. Et peut-être que moi aussi, car il est maintenant possible que ma belle-famille soit au courant que je ne suis pas excisée. Mais l'important, c'est la sécurité de ma fille."

Pour soutenir Juliet, contactez l'association "Solidarité Juliet" au 06 71 65 67 34.

Reportage de Jeanne Daucé