Société

Blayais : deux châteaux mis en examen après leurs épandages à proximité d'une école

Par Damien Gozioso, France Bleu Gironde et France Bleu mardi 1 novembre 2016 à 14:33

En 2014, une vingtaine d'élèves avaient ressenti nausées, irritations des yeux et de la gorge, malaises après l'épandage des vignes toutes proches.
En 2014, une vingtaine d'élèves avaient ressenti nausées, irritations des yeux et de la gorge, malaises après l'épandage des vignes toutes proches. © Radio France - Xavier Ridon

L'affaire remonte à 2014, une vingtaine d'élèves de l'école de Villeneuve-de-Blaye s'étaient sentis mal alors que ce jour là les propriétés viticoles qui jouxtent l'école avaient traité leurs vignes. Deux châteaux ont été mis en examen pour "usage inapproprié de produits phytopharmaceutiques".

L'affaire avait fait grand bruit à l'époque, en mai 2014, 23 élèves de l'école de Villeneuve et leur institutrice, près de Bourg, dans le Blayais avaient eu de sérieux malaises. Les regards s'étaient immédiatement tournés vers l'épandage qui se déroulait le matin même sur la parcelle de vigne voisine de l'école. Rapidement la Préfecture de Gironde avait signifié une "pratique inappropriée" s'appuyant sur un rapport de la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf). Rebondissement quelques temps plus tard quand le parquet de Libourne classe une première plainte sans suite. La SEPANSO, Société pour l’Etude et l’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest, est repartie au combat , une information judiciaire a finalement été ouverte en décembre dernier et a débouché sur la mise en examen en octobre dernier de deux châteaux pour "usage inapproprié de produits phytopharmaceutiques".

Deux châteaux visés

Les deux châteaux concernés par cette affaire, d'appellation Côtes-de-Bourg, sont le Château Escalette, certifié bio et utilisant des produits à base de cuivre, et le Château Castel la Rose, utilisant lui des pesticides de synthèse. En l'espèce, ce ne sont pas les produits en eux-mêmes qui posent problème comme le confirme Me François Ruffié, l'avocat de la Sepanso qui s'est constituée partie civile, mais les conditions de leur utilisation : "Ce n'est pas une plainte contre la viticulture, mais quand on en arrive au stade d'une classe de gamins malades, là on dépasse les bornes". L'enquête devra notamment s'attacher à démontrer si les conditions de vent étaient bonnes pour un épandage en règle.

Cette mise en examen est une première victoire pour la Sepanso comme l'affirme, Daniel Delestre, son président en Gironde. "Le terme d'électrochoc me convient bien, un électrochoc destiné à faire prendre conscience de la gravité du sujet. Il est temps de réagir collectivement et de manière intelligente, il ne s'agit pas de stigmatiser telle ou telle profession".

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Bientôt un nouvel arrêté interministériel

Si les responsables des châteaux mis en examen n'ont pas souhaité répondre à nos sollicitations, Jean-Samuel Eynard, président des vins de l'appellation Côtes-de-Bourg a réagi : "Je ne peux pas être derrière chaque viticulteur de l'appellation, a-t-il expliqué. Ils connaissent le contexte et les critères d'utilisation de ces produits, ils doivent les respecter". Jean-Samuel Eynard précise ne pas connaître tous les tenants et aboutissants de la procédure mais veut rappeler que pour l'instant ces viticulteurs sont "présumés innocents". Cette ligne se calque sur celle du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB) pour qui l'utilisation des pesticides doit avant tout répondre à des "règles de bon sens".

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À noter que le Château Castel la Rose indique sur son site Internet être en cours de certification AREA PVE. Cette certification de la chambre d'agriculture d'Aquitaine incite notamment à "la réduction des pollutions par des produits phytosanitaires ou des fertilisants". Dans cette affaire, la procédure est déjà bien avancée note un des avocats mais il faudra encore plusieurs mois avant de connaître les débouchés de ces mises en examen. D'ici là, un nouvel arrêté interministériel de lutte contre les pesticides aura peut-être été promulgué. Cet été le Conseil d'État a retoqué le dernier arrêté en date sur la question, celui du 12 septembre 2006. Lors de son déplacement en Gironde le 27 octobre dernier, le Premier Ministre Manuel Valls a expliqué que "le nouvel arrêté, tant dans son architecture que dans les mesures de fond, sera pour l’essentiel le même que celui de 2006", avec des portes ouvertes à des précautions nouvelles, liées à la technologie et aux pratiques.