Société

A Besançon, une maison accueille des résidents en fin de vie

Par Anne Pinczon du Sel, France Bleu Besançon mardi 20 septembre 2016 à 20:53

Un terrain de pétanque a été aménagé dans le jardin cet été
Un terrain de pétanque a été aménagé dans le jardin cet été © Radio France - Anne Pinczon du Sel

C'est un lieu unique en son genre. La Maison de Vie à Besançon peut accueillir jusqu'à 12 résidents, en séjour de répit ou en fin de vie. Elle a été crée en 2011 à titre expérimental, mais depuis 2014 c'est devenu un établissement médico-social à part entière.

"On se croirait à la campagne ici, j'ai jamais vu une maison comme ça." Corinne est attablée dans le jardin, avec son amie Babeth à qui elle vient rendre visite régulièrement. Mais ici ce n'est pas le jardin de Babeth, ni sa maison d'ailleurs. C'est la Maison de Vie, un établissement unique en Franche-Comté, et rare en France. Elle a été crée en 2011, c'était une expérience, c'est devenu un véritable centre médico-social.

Quand on rentre dans la maison, il n'y a pas d'odeur d'hôpital, ni de blouses blanches dans les couloirs. Pourtant il y a bien des infirmières, un psychologue, des aides-soignantes qui travaillent ici. Mais l'ambiance générale est celle d'une grande maison d'hôte, avec une déco chaleureuse, du faux parquet au sol, un frigo en libre-accès dans la cuisine, et un salon qui pourrait être l'un de ceux qu'on voit en photo dans les magazines.

Une aide-soignante prépare le goûter dans la cuisine de la maison  - Radio France
Une aide-soignante prépare le goûter dans la cuisine de la maison © Radio France - Anne Pinczon du Sel

La Maison de Vie est gérée par la Croix-Rouge. Elle est financée par l'Agence Régionale de Santé (ARS) et le Conseil Départemental à hauteur de 880 000 euros par an. Les patients qui viennent ici ont tous moins de 60 ans. Ils sont redirigés par leurs médecins, par les unités de soins palliatifs, ou par la Maison départementale des personnes handicapées.

Tous les résidents ne sont pas en fin de vie. Certains sont ici pour un séjour de répit. C'est le cas de Babeth qui est paraplégique. Pour son mari Pascal, c'est un vrai soulagement : "elle faisait des crises d'angoisse à la maison, et puis elle se réveille la nuit, moi je travaille, et elle était obligée de rester quelques heures toute seule, alors qu'elle ne peut même pas se servir à boire. C'est vrai que ça me soulage, et elle aussi d'ailleurs." Babeth acquiesce et se met à pleurer rien qu'à l'idée de devoir quitter cette maison un jour.

Les familles peuvent décompresser

Pour les résidents en fin de vie, c'est souvent moins angoissant de se retrouver ici, à faire des ateliers pâtisserie, massage, à jouer à la pétanque, ou simplement à discuter avec les autres habitants, que d'être à l'hôpital dans un environnement très médicalisé. "Mais les familles aussi peuvent se reposer sur la Maison de Vie", explique Danièle Rostand, la directrice de l'établissement. "Les proches peuvent décompresser, s'accorder le droit de ne pas être en première ligne. Ils accompagnent une personne en fin de vie, mais ici, il y a du monde pour s'occuper d'eux" .

Un psychologue, qui écoute aussi bien les patients que les familles, des bénévoles qui organisent des ateliers, ou qui sont là pour écouter. 14 personnes travaillent dans cette maison, les soins les plus lourds sont assurés par des médecins libéraux et des soignants qui viennent de l'extérieur. Depuis le mois de juin, deux résidents sont morts. Une épreuve pour tous les autres occupants de cette maison, patients ou personnel, mais très vite c'est la vie qui reprend le dessus.

Daniele Rostand, la directrice, discute avec une bénévole dans la salle à manger  - Radio France
Daniele Rostand, la directrice, discute avec une bénévole dans la salle à manger © Radio France - Anne Pinczon du Sel

Et dans cet environnement hors du temps, les résidents peuvent prendre du recul. Accepter leur maladie. Réfléchir à leur fin de vie. "On a déjà une résidente qui a écrit ses directives anticipées, raconte Danièle Rostand, et il y en a deux autres qui ont fait des demandes." Et écrire ses directives anticipées, c'est passer un cap. " Ça veut dire qu'on a accepté, qu'on est assez serein pour y penser, qu'on a déjà fait le deuil de quelque chose".